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    Témoignages

    Témoignage – Aurélie, 35 ans, parent de zèbre

    10 janvier 2020

    Je reçois depuis longtemps des messages de parents de zèbres me disant qu’ils aimeraient connaître l’expérience d’autres parents de zèbres. Savoir comment cela se passe à l’école pour leurs enfants, quelles astuces ils mettent en place pour les aider à s’épanouir, que leurs difficultés soient liées au Haut Potentiel ou non, d’ailleurs. Et puis, récemment, j’ai échangé avec une jeune femme, elle-même zèbre et maman, qui me parlait d’un autre versant de la parentalité auquel, n’ayant pas d’enfant, je n’avais pas pensé. Ses enfants la sollicitent énormément, comme vous pouvez l’imaginer, et elle peine à trouver l’énergie de répondre à leurs sollicitations. Elle a souvent besoin d’être seule, au calme, mais trouver ce moment solitaire se complique avec plusieurs enfants en bas-âge, alors au bout d’un moment, ça déborde. Elle n’arrive plus à faire face aux sollicitations. Elle s’énerve. Puis elle s’en veut.

    Face à ces réflexions de parents parfois perdus mais bienveillants, j’ai eu envie de creuser un peu ce thème de la parentalité. De la famille. Des parents zèbres avec des enfants zèbres. Des parents non zèbres avec des enfants zèbres. Des parents zèbres avec des enfants non zèbres. Des parents tout court, avec des enfants tout court. 

    C’est avec Aurélie, 35 ans, qui a un enfant zèbre et peut-être même deux, que j’ai décidé de commencer à réfléchir sur ce sujet. De voir comment le Haut Potentiel de son fils se répercute sur toute la famille, pour le meilleur et pour le pire.

    J’ai rencontré Aurélie via Instagram. Elle suivait mon compte lié à Rayures et Ratures sur lequel je postais mes petits dessins, et petit à petit, nous nous sommes rendu compte non seulement qu’elle travaillait juste à côté de chez moi, mais aussi qu’elle travaillait dans une structure à laquelle j’avais prévu d’offrir un livre. Alors, nous nous sommes rencontrées, en vrai cette fois, pour que je lui apporte le livre en main propre, et nous avons réitéré cette rencontre quelques mois plus tard, papier crayon en mains, afin que j’écrive son témoignage/portrait. Depuis, je la vois régulièrement en allant emprunter mes livres dans la médiathèque dans laquelle elle travaille.

    Son histoire m’a touchée, parce qu’elle raconte la difficulté d’être un parent, déjà, comment prendre les bonnes décisions pour l’épanouissement de son enfant, surtout lorsqu’il est différent, comment faire en sorte que chaque enfant trouve sa place, comment répondre aux sollicitations et aux besoins de l’enfant sans culpabiliser d’être plus présente pour lui, mais aussi parce qu’elle raconte la force de la famille. Et que son témoignage est une magnifique déclaration d’amour à sa famille.

    1. Son fils, Clovis

    Le fils d’Aurélie a 7 ans, et a été détecté il y a un an. Face à un petit garçon très attentif, très concentré, qui parle vite et fait des puzzles 100 pièces à 3 ans, les enseignants se sont posés des questions. Mais ils ne connaissaient pas spécialement le haut potentiel, et en ont déduit que ce petit garçon était simplement doué pour ces activités. Sa première maîtresse le stimule, lui donne des activités à faire avec les moyens, et Clovis adore l’école. Puis c’est une nouvelle année d’école, un nouveau maître, qui est très sympa mais pas vraiment dans la stimulation, plutôt dans le vivre ensemble, la créativité. Clovis s’ennuie. A même pas 5 ans, il dit :

    “En tant que maman, je me posais aussi beaucoup de questions. On passait beaucoup de temps à le stimuler à la maison, pour répondre à ses besoins. Il demandait. Mais je n’osais pas voir le maître ni lui en parler, car comment être objectif sur son cas, en tant que parent ?  Je ne voulais pas faire de vague, être la mère chiante qui pense que son enfant est surdoué.”

    Aurélie

    Son fils non plus ne voulait pas faire de vague. Il voulait écrire, compter, multiplier, il demandait, et ses parents ont répondu à ses demandes. Ils l’ont accompagné, suivi, sans jamais le forcer. Il savait faire plein de choses, et le maître ne s’en rendait pas compte, car pour ne pas faire de vague, Clovis était un élève discret, qui se mettait dans un moule en classe. Puis explosait en rentrant. 

