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Rayures et Ratures

Caractéristiques de zèbres

Le test de QI, c’est pas sorcier !

25 avril 2019

Par email, via les réseaux sociaux ou lors des rencontres, vous êtes toujours très nombreux à me poser la question du test de QI.

Alors, pour répondre à vos questions, j’ai décidé de faire un article sous une toute nouvelle forme. Au lieu de vous faire part de mes recherches, et puisque moi aussi j’avais beaucoup de questions, j’ai préféré interroger une coach formée à la douance et psychanalyste (entre autres, car elle a plein de diplômes, et plein de compétences ! ) qui connaît bien les zèbres, puisqu’elle les a étudiés et qu’elle est elle-même concernée. Elle s’appelle Elodie, et j’ai découvert son travail via les réseaux sociaux. A travers sa société Ailes et Graines et son compte Instagram du même nom, elle donne beaucoup d’informations (chaque semaine, elle parle d’un thème spécifique avec passion et avec un grand sourire), accompagne les gens et sème des graines de bienveillance, d’optimisme, et d’enthousiasme.

Sa personnalité et ses connaissances ont fait que j’avais envie de vous la présenter et de l’interroger, car s’il y a bien quelque chose qu’elle aime faire, Elodie, c’est transmettre. Alors j’endosse le costume de Fred, elle endosse celui de Jamy, et c’est parti pour un petit tour dans le merveilleux monde des tests de QI.

C: Salut Elodie ! Rentrons directement dans le vif du sujet : qu’est-ce que c’est, en fait, ce test de QI dont on parle ?

E : Alors difficile de te répondre Chloé, sans faire un rappel historique de la « chose ». En effet, il faut bien se rappeler le pourquoi du comment de la naissance de ce test, bien loin du besoin aujourd’hui.

C’est en 1905 que BINET et SIMON créent la première échelle mesurant l’ « intelligence » en vue d’aider les élèves en difficulté. Depuis, les tests ont beaucoup changé, évolué et été adaptés selon les besoins jusqu’au WISC/WAIS que nous connaissons aujourd’hui comme étant le seul test qui serait à même de calculer officiellement le quotient intellectuel d’un enfant (à partir 2 ans pour le WPPSI, 6ans le WISC) ou d’un adulte (le WAIS à partir de 16ans). Nous en sommes aujourd’hui à la 5ème version et non la dernière, puisque chaque version est soigneusement créée à partir des dernières avancées psycho-socio-scientifiques. La moyenne étant de 100, on estime officiellement que les haut potentiel ont + de 130 ( 2% de la population) et les très haut potentiel intellectuel au dessus de 145 (0,1% de la population).

Cependant ces taux ne sont que des estimations liées à la création du test, car nombreux sont les HP (haut potentiel) non testés. 

Le test prend en compte 4 grands subtests: indice de compréhension verbale, indice de raisonnement perceptif, la mémoire de travail et l’indice de vitesse de traitement.

Il faut savoir que chaque test de QI dépend également de son pays et donc de sa culture, d’où la différence de chiffre d’un test à l’autre (par exemple, le maximum au test WAIS en France est de 160 tandis qu’au Japon c’est 220); il y a également une différence entre le WISC et le WAIS, d’où l’inutilité de comparer le chiffre ! Voilà aussi pourquoi certains adultes passant le WAIS pensent avoir perdu des points de QI en comparaison à leur résultat WISC enfant, mais il n’en n’est rien: l’échelle de mesure est différente !

C : Ah oui, je me disais aussi ! Récemment, j’ai lu un livre américain sur les « gifted adults », et j’étais très étonnée des chiffres de QI mentionnés. Aucun n’avait moins de 150, et je me demandais justement s’ils étaient beaucoup plus intelligents que nous, ou s’ils avaient une échelle différente, parce que les caractéristiques dont ils parlaient avaient l’air d’être assez similaires !

E : Exactement ! En plus savais-tu que le terme même de douance a des définitions bien différentes selon les pays ? En effet, surdoué en anglais se dit « gifted », qu’on pourrait traduire comme doué, gâté dans le sens « posséder un cadeau de la vie », tandis qu’en France la douance est inévitablement associée selon la définition à avoir « des capacités intellectuelles très supérieures à la moyenne » (cf dictionnaire Larousse). Ainsi, on se rend bien compte que la façon dont on va percevoir la douance -et donc le test- est clairement associée à une culture donnée.

Finalement comme le dit si bien Howard Gardner :

C : Au départ, quand des lecteurs me posaient des questions par rapport au test, j’avais tendance à leur recommander vivement la passation du test s’ils le pouvaient, car j’ai eu une expérience très positive. Bien loin de ce que j’avais en tête d’un test de QI (des questions formelles et un résultat à la fin), je me suis au contraire retrouvée face à une personne qui ne me connaissait pas mais qui pourtant me donnait l’impression de m’avoir cernée de suite, en analysant mon comportement et pas seulement mes réponses, et j’ai appris énormément de choses sur mon fonctionnement cognitif lors de la restitution. Depuis, je me suis un peu ravisée, car plusieurs personnes à qui j’avais conseillé de passer le test n’ont pas eu la même expérience que moi, ont simplement eu un « score » à la fin, et cela ne les a pas du tout aidées. Du coup, je me demandais, est-ce que tous les psychologues sont compétents pour faire passer les tests ? 

