C’est quoi le TOP, trouble d’opposition avec provocation ?
Quand on pense tout le temps, on cherche souvent le bouton OFF de notre cerveau (spoiler il est là haha). Eh bien le TOP, le trouble d’opposition avec provocation, c’est un peu comme si l’enfant avait un bouton « non » toujours activé. Même quand on lui propose quelque chose qu’il aime.

De façon plus scientifique, c’est un trouble du comportement qui se caractérise par trois types d’attitudes :
- l’opposition et la provocation (à toute figure d’autorité, parentale, enseignantes etc)
- l’irritabilité avec de grosses crises de colère
- des attitudes hostiles, vindicatives, c’est-à-dire que l’enfant a l’impression que tout le monde est contre lui.
Tous les enfants ont des comportements d’opposition, qui sont plus ou moins fréquents en fonction de l’âge et de l’environnement. Mais tout n’est pas un TOP. C’est en effet la fréquence et l’intensité des comportements qui permet de distinguer les deux.
Le DSM5 indique qu’il faut présenter les signes pendant au moins 6 mois et dans plusieurs lieux (maison, école, avec les copains/copines, etc) pour différencier le TOP d’une simple phase d’opposition dans le développement de l’enfant.
Le trouble d’opposition avec provocation, c’est comme un jeu de pouvoir permanent. L’enfant cherche en fait à garder le contrôle de la situation.

C’est un besoin de contrôle qui est inconscient et dont je vous parlerai plus longuement dans un prochain article. Le cerveau de l’enfant interprète les règles ou les demandes comme des menaces. Il a peur de perdre son autonomie, et l’opposition comme la provocation s’activent pour éviter un sentiment d’impuissance ou une atteinte à son intégrité.
D’où ça, sort le TOP ?
Présenté comme ça, c’est vrai que ça fait peur. Et si c’est difficile à vivre pour tout le monde, l’enfant en premier lieu, ce n’est pas de sa faute. L’enfant avec un TOP ne sait pas fonctionner autrement, c’est comme s’il avait un logiciel avec un petit bug de “non”.

Le TOP n’est pas un trouble de neuro développement comme le TDAH ou le TSA, mais il est fréquemment associé à ces troubles. La bonne nouvelle, c’est qu’on peut en sortir ! Avec une prise en charge adaptée, près de 50% des enfants avec un TOP ne présentent plus de signe à l’adolescence1. En effet, le cerveau de l’enfant évolue, et avec un environnement stable et des outils adaptés, il peut apprendre à gérer ses émotions et ses réactions.

Les causes d’apparition du TOP sont multifactorielles, comme toujours. C’est un mélange de :
- Génétique : une étude de Dick, D. M., et al. (2006) indique une héritabilité entre 50 et 70%.
- Cerveau : Le cerveau d’un enfant avec un TOP a du mal à gérer les émotions ou à freiner les impulsions. En effet, des IRM fonctionnelles ont montré une activité réduite du cortex pré frontal (la zone du contrôle des impulsions entre autres), et une hyperactivité de l’amygdale (la zone des émotions).2
- Environnement : Si dans son environnement, les cris et les conflits sont monnaie courante, l’enfant peut copier ce modèle spontanément3. Une éducation incohérente, c’est à dire soit trop stricte soit trop permissive, peut aggraver également les signes du TOP.
- Autres troubles : 40 à 60% des enfants avec un trouble d’opposition avec provocation ont un autre trouble associé4. Par exemple le TDAH, un TSA, de l’anxiété, une dépression… Ces troubles peuvent aggraver un TOP. Il est essentiel alors de diagnostiquer tous les troubles de l’enfant, car la prise en charge sera différente en fonction des troubles associés.
Je ferai un article dédié pour savoir comment accompagner un enfant avec un trouble de l’opposition avec provocation.
Un TOP avec un HPI, c’est possible ?
Eh oui, c’est possible. J’en parle ici car le haut potentiel intellectuel, c’est le sujet de départ de ce blog de vulgarisation. Autant le HPI peut camoufler d’autres troubles comme le TSA et le TDAH en compensant durant une période, autant le TOP est assez facile à percevoir même avec un HPI associé.
Les enfants qui ont un HPI et un TOP ont un cerveau qui sur-analyse tout. Ils détectent les incohérences et remettent en question les règles qui n’ont pas de sens pour eux. Ils sont très très trèèèès attachés au sens. Le besoin de contrôle est alors pour eux une façon de se protéger contre un monde qu’ils perçoivent comme illogique donc menaçant5.

Chez les enfants HPI + TOP, le besoin de contrôle est double.
Mais si je dis qu’il est essentiel de connaître leur fonctionnement HPI, c’est parce que c’est aussi une ressource. Ca leur permettra, avec le bon accompagnement, de trouver des solutions créatives pour sortir de leur trouble d’opposition.
Et c’est pour cette raison qu’il est essentiel de connaître son fonctionnement, de prendre en compte son HPI afin de lui redonner confiance en ses capacités. Car un enfant qui a un TOP souffre énormément de cette situation, même s’il ne le montre pas de la même façon que les autres enfants.
Dans trois prochains articles, je vous partagerai quelques outils pour accompagner l’enfant TOP, tant à la maison qu’à l’école. Et pour mieux comprendre leur besoin de contrôle.
Je tiens à remercier tous les professionnel.les et parents qui ont répondu plus que rapidement à mes multiples questions, m’ont fait part de leur expertise et m’ont confié des morceaux de leur vie de famille 🙂
Ressources pour aller plus loin sur le TOP
Une vidéo de l’APHP qui l’ explique de façon très brève mais juste .
Pour les enseignants, je recommande l’écoute de l’Episode 12 du Podcast « Après la cloche ».
La page sur le TOP du Manuel MSD pour les pro de santé.
Notes:
1 : Steiner, H., & Remsing, L. (2007). « Practical child management for oppositional defiant disorder: Efficacy of a parent training program in a clinical setting. » Cette étude montre de 50 à 67% des enfants ne présentent plus de signe de TOP à l’adolescence lorsqu’ils ont eu une prise en charge adaptée (TCC, environnement stable).
Burke, J. D., et al. (2010). « The development of irritability, oppositional defiant disorder, and conduct disorder from childhood to adolescence. » Cette étude montre qu’environ 50% des enfants diagnostiqués TOP avant 10 ans ne remplissent plus les critères diagnostiues à 16 ans.
2 : Rubia, K., et al. (2008)
3 : Patterson, G. R. (1982). « Coercive family process. »
4: Angold, A., et al. (1999). « Comorbidity of oppositional defiant disorder with other disorders. »
5: Rinn, A. N., & Bishop, J. R. (2015). « Differences in brain activation in gifted versus typically developing children. » Les enfants HPI ont une activation cérébrale plus forte dans les zones liées à la logique et à l’analyse. Quand un enfant HPI a aussi un TOP, son cerveau suranalyse les demandes et les perçoit comme des attaques contre son autonomie.




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