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    Caractéristiques de zèbres

    Le test de QI, c’est pas sorcier !

    25 avril 2019

    Par email, via les réseaux sociaux ou lors des rencontres, vous êtes toujours très nombreux à me poser la question du test de QI.

    Alors, pour répondre à vos questions, j’ai décidé de faire un article sous une toute nouvelle forme. Au lieu de vous faire part de mes recherches, et puisque moi aussi j’avais beaucoup de questions, j’ai préféré interroger une coach formée à la douance et psychanalyste (entre autres, car elle a plein de diplômes, et plein de compétences ! ) qui connaît bien les zèbres, puisqu’elle les a étudiés et qu’elle est elle-même concernée. Elle s’appelle Elodie, et j’ai découvert son travail via les réseaux sociaux. A travers sa société Ailes et Graines et son compte Instagram du même nom, elle donne beaucoup d’informations (chaque semaine, elle parle d’un thème spécifique avec passion et avec un grand sourire), accompagne les gens et sème des graines de bienveillance, d’optimisme, et d’enthousiasme.

    Sa personnalité et ses connaissances ont fait que j’avais envie de vous la présenter et de l’interroger, car s’il y a bien quelque chose qu’elle aime faire, Elodie, c’est transmettre. Alors j’endosse le costume de Fred, elle endosse celui de Jamy, et c’est parti pour un petit tour dans le merveilleux monde des tests de QI.

    C: Salut Elodie ! Rentrons directement dans le vif du sujet : qu’est-ce que c’est, en fait, ce test de QI dont on parle ?

    E : Alors difficile de te répondre Chloé, sans faire un rappel historique de la « chose ». En effet, il faut bien se rappeler le pourquoi du comment de la naissance de ce test, bien loin du besoin aujourd’hui.

    C’est en 1905 que BINET et SIMON créent la première échelle mesurant l’ « intelligence » en vue d’aider les élèves en difficulté. Depuis, les tests ont beaucoup changé, évolué et été adaptés selon les besoins jusqu’au WISC/WAIS que nous connaissons aujourd’hui comme étant le seul test qui serait à même de calculer officiellement le quotient intellectuel d’un enfant (à partir 2 ans pour le WPPSI, 6ans le WISC) ou d’un adulte (le WAIS à partir de 16ans). Nous en sommes aujourd’hui à la 5ème version et non la dernière, puisque chaque version est soigneusement créée à partir des dernières avancées psycho-socio-scientifiques. La moyenne étant de 100, on estime officiellement que les haut potentiel ont + de 130 ( 2% de la population) et les très haut potentiel intellectuel au dessus de 145 (0,1% de la population).

    Cependant ces taux ne sont que des estimations liées à la création du test, car nombreux sont les HP (haut potentiel) non testés. 

    Le test prend en compte 4 grands subtests: indice de compréhension verbale, indice de raisonnement perceptif, la mémoire de travail et l’indice de vitesse de traitement.

    Il faut savoir que chaque test de QI dépend également de son pays et donc de sa culture, d’où la différence de chiffre d’un test à l’autre (par exemple, le maximum au test WAIS en France est de 160 tandis qu’au Japon c’est 220); il y a également une différence entre le WISC et le WAIS, d’où l’inutilité de comparer le chiffre ! Voilà aussi pourquoi certains adultes passant le WAIS pensent avoir perdu des points de QI en comparaison à leur résultat WISC enfant, mais il n’en n’est rien: l’échelle de mesure est différente !

    C : Ah oui, je me disais aussi ! Récemment, j’ai lu un livre américain sur les « gifted adults », et j’étais très étonnée des chiffres de QI mentionnés. Aucun n’avait moins de 150, et je me demandais justement s’ils étaient beaucoup plus intelligents que nous, ou s’ils avaient une échelle différente, parce que les caractéristiques dont ils parlaient avaient l’air d’être assez similaires !