E : Absolument pas, car rares sont les formations universitaires qui proposent dans leur cursus une vraie approche de la douance et donc du test. Un psychologue ou un psychiatre peut, juste avec son diplôme, acheter le test en ligne. Il reçoit alors pour quasiment 2000 euros le manuel d’administration, de cotation et d’interprétation du test. Mais rien ne l’oblige à s’informer, à se former ou à pratiquer avec une personne plus expérimentée. Et comme aujourd’hui, on peut aisément dire que c’est devenu un vrai business… il est essentiel de savoir avec qui on passe ce test. Car poser des questions et compter les points ne suffit pas du tout pour conclure sur la thématique de la douance. Seule une analyse pointue du fonctionnement cognitif et émotionnel valide un test de douance.

D’ailleurs Edgar Morin dit que :

C : D’où l’importance de la restitution lors du passage du test, je comprends mieux ! Dans les définitions de la douance, on trouve souvent « QI supérieur à 130 ». Est-ce que ce seuil des 130 est une condition sine qua non ou plutôt une indication ? Est-ce que quelqu’un juste en dessous de 130 peut être surdoué ? Et quelqu’un juste au dessus ne pas l’être ?

E : En réalité, Chloé, ce test (WAIS, WISC, WPPSI) n’a pas de réel fondement scientifique, il s’agit plus d’un consensus entre psychiatres; car la douance est très complexe à détecter. Fabrice MICHAUD, expert dans ce domaine et auprès duquel je me suis formée, annonce clairement qu’il « n’existe pas de carte unique du monde » comme il n’existe pas de profil unique de personnes surdouées. La seule distinction serait plutôt liée directement au cerveau puisque chez les surdoués la densité neuronale dans les zones frontales serait plus importante et le transfert d’informations y serait plus rapide. En dehors de cela, nombreux sont les surdoués à ne pas passer la fameuse barre des 130 ou à avoir un QI « incalculable » car trop « hétérogène » (ce qui signifie qu’il y a trop d’écart de points entre les divers subtests). Mais là encore cela n’empêche en rien de poser ou non l’étiquette de surdouée.

C : Donc en fait, le test de QI sert de base pour mesurer la cognition, et ensuite l’analyse et l’expertise du psychologue permettent de confirmer ou infirmer, c’est ça ?

E : Oui c’est exactement ça, actuellement le test WAIS/WISC est ce qui se fait de mieux pour comprendre le fonctionnement cognitif d’une personne, mais à lui seul cela ne suffit pas pour confirmer ou infirmer la douance.

Et puis, c’est bien plus complexe qu’il n’y parait puisque le praticien doit réajuster les résultats en tenant compte également des possibles difficultés de la personne: est-elle fatiguée ? Traverse-t-elle une période délicate dans sa vie? A-t-elle certains troubles dys ? Etc… Car rappelons que la douance n’est pas une pathologie mais plus une particularité cognitive et émotionnelle, à laquelle peuvent se greffer certaines caractéristiques, qui ne sont pas en lien avec la douance, mais peuvent modifier le résultat du test.

C : Merci pour ces informations ! Finalement, si j’ai bien compris, à la passation du test, on n’a pas une case « surdoué » et une case « non surdoué », mais un descriptif de notre fonctionnement, à nous, intégrant nos propres particularités et notre personnalité. Est-ce qu’on peut quand même parler, au niveau de la douance, de différents « profils » qui se ressembleraient ?

E : Exactement, il est bon de ne pas imaginer cela comme des cases mais plutôt comme une carte sur laquelle on peut se déplacer. Selon la période de passation, le résultat pourrait très bien être différent. Mais mieux encore, j’ai bien envie de te parler de « familles de surdoués » comme par exemple les laminaires ou les complexes.

C’est vraiment passionnant, car on utilise les mêmes mots (surdoués / haut potentiel / zèbres…) pour deux types de surdoués totalement différents. 

Pour vulgariser, le laminaire a plutôt un raisonnement analytique, souvent passionné par des sujets très scientifiques, ce sera le bon élève, celui qui est mis en avant justement dans les médias, il aura des raisonnements de très grande qualité, peut avoir des difficultés à se socialiser jeune de par ses centres d’intérêt différents des autres, il est plutôt très cartésien et a davantage un QI homogène.

Tandis que le complexe a un raisonnement analogique et intuitif, il est émotionnellement sensible et créatif, il a toujours le besoin d’apprendre, de comprendre, est curieux de tout, il sera attachant et généreux, en besoin de reconnaissance (voire en demande de relations fusionnelles), son cerveau tourne en permanence, il sera en perpétuel questionnement sur lui-même et ses difficultés sociales -s’il en a- sont souvent liées à un sentiment de décalage constant; il a plutôt un QI hétérogène.

Comme tu vois c’est vraiment deux familles distinctes, mais là encore comme dans toutes les familles tu y trouveras des personnalités différentes, personnalité qui colore la douance.

