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Caractéristiques de zèbres

L’autodiagnostic HPI, ou les “zèbres auto proclamés” ?

27 octobre 2021

Ah, l’autodiagnostic HPI, un sujet qui fait beaucoup parler sur les réseaux sociaux, en particulier sur LinkedIn. Depuis quelques mois, à chaque fois que j’y partage un article sur le haut potentiel intellectuel, les commentaires fusent pour me reprocher l’utilisation du mot “zèbre”. Zèbre serait le mot choisi par les “HPI autoproclamés”, c’est-à-dire ceux qui croient être ou aimeraient être HPI et le revendiquent alors qu’ils n’ont pas été identifiés de façon objective par un professionnel. 

Pour moi et sur ce blog, zèbre, surdoué et HPI sont synonymes, et chacun.e est libre d’utiliser le terme qui lui parle le mieux à un instant donné. Passons ce débat sur la terminologie, ce dont je voulais vous parler aujourd’hui, c’est de l’autodiagnostic. Du fait que certaines personnes s’auto proclament haut potentiel. 

Qu’est-ce que ça veut dire, au juste, s’auto diagnostiquer HPI ? Y a-t-il vraiment beaucoup de “zèbres autoproclamés » ? Pourquoi est-ce que ce sujet déclenche des propos violents, des deux côtés ? Est-ce que c’est dangereux, de s’auto diagnostiquer surdoué.e ? 

Je ne vais pas vous cacher que j’ai mis du temps à écrire cet article. Vous me connaissez, j’aime la nuance, et j’avais l’impression que sur le sujet sensible de l’autodiagnostic HPI, aucune nuance n’était possible. Et puis en fait, si !

Une rivalité étrange entre “HPI testés” et “HPI non testés”

Pour rédiger cet article, je me suis douloureusement immergée dans les forums et réseaux sociaux mentionnant l’autodiagnostic HPI. J’y ai découvert une rivalité d’une violence étonnante entre “HPI testés” ou “HPI vérifiés”, et “HPI non testés” ou “zèbres autoproclamés”. 

Rivalité autodiagnostic HPI et HPI testé

Je dois vous avouer qu’avant d’effectuer mes recherches sur le sujet, j’avais un avis assez tranché sur le fait de s’autoproclamer HPI.

Ayant toujours douté, et ce même après la passation du test, et ayant besoin de preuve et d’exactitude avant d’affirmer et d’intégrer quoi que ce soit, j’étais incapable de comprendre qu’on puisse affirmer être HPI sans le vérifier. Mais j’étais incapable aussi de comprendre qu’on puisse avoir des propos virulents envers ceux qui s’auto diagnostiquent HPI, puisqu’après tout c’est personnel et ça ne les regarde pas.

Bref, l’incompréhension et la curiosité m’ont poussée à creuser, et à engager la conversation avec les deux parties.

La richesse vient de la différence et de l’échange, alors je me suis plongée au cœur de cette rivalité, pour essayer de comprendre les points de vue de chacun. 

HPI autoproclamé VS HPI testé

Les « HPI testés »

En discutant avec des personnes identifiées haut potentiel intellectuel ET ayant des propos que je trouve haineux sur les réseaux envers celles et ceux qui n’ont pas passé le test officiel, j’ai eu l’impression qu’elles avaient peur

Peur que leur particularité, dont la découverte a souvent été un grand chamboulement assez douloureux, soit banalisée. C’est vrai ça, “tout le monde se croit HPI aujourd’hui, car c’est la mode”.

Peur de perdre une sorte de légitimité obtenue après un parcours difficile, en voyant d’autres personnes s’approprier cette même particularité sans le long chemin d’introspection et de validation qui va avec.

Peur aussi que leur sentiment de différence qu’ils essaient d’expliquer à leur entourage depuis si longtemps soit décrédibilisé en quelques instants.

insécurité et agressivité

Les « HPI autoproclamés »

En discutant ensuite avec des personnes se définissant HPI sans test ET qui avaient des propos violents envers les autres, j’ai eu l’impression qu’elles se sentaient attaquées dans leur ressenti. Elles se sentaient souvent rejetées avec violence, exclues des discussions sur le haut potentiel, et cela venait renforcer la virulence de leurs propos ainsi que leur détermination à ne pas passer de bilan.

Elles se sentaient attaquées personnellement. On remettait en cause leur appartenance à un groupe dans lequel elles se sentaient à l’aise. L’image d’elles-mêmes qu’elles ont parfois mis du temps à construire.

insécurité et agressivité

Dans les deux cas, l’agressivité semble venir de la peur.