    Finalement, c’est un parcours assez typique, qui ressemble à d’autres témoignages de parents. On se pose des questions, on attend de voir, et selon l’enseignant, ça se passe plus ou moins bien. Une année se passe bien car l’enseignant est compréhensif, stimule l’élève, se penche sur ses besoins. Alors on se dit que ça va, finalement. Mais l’année d’après se passe moins bien, car la méthode du nouvel enseignant est moins individuelle. Et ça recommence, en fonction de la classe et de ce que l’enseignant peut faire.

    Une anecdote m’a rappelé ma propre scolarité, et j’avais envie de la partager. Le VU.
    Un jour, Clovis est revenu avec un VU sur sa copie.

    “Vu, ça veut dire que la maîtresse elle s’en fiche de ce que t’as fait. Elle a vu, et elle s’en fout. Je veux plus jamais d’autre vu de ma vie”.

    Clovis, 7 ans

    Pour Clovis, un passage chez « les grands » a été envisagé. L’équipe éducative s’est réunie, et a décidé de le faire passer au CP. Ils ont mis en garde Aurélie sur la différence d’âge qui peut créer un autre décalage, d’autant qu’il est petit en taille.

    « Ils ont suggéré, et on a décidé. Mais il y a des pour et des contre dans les deux situations, ce n’est jamais simple. On a passé des nuits à ne pas dormir, on n’était pas toujours d’accord. Est-ce qu’on lui fait sauter une classe ? Et si ce n’est pas la bonne décision ? C’est notre responsabilité. »

    Le CP s’est bien passé…

    Mais l’ennui arrive quand même, assez vite. L’enseignant mentionne le test pour identifier un potentiel haut potentiel. Là encore, il suggère, et les parents décident.

    Les questionnements nocturnes reviennent chez Aurélie.
    Est-ce que c’est ce qu’il faut faire ?
    Et si c’est ça, s’il est haut potentiel, qu’est ce qu’on fait ?
    Qu’est ce que ça change, de le savoir ?
    Et si ce n’est pas ça ? 

    Finalement, en conscience, Clovis passe le test. C’était ça

    Il l’a vécu comme un jeu, sans pression. Il avait besoin d’être reconnu car il n’arrivait pas à mettre un mot sur son ressenti.

    Ses parents, eux, l’ont plutôt vécu comme un verdict.

    Lorsqu’on lui a dit qu’il était HP, Clovis a répondu : « ouais ben je suis précoce quoi ? »

    Puis a de suite demandé à sa maman « Mais est-ce qu’on est obligé de le dire à tout le monde ? » 

    Savoir, comprendre, savoir vraiment, c’est au départ un soulagement pour Aurélie, qui m’expliquait qu’elle avait l’impression d’avoir monté une marche, et d’être enfin au bon étage. Mais ce soulagement retombe vite avec la nouvelle année scolaire, et la nouvelle maîtresse très rigide.

    Alors, une fois de plus, Aurélie va voir la maîtresse. Avec une nouvelle donnée, cette fois. 

    « On lui parle du test, parce qu’on a que ça. »

    Mais l’enseignante lui répond : « Moi je sais ce que c’est la précocité. Il faut que vous lui disiez “je sais pas” ou que vous l’ignoriez, c’est ce que j’ai fait avec ma fille. Il va s’ennuyer toute sa vie, il ne faut pas qu’il ait d’attentes, il va s’habituer. » 

    Aurélie reçoit ces paroles de plein fouet, ne se sent ni comprise ni écoutée. Mais s’il est difficile d’avoir l’impression de se trouver face à un mur, le plus dur dans tout cela, c’est l’après. Après la discussion. Quand on rentre à la maison. Et qu’il faut le dire à son fils.

    Clovis ressent que la maîtresse ne l’aime pas. Elle l’enfonce avec ses remarques. Humilie des élèves devant toute la classe. Même Aurélie fait des cauchemars de cette maîtresse. Face à son fils dans un état de mal-être profond, convaincu après mûres réflexions que « mourir, c’est la solution » à seulement 7 ans, Aurélie reprend rendez-vous à l’école. 