Mais si ce sujet t’intéresse, on pourra le développer une prochaine fois avec plaisir, car c’est tellement exaltant ! 

C : Avec plaisir ! Les lecteurs peuvent répondre en commentaire pour dire si cela les intéresserait 🙂 Pour en revenir aux différentes personnalités, aux différents profils, quand j’ai passé le test, ce qui m’a agréablement surprise, c’est que la psy ne parlait pas des « surdoués » en général mais de moi, comment je fonctionnais. Avant de lire le document qui m’a été remis, je ne savais pas si j’étais surdouée ou non, mais je comprenais comment je fonctionnais, et ça m’a aidée. Après, c’est un investissement que j’ai décidé de faire sur moi, mais c’est quand même un budget. La passation du test coûte entre 200 et 400€ selon les endroits. Est-ce que tu recommanderais à tout le monde de le passer ?

E : Oui et non. Il faut savoir que nombreux sont les surdoués qui ne passeront jamais le test, et qui ignoreront totalement qu’ils le sont.

Par contre il est évident que si on se pose la question c’est qu’on cherche des réponses. Et c’est là où la passation d’un test peut aider, aider à se comprendre, aider à s’accepter, aider à avancer…

C’est finalement un investissement à vie et qu’importe le résultat, car si le praticien est compétent il ne donnera pas qu’un chiffre, il exposera une vraie analyse du fonctionnement cognitif et émotionnel de la personne. Et comme tu le dis, c’est bien cela qui compte !


Et puis parfois on trouve des réponses dans un livre, un blog, un témoignage, un échange… des réponses qui nous vont nous émouvoir aux larmes, des réponses qui éclairent, des réponses qui nous prennent aux tripes, des réponses qui donnent enfin un sens… et on se sent soulagé.

Finalement, on pourrait passer toute sa vie en thérapie mais à quoi bon ? Le but de toute thérapie, de tout développement personnel, de toute recherche sur soi, quelle qu’elle soit, c’est bien d’apprendre à se connaître, à s’accepter comme on est, et de s’aimer suffisamment pour être heureux, non ? Alors si, sans avoir passé le test, certain.es se reconnaissent et se sentent bien ainsi, c’est le principal ! 

En plus il faut savoir, que même en ayant passé le test, certaines personnes refusent d’accepter qu’elles puissent être surdouées, tant le problème est bien plus profond. Par exemple pour le complexe de l’imposteur qui va pousser le surdoué à douter du praticien, de ses compétences, ou même du test lui-même (le trouvant « trop facile »). 

C : Merci ! Je trouve ça nécessaire de souligner que l’important est de se sentir bien, car je reçois de nombreux messages sur le blog de personnes me disant qu’elles se retrouvent dans le blog, se sentent mieux car moins seules, et me demandent si il FAUT donc absolument passer le test. Non, il ne FAUT pas, dans le sens où il n’y a rien d’obligatoire, si vous reconnaître et vous sentir moins seul(e) vous suffit, eh bien tant mieux ! En revanche, comme le dit Elodie, si vous vous posez des questions, si vous cherchez des réponses, oui, je vous conseille vivement de passer le test WAIS avec un professionnel compétent.

D’ailleurs, Elodie, on parle toujours du WAIS (pour les adultes), qui est le seul test officiel, mais je t’ai même pas demandé s’il existait d’autres façons de détecter la douance ?

E : Oh mais oui, et de plus en plus de professionnels délaissent d’ailleurs le WAIS. Même l’association mondiale des surdoués (MENSA) a élaboré son propre test d’entrée (dont on peut passer un extrait en ligne sur leur site). Mais il existe d’autres choses et notamment l’autotest de Mary Rocamora qui est beaucoup plus adapté aux surdoués au profil complexe et que propose notamment Fabrice MICHAUD (contrairement au test de MENSA qui se rapproche du WAIS avec la « logique » comme point central). Même si ce test est en libre accès sur internet, je trouve que l’interprétation des réponses ne permet pas seule d’arriver à un résultat. Il me semble donc toujours important qu’il soit fait avec une personne formée à la thématique de la douance. 

Il y a aussi le test de Steven Rudolph sur les « natures multiples », le test de « SIC » de Jean Louis Lascaux ou encore le test « Talent Profiler » de Schallenberger Christian. Et bien sûr le quotidien émotionnel qui serait étroitement lié au QI et donc qui devrait selon certaines études toujours être pris en compte (ce qui n’est pas le cas actuellement). Alors bien sûr, officiellement le WAIS reste aujourd’hui le seul qui est reconnu, mais cela tient plus à un consensus et une main mise sur le sujet qu’à un réel fondement scientifique.