    E : Exactement ! En plus savais-tu que le terme même de douance a des définitions bien différentes selon les pays ? En effet, surdoué en anglais se dit « gifted », qu’on pourrait traduire comme doué, gâté dans le sens « posséder un cadeau de la vie », tandis qu’en France la douance est inévitablement associée selon la définition à avoir « des capacités intellectuelles très supérieures à la moyenne » (cf dictionnaire Larousse). Ainsi, on se rend bien compte que la façon dont on va percevoir la douance -et donc le test- est clairement associée à une culture donnée.

    Finalement comme le dit si bien Howard Gardner :

    C : Au départ, quand des lecteurs me posaient des questions par rapport au test, j’avais tendance à leur recommander vivement la passation du test s’ils le pouvaient, car j’ai eu une expérience très positive. Bien loin de ce que j’avais en tête d’un test de QI (des questions formelles et un résultat à la fin), je me suis au contraire retrouvée face à une personne qui ne me connaissait pas mais qui pourtant me donnait l’impression de m’avoir cernée de suite, en analysant mon comportement et pas seulement mes réponses, et j’ai appris énormément de choses sur mon fonctionnement cognitif lors de la restitution. Depuis, je me suis un peu ravisée, car plusieurs personnes à qui j’avais conseillé de passer le test n’ont pas eu la même expérience que moi, ont simplement eu un « score » à la fin, et cela ne les a pas du tout aidées. Du coup, je me demandais, est-ce que tous les psychologues sont compétents pour faire passer les tests ? 

    E : Absolument pas, car rares sont les formations universitaires qui proposent dans leur cursus une vraie approche de la douance et donc du test. Un psychologue ou un psychiatre peut, juste avec son diplôme, acheter le test en ligne. Il reçoit alors pour quasiment 2000 euros le manuel d’administration, de cotation et d’interprétation du test. Mais rien ne l’oblige à s’informer, à se former ou à pratiquer avec une personne plus expérimentée. Et comme aujourd’hui, on peut aisément dire que c’est devenu un vrai business… il est essentiel de savoir avec qui on passe ce test. Car poser des questions et compter les points ne suffit pas du tout pour conclure sur la thématique de la douance. Seule une analyse pointue du fonctionnement cognitif et émotionnel valide un test de douance.

    D’ailleurs Edgar Morin dit que :

    C : D’où l’importance de la restitution lors du passage du test, je comprends mieux ! Dans les définitions de la douance, on trouve souvent « QI supérieur à 130 ». Est-ce que ce seuil des 130 est une condition sine qua non ou plutôt une indication ? Est-ce que quelqu’un juste en dessous de 130 peut être surdoué ? Et quelqu’un juste au dessus ne pas l’être ?

    E : En réalité, Chloé, ce test (WAIS, WISC, WPPSI) n’a pas de réel fondement scientifique, il s’agit plus d’un consensus entre psychiatres; car la douance est très complexe à détecter. Fabrice MICHAUD, expert dans ce domaine et auprès duquel je me suis formée, annonce clairement qu’il « n’existe pas de carte unique du monde » comme il n’existe pas de profil unique de personnes surdouées. La seule distinction serait plutôt liée directement au cerveau puisque chez les surdoués la densité neuronale dans les zones frontales serait plus importante et le transfert d’informations y serait plus rapide. En dehors de cela, nombreux sont les surdoués à ne pas passer la fameuse barre des 130 ou à avoir un QI « incalculable » car trop « hétérogène » (ce qui signifie qu’il y a trop d’écart de points entre les divers subtests). Mais là encore cela n’empêche en rien de poser ou non l’étiquette de surdouée.

    C : Donc en fait, le test de QI sert de base pour mesurer la cognition, et ensuite l’analyse et l’expertise du psychologue permettent de confirmer ou infirmer, c’est ça ?

    E : Oui c’est exactement ça, actuellement le test WAIS/WISC est ce qui se fait de mieux pour comprendre le fonctionnement cognitif d’une personne, mais à lui seul cela ne suffit pas pour confirmer ou infirmer la douance.