    C’est la directrice qui prononcera les mots qui adouciront la situation. Qui entendra le mal-être de Clovis qui retentit sur sa famille. 

    Quelques mots, une attitude, peuvent réellement changer la donne. Clovis s’épanouit un peu plus. A moins l’impression de perdre du temps. Invente des jeux de société en papier. Écrit. Crée. 

    2. Aurélie

    Aurélie a un lien particulier avec son fils. Elle grandit avec lui. Elle est sa figure d’attachement, avec les bons et les mauvais côtés. Quand une journée est angoissante pour lui, comme le jeudi, le jour de la piscine, elle en est malade elle aussi. Car le jeudi, elle travaille tard, et ne peut pas être là pour récupérer son fils de cette journée si violente et difficile pour lui. Ce n’est pas toujours facile d’être un parent. Un parent tout court. 

    « Parfois, je ne sais pas quoi faire, je n’ai pas les clefs, je ne peux pas tout régler, tout ne dépend pas de moi. Il faut accepter ça, de ne pas tout pouvoir gérer. »

    Aurélie

    Clovis a besoin de stimulations en permanence. Le jour. La nuit. C’est tout le temps. Mais Aurélie a aussi ses besoins. Jusque là elle tenait, elle tenait, puis explosait.

    Aujourd’hui, elle arrive à lui dire « stop, pas maintenant ».

    Elle me raconte avec beaucoup de tendresse qu’elle peut être très dure avec lui car elle oublie qu’il n’a que 7 ans. Elle ne prend pas toujours de gants alors qu’il en aurait besoin. Elle ne s’en rend compte qu’après coup, et s’en veut. Toute la discussion a été très touchante. Je sens bien que c’est difficile de trouver le juste équilibre, de respecter les besoins de chacun, de faire comprendre ses besoins, d’aider sans s’oublier, de se concentrer sur la lumière dans des moments plus sombres. Aurélie m’avoue en souriant que « c’est dur d’être à la hauteur de ce qu’il est ». 

    Quand on parle de la douance de son fils, elle me raconte que de temps en temps, c’est vrai, elle perçoit cette douance comme un handicap. Un handicap dans le sens où il a des besoins spécifiques et elle se retrouve toute seule à gérer ça. 

    « Il se prend le monde en pleine face. Je suis là pour l’aider à avancer, mais les parpaings qui arrivent je ne peux pas les arrêter. »

    Rencontrer d’autres parents de zèbres par l’intermédiaire d’associations lui permet de se sentir moins seule. D’exprimer ses ressentis. Ses besoins. Sans être (trop) jugée. Car lorsque l’on évoque la douance de Clovis, certains parents s’imaginent que c’est pour briller en société. Ou répondent à Aurélie : « Tu as de la chance, car elle galère à l’école la mienne ». Rencontrer d’autres parents via l’AFEP a permis à Aurélie d’évoquer ses difficultés sans crainte d’être mal perçue.

    Tout n’est pas simple. Tout n’est pas compliqué non plus. 

    « Mais parfois, ça fait du bien de réussir à dire « C’est chiant qu’il soit zèbre ! » sans jugement ». 

    Depuis, Aurélie avance sur certains points. Elle m’explique que son fils et sa douance sont toujours au milieu de sa tête, qu’elle va mieux quand il va mieux, mais que sa vie ne se cantonne plus à ça.

    Elle arrive à le laisser, aussi. Elle en profite pour aider, et s’investit beaucoup pour les autres. Mais parfois, la situation la rattrape. Elle me raconte qu’elle a des collègues adorables qui reviennent souvent avec des magazines pour son fils.

    « C’est hyper gentil, mais je ne suis pas que ça. Je ne suis pas juste la maman de Clovis». 

    Comme beaucoup de parents, elle a parfois du mal à trouver sa place.