A retenir :

– Chaque test de QI dépend de sa culture et de son pays

– Il est important de passer le test auprès d’un psychologue formé et compétent

– Le test WISC/WAIS est actuellement le seul test officiel et reconnu en France pour mesurer la cognition

– Il n’y a aucune obligation à passer le test, mais si l’on se pose des questions et que l’on cherche de réponses, il peut vraiment aider (et je le conseille)

– Il y a plusieurs profils de personnes surdouées

A bientôt pour un nouvel article !

livre surdoué illustrations
Caractéristiques de zèbres

Spectacle  » Ema : Itinéraire d’une surdouée » et rencontre

24 avril 2019

Bonjour ! En attendant la publication très prochaine d’un article sur les tests de QI, je vous fais part d’un événement qui aura lieu le 4 mai 2019 à Saint Etienne, au théâtre Le Pax. Ema Perey jouera son spectacle « Ema : itinéraire d’une surdouée » à 20h, et nous aurons le plaisir, avec Audrey Bouquet (A la rencontre de mes semblables à rayures), d’échanger avec vous à la suite du spectacle !

Nous n’expliquerons pas ce qu’est la douance, nous laissons cela aux experts, mais nous raconterons nos parcours, en quoi la découverte de la douance nous a, de façon plus ou moins directe, menées vers de nouveaux horizons professionnels. Et, bien sûr, nous répondrons à vos questions.

A la suite de cet échange, ceux qui veulent pourront faire dédicacer leurs livres ou s’en procurer (si j’arrive à en emporter suffisamment dans ma valise 😉 ).

Au plaisir de vous rencontrer le 4 mai,

Chloé

PS : Lien pour prendre les billets juste ici (en cliquant)

Caractéristiques de zèbres

En toute transparence – billet d’humeur

4 avril 2019

Où je parle de charge de travail, de critiques, de blocage, et de l’avenir de Rayures et Ratures.

Je suis un peu absente depuis quelques temps, je n’ai pas publié de nouveau contenu depuis un petit moment, et comme je suis très attachée à la transparence, j’ai décidé de vous écrire ce petit billet pour vous expliquer pourquoi, et j’en profite pour vous parler un peu de l’avenir de Rayures et Ratures.

Il y a plusieurs raisons à cette petite absence. 

La première, c’est que je développe beaucoup de projets en parallèle, et que j’ai parfois un peu de mal à fournir partout. 

multi projets - multi tâches - auto entrepreneur

J’ai ressenti à l’hiver dernier le besoin urgent de sensibiliser sur un autre sujet qui me tient à cœur et qui me touche : les maladies chroniques et/ou invisibles. Ce projet, Chroniques Invisibles, a pour l’instant pris la forme d’un compte Instagram qui fait du bien (j’espère), et d’un blog. Je pensais le lancer tout doucement, en parallèle de tout le reste, mais le compte Instagram a grossi d’un coup, et bien que je ne crée pas de contenu chaque jour, il me demande un gros travail de gestion de communauté car je reçois chaque jour de nombreuses sollicitations. A côté de ce nouveau projet, je viens d’illustrer un livre, un peu à la dernière minute donc dans l’urgence, sur la pullulation bactérienne de l’intestin grêle (et j’ai adoré le faire, la vulgarisation scientifique, ça peut paraître étrange, mais j’adore !), écrit par Dora Moutot, et qui doit sortir bientôt.

La seconde, c’est que je suis un peu dépassée par les commandes du livre Rayures et Ratures. Ne me méprenez pas, je suis très heureuse qu’il plaise et que les rayures puissent rayonner dans la France entière et même au-delà 🙂 Ce qu’il y a, c’est que je ne m’attendais tellement pas à ce qu’il plaise autant, que je n’ai rien organisé, rien anticipé. 

auto édition - entrepreneuriat - préparation des commandes de livres

Du coup, aujourd’hui, je passe mes journées à répondre à des libraires qui souhaitent savoir comment se procurer le livre, à leur faire des devis avec mes conditions, à suivre la validation ou le refus du devis puis la réception ou la facturation, à gérer le dépôt-vente, à préparer les commandes passées en direct ou par la marketplace Amazon, à écrire les adresses, à mettre les étiquettes sur les paquets, à les emmener à la Poste, à m’occuper des retours, à suivre les stocks et la réimpression… Je ne m’en rendais pas compte, mais avec le volume de commandes actuel et surtout les multiples distributeurs (car je dois traiter avec chaque libraire intéressé, rien n’est centralisé à part les commandes Amazon), je ne m’en sors plus toute seule. Ou plutôt, je m’en sors, je deviens une pro de la préparation de commande et du collage d’étiquette, mais je n’ai plus du tout le temps de créer, de chercher, d’écrire du contenu, de dessiner, de répondre à vos messages, d’écouter puis de rédiger vos témoignages. Et cela me rend triste, car créer, c’est vraiment ce que je voulais faire. Du coup, je suis en train de réfléchir à quelques solutions alternatives pour me libérer du temps, parmi lesquelles : créer une page de vente en ligne pour le livre et externaliser la préparation des commandes à un logisticien, ou confier mon stock à Amazon qui s’occuperait des envois, ou les deux. Dans tous les cas, je serais quand même obligée de traiter en direct avec les libraires pour les devis et les envois, mais si je n’ai plus que ça, je pense que ça ira !

J’ai réfléchi aux solutions comme Bookelis, Book on Demand ou lelibraire.com, mais cela n’est pas possible pour moi car soit il s’agit d’impression à la demande (et pour un livre de 184 pages en couleurs ils le vendent entre 35 et 45€ et il est hors de question pour moi de le mettre à ce prix là, j’ai tout fait pour qu’il soit accessible), soit ils ne prennent pas les livres auto-édités. 