Une ségrégation « HPI testé » VS « HPI pas testé » qui me met mal à l’aise


En fait, je comprends un peu les deux points de vue. Mais ce qui me dérange, c’est la violence des propos, et la ségrégation. Sur ces forums ou dans les commentaires d’articles sur le HPI, on parle d’autodiagnostic pour diviser. Sur les groupes consultés, les personnes dites “HPI autoproclamés” n’avaient pas de place dans la discussion sur le haut potentiel. Elles ne pouvaient pas s’exprimer. 

Autodiagnostic HPI exclu

Et ce qui m’embête, c’est que je crois qu’on se trompe un peu dans la définition d’autodiagnostic HPI. 

Je pense que je suis HPI mais je n’ai pas passé le test, est-ce de l’autodiagnostic ?

Dans tous ces échanges, j’ai eu l’impression qu’on confondait en réalité “HPI auto diagnostiqué » et “peut-être HPI, en tout cas en démarche de questionnement ». Parce que personne n’arrive au monde avec une étiquette de “haut potentiel intellectuel” ! D’abord, on en entend parler, on doute, on se questionne. Et c’est normal. On passe tous par là. 

Avant de savoir, on se pose la question. Et elle est là, toute la différence.

On n’est pas un “zèbre autoproclamé” quand on se questionne sur soi. 

Autodiagnostic HPI ou pas ?

Je ne pense pas non plus qu’il y ait tant de personnes que ça qui s’autoproclament HPI, mais je pense qu’il y en a beaucoup qui se posent la question de savoir si elles le sont ou non. Et je trouve ça plutôt sain. 

Du coup, je suis très gênée de lire des propos provocants et blessants envers des personnes en quête de compréhension.

Qu’est-ce que c’est vraiment alors, l’autodiagnostic HPI ? 

En fait, pour moi, l’autodiagnostic de haut potentiel intellectuel, c’est quand on s’identifie soi-même, sans validation par un professionnel. Quand je parle d’identification, je ne parle pas d’hypothèse ou de questionnement. S’autoproclamer HPI, c’est pour moi présenter un doute, une suspicion, une conviction ou une certitude comme un absolu. Comme une vérité. Et le revendiquer.

Pauline du blog « over the 130 » avait également rédigé un article à ce sujet il y a quelques années. Je ne partage pas entièrement son avis mais je le trouve intéressant !

hypothèse ou vérité

Il y a une différence entre penser et affirmer.

Penser qu’on est zèbre, surdoué ou HPI ne regarde personne d’autre que soi, et ne fait pas de mal. C’est même plutôt sage, de s’interroger sur soi.

On parle beaucoup d’autodiagnostic HPI depuis que des listes reprenant les principales caractéristiques du haut potentiel circulent sur internet. On peut facilement se reconnaître dans ces caractéristiques humaines avant tout, et avoir tendance à s’identifier en raison d’un biais de confirmation. Mais honnêtement, c’est peut-être ma naïveté qui parle, je ne sais pas, mais je doute qu’il y ait vraiment beaucoup de gens qui se reconnaissent dans ces caractéristiques et affirment être haut potentiel. En revanche, je pense que beaucoup se reconnaissent et se posent la question. 

Tout cela pour dire que, pour moi, l’autodiagnostic HPI ou le fait de s’autoproclamer surdoué n’est pas le fait de penser qu’on est HPI, mais le fait de ne jamais remettre en question cette hypothèse. 

définition autodiagnostic HPI

C’est découvrir le concept de surdoué, se l’approprier, et l’affirmer sans jamais le confronter à un professionnel.

Confondre un ressenti avec un regard de spécialiste, et prendre son expérience pour une généralité.

Trouver une case qui nous parle, sauter dedans à pieds joints, et la montrer aux gens. 

En ce sens, j’ai du mal à comprendre l’intérêt de l’autodiagnostic HPI, ça me dépasse un peu.

Quand est-ce que l’autodiagnostic HPI pose problème ?

Quand la personne qui s’auto diagnostique s’enferme dans une case.

Le danger de l’autodiagnostic HPI (ou autre), car oui il y en a un, c’est un peu le même que le danger de la sur-attribution. C’est quand l’étiquette HPI devient une excuse. Quand on attribue chaque souffrance, problème ou malentendu à cette particularité. Qu’on arrête de chercher la cause de ce qui nous fait souffrir. Qu’on le considère comme une fatalité. Et qu’on n’aille jamais mieux. 