    « C’est dur mais c’est une chance aussi de vivre à côté de ce petit homme magique ! »

    3. Le papa

    Je me suis souvent demandé l’impact sur toute la famille. Au delà du parent préoccupé et de l’enfant concerné. Aurélie a accepté de me dévoiler un peu de sa vie de famille, et je la remercie pour cela, car c’est toujours un peu délicat. Je vais essayer de retranscrire un peu de leur histoire en respectant leur intimité. On a beaucoup parlé du papa et de la petite sœur de Clovis. Car si Aurélie se renseigne et lit beaucoup sur le sujet de la douance, ce n’est pas le cas de son mari, qui se rend moins compte de ce qu’elle implique pour chacun. Leur vision des choses est simplement différente. La façon de répondre aux besoins des enfants aussi. Ils ont chacun leur personnalité, leur vécu, leur expérience, leur éducation, et par conséquent, leur vision des choses. Quand on a une éducation qui nous encourage à ne pas faire de vague, par exemple, l’idée que notre fils puisse sortir du lot peut être déstabilisante. 

    « Il ne le voit pas comme moi »

    Cela peut créer des tensions, évidemment. Aurélie a souvent l’impression d’être seule à gérer, et se dit que son mari, lui, doit avoir l’impression qu’elle ne lui laisse pas la place. 

    En fait, au delà de la douance, l’histoire d’Aurélie, c’est aussi celle d’un couple tout court, avec des enfants tout court. C’est l’histoire d’un couple qui doit retrouver ses marques. Aurélie sait qu’elle a priorisé ses enfants. Elle a un quotidien bien rempli, entre son travail et ses enfants avec leurs besoins spécifiques. Alors le soir, elle me raconte qu’elle n’a plus d’espace de stockage disponible. Elle est fatiguée, et partage moins de choses avec son conjoint.

    L’histoire d’Aurélie, c’est aussi une histoire d’équilibre à trouver en famille, en fonction des besoins de chacun.

    4. La petite soeur

    Un équilibre à trouver pour la petite soeur, aussi. Clovis est très sensible, curieux, cérébral, et quand il a accompli quelque chose, il le montre à ses parents. Soline est fonceuse, débrouillarde, indépendante, et ses parents découvrent après coup ce qu’elle sait faire, car elle ne le montre pas. C’est une petite fille sensible aux textures, aux bruits, aux odeurs. Très en avance à l’école. Qui aime Wonderwoman, “parce que c’est une femme, elle est forte, et elle fait ce qu’elle veut”. Et qui a parfois du mal à trouver sa place à côté de son frère. Comme si elle était dans l’ombre de son frère, malgré sa discrétion.

    Un jour, elle a demandé :

    Mais si dans l’entourage, on parle beaucoup de Clovis, de l’extérieur, c’est plutôt elle que l’on remarque. Elle fait sa place autrement. Clovis et Soline sont très proches, taquins l’un envers l’autre, et partagent de nombreuses activités. Mais Aurélie s’en veut quand même. 

    “Je suis beaucoup plus présente pour son frère, et tout à coup, je découvre qu’elle sait faire un truc. Je ne l’ai pas vu. Je m’en veux. »

    En fait, dans cette famille respectueuse et à l’écoute des besoins de chacun, qui se questionne sur la meilleure façon d’aider et d’accompagner chacun de ses enfants, comme dans de nombreuses autres familles, un équilibre naturel s’est créé. Chacun a une place, qui évolue sans cesse, au gré des nouvelles expériences de vie et de l’affirmation de la personnalité. Chacun tente de définir sa place et de comprendre celle de l’autre. Tout n’est pas simple, surtout à l’école, et la petite particularité de Clovis, et peut-être de Soline également, pimente le quotidien, mais quand ils sont tous les quatre, ils passent de bons moments.

    Chez eux, la force vient aussi, et surtout, de la famille. 

    Et je remercie cette famille de m’avoir confié un petit bout de leur histoire touchante qui parlera, j’en suis certaine, à beaucoup d’autres familles. Il s’agit de l’image de cette famille à un instant T et à travers les yeux d’Aurélie. J’ai mis du temps à la rédiger, occupée par la gestion du livre, les autres projets, et inquiète à l’idée de mal retranscrire leur histoire et de décevoir Aurélie. Clovis et Soline sont plus grands maintenant, et beaucoup de choses ont dû changer dans leur quotidien. Je leur souhaite, à tous les 4, des moments de vie et de bonheur toujours plus nombreux !

    Oser confier son histoire n’est pas chose facile, mais ils m’ont fait confiance, alors je ferai très attention aux commentaires, ceux qui portent un jugement sur leur choix ou leur vie ne seront pas acceptés. 

    A très bientôt !

    livre surdoué illustrations
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