Tout ça pour dire que je réfléchis à l’optimisation des envois pour pouvoir me consacrer à l’écriture, comme avant, car j’ai beaucoup de choses en tête, je vous en parlerai un peu plus bas !

La troisième raison de mon absence, car il y en a une troisième, c’est la critique. J’ai beaucoup beaucoup de mal avec les critiques négatives et non construites. J’ai beau recevoir des centaines de messages adorables qui me confortent dans mes choix et parfois m’émeuvent à en pleurer, lorsque je reçois un message négatif et pas constructif (par exemple me disant que ce que je fais est totalement inutile ou déprimant, que je n’ai aucune légitimité à faire ce blog, que je suis imbue de moi-même, ou que je n’ai pas honte d’être en contradiction avec les valeurs que je défends étant donné que mon livre est vendu sur la marketplace Amazon ou même juste un petit message pas méchant mais trop sec à mon goût me disant qu’  « un retour à l’email envoyé il y a 3 jours serait apprécié »), je remets TOUT en question. 

Oui, il m’arrive très souvent de me demander si je ne ferais pas mieux d’arrêter, s’ils n’ont pas raison et que finalement peut-être que je fais plus de mal que de bien aux gens… Un seul petit message négatif et je suis bloquée pour la journée. Je rumine, je remets en question ce que je fais, et je n’arrive plus à avancer. Je suis complètement bloquée. Récemment, je voulais écrire un article, et puis en l’écrivant, je modifiais mes phrases, je modifiais mon propos car je réfléchissais à ce que certains allaient pouvoir me reprocher. Je voulais plaire à tout le monde, alors je modifiais tout. Et ça n’avait plus de sens. Je ne l’ai pas publié. J’avais besoin de partager cela avec vous, car je sais que vous êtes nombreux à remettre toute votre vie en question à la moindre critique non constructive, que même noyé sous 1000 messages positifs, un petit message négatif peut également vous mettre à terre, et que vous êtes aussi nombreux à vouloir plaire à tout le monde. Je suis comme vous..

Mais ne vous inquiétez pas, si j’écris cela aujourd’hui c’est que ça va mieux, que j’ai beaucoup de soutien (merci Instagram pour ça d’ailleurs, c’est la magie des réseaux sociaux aussi) dont celui de deux blogueurs zébrés qui m’ont encouragée à écrire ce billet (Mélanie de Suivez le Zèbre et Raphaël de Surdoué ou pas surdoué), et que même si un petit message négatif peut toujours me mettre à terre, je me relève plus vite car j’en ai pris conscience. J’arrive à prendre un peu de distance, et du coup, je me débloque peu à peu, et j’ai plein d’idées pour la suite !

Au niveau du blog, j’ai plein de témoignages en préparation (j’ai pris du retard à cause des 2 premières raisons mentionnées ci-dessus, mais dès que je trouve une solution pour la logistique des envois du livre je vais pouvoir me consacrer pleinement à ces témoignages en attente), mais aussi des articles, dont un un peu plus technique qui sera donc fait en collaboration avec une personne plus calée que moi sur le sujet, j’ai tellement hâte de vous en parler !

Pour sensibiliser toujours plus, je fais parfois des rencontres pour parler des zèbres, il y en a une le 9 avril 2019 à 19h30 à la bibliothèque de Crémieu (38), c’est gratuit et il faut s’inscrire auprès de la bibliothèque ! Je ne peux malheureusement pas me déplacer dans toutes les villes car mon corps a ses limites (et mon budget aussi:) ), mais je vous tiendrai informés des prochaines rencontres, c’est promis !

Avec deux autres zébrettes que vous connaissez peut-être déjà, Ema Perey et Audrey Bouquet, nous organisons une soirée qui débutera par le spectacle d’Ema et sera suivi par une discussion avec Audrey et moi-même sur nos parcours, sur nos changements de vie plus ou moins liés à la douance, avec humour et positivité bien évidemment, et puis surtout, vous aurez la parole 🙂 Cette soirée aura lieu le 4 mai à Saint Etienne ! Nous avons hâte de vous rencontrer en vrai ! Le lien pour réserver la place sera très prochainement communiqué 🙂

Et sinon… je dois vous avouer aussi qu’après de nombreuses discussions au téléphone avec des zèbres de tous les âges et après de longues heures de réflexion, le projet de faire un deuxième livre a émergé. Je n’avais pas vraiment prévu d’en faire un deuxième tant le premier m’a demandé une énergie folle (mais positive et créatrice 🙂 ), mais je crois qu’en fait, un livre est à la fois un réel outil pour favoriser le dialogue, et un objet dans lequel on peut se plonger et se replonger à différentes périodes de sa vie. Ce livre, s’il voit le jour, sera très différent du premier. 