    Et puis, c’est bien plus complexe qu’il n’y parait puisque le praticien doit réajuster les résultats en tenant compte également des possibles difficultés de la personne: est-elle fatiguée ? Traverse-t-elle une période délicate dans sa vie? A-t-elle certains troubles dys ? Etc… Car rappelons que la douance n’est pas une pathologie mais plus une particularité cognitive et émotionnelle, à laquelle peuvent se greffer certaines caractéristiques, qui ne sont pas en lien avec la douance, mais peuvent modifier le résultat du test.

    C : Merci pour ces informations ! Finalement, si j’ai bien compris, à la passation du test, on n’a pas une case « surdoué » et une case « non surdoué », mais un descriptif de notre fonctionnement, à nous, intégrant nos propres particularités et notre personnalité. Est-ce qu’on peut quand même parler, au niveau de la douance, de différents « profils » qui se ressembleraient ?

    E : Exactement, il est bon de ne pas imaginer cela comme des cases mais plutôt comme une carte sur laquelle on peut se déplacer. Selon la période de passation, le résultat pourrait très bien être différent. Mais mieux encore, j’ai bien envie de te parler de « familles de surdoués » comme par exemple les laminaires ou les complexes.

    C’est vraiment passionnant, car on utilise les mêmes mots (surdoués / haut potentiel / zèbres…) pour deux types de surdoués totalement différents. 

    Pour vulgariser, le laminaire a plutôt un raisonnement analytique, souvent passionné par des sujets très scientifiques, ce sera le bon élève, celui qui est mis en avant justement dans les médias, il aura des raisonnements de très grande qualité, peut avoir des difficultés à se socialiser jeune de par ses centres d’intérêt différents des autres, il est plutôt très cartésien et a davantage un QI homogène.

    Tandis que le complexe a un raisonnement analogique et intuitif, il est émotionnellement sensible et créatif, il a toujours le besoin d’apprendre, de comprendre, est curieux de tout, il sera attachant et généreux, en besoin de reconnaissance (voire en demande de relations fusionnelles), son cerveau tourne en permanence, il sera en perpétuel questionnement sur lui-même et ses difficultés sociales -s’il en a- sont souvent liées à un sentiment de décalage constant; il a plutôt un QI hétérogène.

    Comme tu vois c’est vraiment deux familles distinctes, mais là encore comme dans toutes les familles tu y trouveras des personnalités différentes, personnalité qui colore la douance.

    Mais si ce sujet t’intéresse, on pourra le développer une prochaine fois avec plaisir, car c’est tellement exaltant ! 

    C : Avec plaisir ! Les lecteurs peuvent répondre en commentaire pour dire si cela les intéresserait 🙂 Pour en revenir aux différentes personnalités, aux différents profils, quand j’ai passé le test, ce qui m’a agréablement surprise, c’est que la psy ne parlait pas des « surdoués » en général mais de moi, comment je fonctionnais. Avant de lire le document qui m’a été remis, je ne savais pas si j’étais surdouée ou non, mais je comprenais comment je fonctionnais, et ça m’a aidée. Après, c’est un investissement que j’ai décidé de faire sur moi, mais c’est quand même un budget. La passation du test coûte entre 200 et 400€ selon les endroits. Est-ce que tu recommanderais à tout le monde de le passer ?

    E : Oui et non. Il faut savoir que nombreux sont les surdoués qui ne passeront jamais le test, et qui ignoreront totalement qu’ils le sont.

    Par contre il est évident que si on se pose la question c’est qu’on cherche des réponses. Et c’est là où la passation d’un test peut aider, aider à se comprendre, aider à s’accepter, aider à avancer…

    C’est finalement un investissement à vie et qu’importe le résultat, car si le praticien est compétent il ne donnera pas qu’un chiffre, il exposera une vraie analyse du fonctionnement cognitif et émotionnel de la personne. Et comme tu le dis, c’est bien cela qui compte !