Le danger, en fait, c’est de passer à côté de quelque chose d’autre.

le danger de l'autodiagnostic HPI

Parce qu’on ne s’auto diagnostique pas HPI si tout va bien. Ou alors c’est très très bizarre et ça me dépasse encore plus. Généralement, quand on s’arrête sur une publication ou un livre, c’est que ça nous parle. Quand on se questionne et que ça tourne en rond dans notre tête, c’est qu’on a une souffrance à régler. On est peut-être HPI, peut-être pas, mais souvent atypique, et en quête de sens. 

Là où l’autodiagnostic pose problème, c’est que si on est convaincu qu’on est HPI (ou que son enfant est HPI) sans avis de professionnel compétent, on risque de prendre un raccourci. On risque de s’engager dans un chemin qui écarte le processus de questionnement, qui permet d’en apprendre davantage sur son fonctionnement, quel qu’il soit, et de résoudre les problèmes qu’on identifie.

autodiagnostic HPI versus introspection

On se téléporte, en quelque sorte, directement à la fin du chemin. Sans avoir accumulé les petites pièces comportant des indices sur soi. 

Or ces indices auraient peut-être pointé dans une autre direction. Mis en lumière une possibilité de prise en charge dont la personne qui s’est auto diagnostiquée ne bénéficiera pas. 

Et c’est dommage.

Un autre risque de l’autodiagnostic HPI : la désinformation

Au tout début de ma réflexion sur l’autodiagnostic, je me disais que c’était trop facile de s’autoproclamer surdoué. Injuste aussi, et pas respectueux du long chemin parfois douloureux que représente la passation du bilan. J’ai mis ça de côté ensuite. Avec du recul ça me semble être une question d’égo et de besoin de reconnaissance.

Mais ce qui n’est pas un problème d’égo, c’est la désinformation et la banalisation. Et c’est en ce sens que l’autodiagnostic peut porter préjudice à celles et ceux qui sont HPI identifiés par un.e professionnel.le. Principalement pour les enfants, je trouve.

Il a toujours été plus ou moins difficile d’être pris au sérieux quand on parle de haut potentiel et d’ajustements nécessaires pour s’intégrer ou développer ses capacités. De plus en plus d’associations et de particuliers essaient d’informer le corps enseignant, le monde de l’entreprise ou le corps médical sur la réalité du haut potentiel, dans toute sa diversité. On consacre du temps et beaucoup d’énergie à parler du HPI pour améliorer l’accompagnement et la compréhension. 

Mais ces efforts de sensibilisation sur le long terme sont mis à mal par l’autodiagnostic HPI. Pas par les personnes qui se demandent si leurs enfants ou elles-mêmes sont HPI ou non. Mais par celles qui affirment que leur enfant est HPI ou qu’elles-mêmes le sont sans avis objectif. Qui l’utilisent comme justification d’un comportement, sans chercher la cause, et surtout, sans chercher à aider.

L'autodiagnostic HPI invisibilise le haut potentiel.

Le risque, c’est qu’on n’entende plus les voix de celles et ceux qui sensibilisent sur la réalité du HPI. C’est qu’on se retrouve avec certains enseignants qui ne prennent plus au sérieux la douance puisqu’ils ont l’impression d’avoir 12 élèves surdoués dans leur classe. C’est qu’on parte du principe qu’être HPI “ne veut plus rien dire”, que “tout le monde l’est”, et qu’on nie le vécu des personnes surdouées pour qui il a été souvent difficile d’oser s’ouvrir, et raconter. 

Avant de clore cet article, je tiens à préciser une dernière fois (si jamais vous avez survolé les premières parties et n’avez lu que la dernière), que ces dangers ou plutôt risques identifiés sont liés à l’autodiagnostic selon ma définition. Pas aux personnes qui se posent des questions, ou qui pensent être HPI sans oser le vérifier. Seulement à celles qui présentent leur conviction comme une vérité, et qui par conséquent éteignent la voix de ceux qui se posent encore plein de questions.

Pour finir…

Je termine cet article mais la discussion peut bien sûr se poursuivre dans les commentaires. J’ai hâte de connaître vos avis sur les “zèbres autoproclamés”. J’espère en tout cas avoir apporté la nuance nécessaire à ce délicat sujet de l’autodiagnostic HPI (ou n’importe lequel d’ailleurs). Et avoir rassuré celles et ceux en démarche de questionnement qui se sentaient visés par les propos virulents des réseaux sociaux. 

Continuez à vous poser des questions 🙂

Et à bientôt pour le nouvel article,

Chloé

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