Grâce aux rencontres et aux échanges de ces dernières années, j’ai pu entrevoir la diversité des profils de zèbres, mais aussi des questionnements liés justement aux différentes périodes de la vie. Et ce qui m’intéresse, pour ce deuxième livre, c’est cela. Les différentes périodes de la vie. L’enfance, l’adolescence, la vie d’adulte, la parentalité et la famille, la vieillesse aussi… Il y a peu d’études sur ce sujet donc l’approche est différente, basée sur les expériences de vie de chacun, sur les histoires et le témoignage, sur l’humain, sans généraliser. Je passe donc beaucoup plus de temps à chercher, à interroger, à me renseigner sur les changements du cerveau à l’adolescence par exemple, à retranscrire, à rédiger, mais chacune des histoires que j’entends m’inspire, et je suis profondément attachée à cette nouvelle approche. Je ne sais pas combien de temps me prendra l’écriture (et l’illustration) de ce livre, mais je vous partagerai certains chapitres sur le blog, évidemment, et je vous tiendrai au courant de l’avancée de ce projet qui me motive tant ! 

Maintenant que j’ai été transparente avec vous et que je suis reboostée, je vous dis à très bientôt pour un article un peu plus technique sur les tests et les différents profils, en collaboration avec une personne professionnelle et inspirante que j’ai hâte de vous présenter !

Témoignages

Zèbre sénior, le témoignage de Maryvonne, 68 ans.

20 février 2019

Durant de longues années, on parlait des « enfants précoces », sans trop se soucier de ce qu’ils devenaient, une fois adultes. Aujourd’hui, on s’intéresse de plus en plus à ces adultes. Les livres, blogs ou articles à leur sujet sont de plus en plus nombreux, et tant mieux ! Mais récemment, j’ai reçu un message d’une lectrice du blog, une adulte, oui, mais une adulte de plus de 70 ans. Elle me racontait que les articles sur la vie amoureuse ou la vie professionnelle lui permettaient de relire différemment sa vie, mais elle me racontait aussi qu’aujourd’hui, elle est retraitée, et bien que ces interrogations sur la place au travail l’intéressent tout de même, ce ne sont pas ses principales préoccupations.

Elle, du haut de ses 77 ans, se demande plutôt comment supporter le fait que la tête tourne à toute vitesse alors que le corps ralentit, comment calmer son hypersensibilité pour rester forte tout en voyant ses proches partir, les uns après les autres, comment ne pas être angoissée par la mort, ou par la possibilité que la tête ne fonctionne plus comme avant. Ses interrogations m’ont touchée. Je n’y avais pas pensé. Alors, j’ai cherché des informations, rencontré quelques zèbres « sénior », discuté avec eux, et j’ai eu envie de vous partager tout cela.

La lectrice avec laquelle j’ai discuté n’a pas souhaité témoigner, c’était encore trop frais pour elle. Mais d’autres zèbres sénior ont répondu à mon appel. Parmi eux, Maryvonne, 68 ans.

Maryvonne, 68 ans, surdouée, témoigne.

Elle vient tout juste de mettre un nom sur sa différence, et m’a raconté un petit bout de sa vie. Pas tout, car sa vie est un roman, comme elle dit ! Nous avons échangé par email, c’était plus facile pour elle, ça lui permettait d’aller boire un petit café entre deux mails pour calmer les émotions. J’avais l’impression d’écouter ma grand-mère me raconter la vie, le passé. C’était un partage inspirant. Un partage, parce que si j’avais l’impression qu’elle me donnait beaucoup en me racontant son parcours, elle m’expliquait qu’elle recevait aussi. Car « ça fait du bien, ce sentiment d’intéresser quelqu’un ».

Voici donc quelques réflexions partagées par Maryvonne, qui vient tout juste de mettre un nom sur sa différence, après « 68 ans d’errance malheureuse ».  

Maryvonne s’est toujours sentie différente, inadaptée, décalée, et ce décalage, elle n’était pas seule à le percevoir. Elle a toujours été décrite comme :

Et surtout :

Mais c’était une autre époque. A l’époque, elle devait écouter les adultes, se taire, être polie, à ses nombreuses questions existentielles on lui répondait « cesse de poser des questions idiotes », et à ses « pourquoi ? » on lui répondait… :

Enfant surdouée dans les années 1950

C’était comme ça. Elle en a beaucoup voulu à sa mère, la figure dominante de la famille, qui lui répétait sans cesse qu’elle n’était pas comme les autres. Qu’elle n’était pas normale. Mais si Maryvonne se savait décalée, elle ne s’est pas demandé pourquoi. Parce qu’elle était certaine d’en être responsable, d’être coupable de la situation.

« J’ai toujours pensé que je devais faire des efforts, et je les ai faits… seulement plus je faisais des efforts plus j’étais mal. »

C’est après 68 ans de mal-être avec elle-même et avec les autres, après 9 enfants (4 de « fabrication maison » comme elle dit, et 5 enfants handicapés adoptés), un alcoolisme actif (27 ans de sobriété désormais !), des psychothérapies et traitements divers pour dépression, bipolarité ou troubles borderline, que Maryvonne décide d’essayer de comprendre les raisons de ses difficultés, en se reconnaissant dans le profil de certains de ses petits-enfants, détectés zèbres, autistes Asperger, ou ayant des troubles dys ou de l’hyperactivité. A 68 ans, elle se rend dans un centre spécialisé dans le Haut Potentiel et les troubles du spectre autistique, et là : « BADABOUM », comme elle m’écrit.