    Et puis parfois on trouve des réponses dans un livre, un blog, un témoignage, un échange… des réponses qui nous vont nous émouvoir aux larmes, des réponses qui éclairent, des réponses qui nous prennent aux tripes, des réponses qui donnent enfin un sens… et on se sent soulagé.

    Finalement, on pourrait passer toute sa vie en thérapie mais à quoi bon ? Le but de toute thérapie, de tout développement personnel, de toute recherche sur soi, quelle qu’elle soit, c’est bien d’apprendre à se connaître, à s’accepter comme on est, et de s’aimer suffisamment pour être heureux, non ? Alors si, sans avoir passé le test, certain.es se reconnaissent et se sentent bien ainsi, c’est le principal ! 

    En plus il faut savoir, que même en ayant passé le test, certaines personnes refusent d’accepter qu’elles puissent être surdouées, tant le problème est bien plus profond. Par exemple pour le complexe de l’imposteur qui va pousser le surdoué à douter du praticien, de ses compétences, ou même du test lui-même (le trouvant « trop facile »). 

    C : Merci ! Je trouve ça nécessaire de souligner que l’important est de se sentir bien, car je reçois de nombreux messages sur le blog de personnes me disant qu’elles se retrouvent dans le blog, se sentent mieux car moins seules, et me demandent si il FAUT donc absolument passer le test. Non, il ne FAUT pas, dans le sens où il n’y a rien d’obligatoire, si vous reconnaître et vous sentir moins seul(e) vous suffit, eh bien tant mieux ! En revanche, comme le dit Elodie, si vous vous posez des questions, si vous cherchez des réponses, oui, je vous conseille vivement de passer le test WAIS avec un professionnel compétent.

    D’ailleurs, Elodie, on parle toujours du WAIS (pour les adultes), qui est le seul test officiel, mais je t’ai même pas demandé s’il existait d’autres façons de détecter la douance ?

    E : Oh mais oui, et de plus en plus de professionnels délaissent d’ailleurs le WAIS. Même l’association mondiale des surdoués (MENSA) a élaboré son propre test d’entrée (dont on peut passer un extrait en ligne sur leur site). Mais il existe d’autres choses et notamment l’autotest de Mary Rocamora qui est beaucoup plus adapté aux surdoués au profil complexe et que propose notamment Fabrice MICHAUD (contrairement au test de MENSA qui se rapproche du WAIS avec la « logique » comme point central). Même si ce test est en libre accès sur internet, je trouve que l’interprétation des réponses ne permet pas seule d’arriver à un résultat. Il me semble donc toujours important qu’il soit fait avec une personne formée à la thématique de la douance. 

    Il y a aussi le test de Steven Rudolph sur les « natures multiples », le test de « SIC » de Jean Louis Lascaux ou encore le test « Talent Profiler » de Schallenberger Christian. Et bien sûr le quotidien émotionnel qui serait étroitement lié au QI et donc qui devrait selon certaines études toujours être pris en compte (ce qui n’est pas le cas actuellement). Alors bien sûr, officiellement le WAIS reste aujourd’hui le seul qui est reconnu, mais cela tient plus à un consensus et une main mise sur le sujet qu’à un réel fondement scientifique.

    A retenir :

    – Chaque test de QI dépend de sa culture et de son pays

    – Il est important de passer le test auprès d’un psychologue formé et compétent

    – Le test WISC/WAIS est actuellement le seul test officiel et reconnu en France pour mesurer la cognition

    – Il n’y a aucune obligation à passer le test, mais si l’on se pose des questions et que l’on cherche de réponses, il peut vraiment aider (et je le conseille)

    – Il y a plusieurs profils de personnes surdouées

    A bientôt pour un nouvel article !

    livre surdoué illustrations
  • Témoignages

    Témoignage : Cédric, 27 ans.

    J’ai rencontré Cédric au tout début de sa vie professionnelle. Nous venions tout juste d’être embauchés dans une société de conseil, sur profil, et n’avions pas encore de mission. Du coup, nous étions tous…

    18 octobre 2018
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