Elle est détectée à Haut Potentiel Intellectuel, et les tests pour définir son appartenance aux troubles du spectre autistique sont en cours. Après 68 ans d’errance malheureuse, elle m’écrit : « quelle violence je me suis infligée ! ». Toute sa vie, elle s’est sur-adaptée à ce monde qui n’était pas le sien, a essayé de rentrer dans un costume qui n’était pas le sien non plus, vestimentairement, socialement… Pourtant, elle a réussi sans le savoir à trouver un travail plutôt adapté à son fonctionnement. Elle enseignait dans une classe spéciale pour personnes handicapées lourdes mais non physiques, et me racontait avec un sourire que je devine derrière ses mots à quel point c’était une véritable histoire d’amour, ses élèves et elle. Car ils avaient besoin de rituels, comme elle. La communication était vraie, juste, sans filtre. Et ça lui allait bien. Elle adorait son métier, dans sa classe, porte fermée, avec ses  « poussins », sans ses collègues.

Institutrice bien dans sa classe, porte fermée, avec ses élèves handicapés.

Ils se comprenaient mutuellement. Elle avait le sentiment d’être acceptée, sans masque. Et en retour, elle faisait tout pour que ses élèves se sentent aimés avec leur différences. Ses collègues la taxaient d’originale, encore, et se demandaient comment elle tenait dans cette classe.  

Aujourd’hui, elle comprend pourquoi elle était si bien là-bas. Et si mal ailleurs. Depuis qu’elle SAIT, elle a accepté, fait la paix avec elle-même, avec sa mère aussi, bien qu’elle ne soit plus là, elle s’accepte avec ses différences, et surtout, elle comprend. Elle avait besoin de m’écrire dans ses mails qu’aujourd’hui elle savait. Qu’elle n’était pas folle. Pas méchante. Elle est seulement zèbre, peut-être Asperger, mais normale dans sa différence.

A 69 ans maintenant, elle apprend à se connaître, et surtout, avec l’aide d’un psy, elle apprend à se respecter. Et ça, ça n’a pas de prix, je crois. Pour tous ceux qui seraient tenté d’en savoir plus sur leur fonctionnement mais qui ne le font pas car « à mon âge, à quoi bon ? », j’ai envie de leur faire lire cette petite phrase.

Comprendre son fonctionnement à 68 ans, relire sa vie avec ces nouvelles données, j’imaginais bien que ça devait bouleverser pas mal de choses. Et je me demandais comment l’entourage, ses enfants en l’occurence, pouvaient le percevoir. Est-ce qu’ils verraient ça comme une lubie ? Comme quelque chose d’inutile ? Est-ce qu’ils seraient heureux pour leur maman ? J’ai posé la question à Maryvonne. Elle m’a répondu qu’elle avait souhaité en parler à ses enfants « fabrication maison », mais que soit ils ne veulent pas en parler, soit ils lui en veulent, car pensent que c’est à cause d’elle que leurs enfants à eux sont « comme ça ». J’ai trouvé ça triste. Mais elle était plus forte que moi. Elle m’écrivait avec une profonde sagesse qu’elle comprenait qu’avoir une maman hors normes, difficile à suivre, alcoolique durant un temps, n’était pas facile à accepter.

« J’ai élevé mes 9 enfants seule. Ils me permettaient de garder la tête hors de l’eau. Tant que j’avais mes enfants autour de moi, je ne pensais qu’à eux, ça m’évitait de penser à moi. J’ai vécu une belle histoire avec eux. Pas facile, sans doute, mais riche en expériences humaines. Et puis, un jour, la vie s’arrange pour que vous vous retrouviez face-à-face avec vous-même. Depuis quelques mois, je veux m’occuper de moi (parce que je le vaux bien), et ils sont adultes. Chacun son tour… Ils feront leur chemin. »

Maintenant qu’elle est en paix avec elle-même, nous avons quitté le passé pour discuter un peu du présent. De la vieillesse. Et même de la mort. C’est toujours avec une grande sagesse que Maryvonne a répondu à mes questions.  

« Vieillir, c’est tellement difficile. Mon petit corps fatigué ne correspond plus en rien à ce qui tourne dans ma tête ! Je suis artiste peintre, j’adore les formats monumentaux, mais cela devient compliqué physiquement »

Maryvonne est beaucoup plus vite fatiguée, mais son cerveau, lui, est toujours en demande d’apprendre, de chercher, de comprendre. Alors que la concentration est toujours là, elle doit cesser ses recherches un moment pour se reposer, tant elle est assommée par la fatigue.

Elle aime la musique, les concerts à l’orchestre philharmonique, le théâtre, l’opéra… mais les sorties le soir sont désormais payées par des douleurs physiques le lendemain. Et ça, c’est un peu difficile à accepter. Sentir son corps s’essouffler. Ralentir. Voir, peut-être, au bout d’un moment, l’empêcher de faire ce qu’elle aime. Ce qui la rend heureuse.

« J’ai très peur de ne plus pouvoir me nourrir la tête. Cela me fait peur au point d’imaginer arrêter le jeu moi-même si je dois vivre sans pouvoir continuer à assumer mon besoin d’apprendre»

J’ai été très émue par son histoire, par sa sagesse, par ses angoisses aussi. Je trouve que c’est une belle leçon de vie, et j’espère qu’elle vous plaira. Si vous souhaitez lire d’autres témoignages, retrouvez celui d’Angélique, zèbre Asperger, ou celui d’Eric, 49 ans, adulte récemment détecté surdoué, qui a témoigné l’an dernier !

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Témoignages

Zèbre et Asperger. Le témoignage d’Angélique, 27 ans.

6 février 2019

Au départ, Angélique a répondu à mon appel à témoins dans le cadre d’un autre projet visant à sensibiliser sur les maladies invisibles. Mais en discutant, ce qui a un impact sur sa vie quotidienne et qui est invisible pour le monde extérieur, c’est son syndrome d’Asperger. Et elle me précise bien que ce n’est pas une maladie, c’est un trouble du spectre autistique. Comme elle est également zèbre, j’ai décidé de publier son témoignage, mais sur Rayures et Ratures. En me disant que, peut-être, d’autres personnes comme elle et comme la blogueuse Alexandra cumuleraient ce que cette dernière appelle « double exception ».

Angélique parle vite, très vite, mais avec une voix posée, et avec assurance. Tout en me parlant, elle marche, chez elle. Sur la pointe des pieds. Elle me raconte que suite à la lecture de Rayures et Ratures, elle a consulté puis passé le test WAIS pour mieux se comprendre. On lui a officiellement annoncé qu’elle était zèbre (c’est le terme qu’elle préfère employer), et expliqué son fonctionnement. Elle s’est reconnue également dans le blog d’Alexandra, Les tribulations d’une Aspergirl, mais me dit que le délai est beaucoup plus important pour avoir un diagnostic officiel de syndrome d’Asperger. Je me permets d’employer le mot diagnostic car c’est le sien. Celui qu’elle utilise, et qui résonne en elle. Pour les adultes, elle m’explique il y a une liste d’attente de plusieurs mois avant d’être officiellement diagnostiqué(e). La priorité est faite aux enfants, car un diagnostic d’Asperger leur permet d’adapter leur éducation.

Quand on se pose la question de savoir si l’on a un syndrome d’Asperger à l’âge adulte, cela vient souvent d’un livre, d’une lecture sur internet, ou d’une rencontre avec quelqu’un.

Découverte Autisme Asperger

On se reconnaît, on s’interroge, puis on le fait confirmer par un psychologue ou un psychiatre. Ensuite, seulement, on fait les démarches CRA pour un diagnostic officiel. Il n’est pas forcément nécessaire d’aller jusqu’à ce diagnostic officiel, me dit-elle, mais celui-ci sert souvent à considérer un aménagement professionnel particulier. Parfois, certains vont jusqu’au bout parce qu’ils ont vraiment besoin de savoir, aussi. D’avoir une preuve. Angélique, elle, sait déjà.

« Je n’ai pas vraiment besoin d’un diagnostic officiel, je sais ce que je suis, la thérapie m’a permis de faire le point et surtout de faire la paix. Je sais maintenant que ce n’est pas de ma faute, et ça, c’est hyper important. Ce n’est pas quelque chose que l’on décide, on ne fait pas exprès d’être « comme ça », ce n’est pas de l’ordre du décisionnel ou du culturel. On est comme ça, c’est tout. Et ça, c’est difficile à comprendre pour l’entourage. C’est un soulagement aussi de savoir qui je suis, car que ce soit la douance ou l’autisme, pour mes parents j’étais un problème. Je ne suis pas un problème, je suis différente, c’est tout. »

Je connaissais très peu le syndrome d’Asperger. Je le connaissais de nom, de loin, j’avais lu des témoignages à ce sujet, mais j’avais envie de comprendre. De me rendre compte des manifestations de ce syndrome dans la vie quotidienne. Alors j’ai demandé à Angélique de me raconter un peu comment elle le perçoit.

Déjà, il y a des points commun avec la douance. Elle a une hypersensibilité, une empathie émotionnelle, une hyperesthésie, une très bonne mémoire. Mais elle a aussi un besoin absolu de rituels, d’habitudes, pour évacuer le stress lié à l’hypersensibilité et l’hyperémotivité. Tous les stimuli reçus du monde extérieur l’agressent. Le bruit, la lumière, les contacts.

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Alors, la routine l’aide à évacuer ces tensions. Elle développe des petites manies qui l’aident à passer outre ces agressions qui se répètent.

Si Angélique a une forte empathie émotionnelle, elle n’a cependant pas d’empathie cognitive. C’est-à-dire qu’elle n’est pas capable de se mettre à la place de l’autre. En fait, quand quelqu’un pleure, elle pleure aussi, mais elle ne comprend pas. Elle a une grande difficulté à comprendre les codes sociaux, est très sensible, mais pas susceptible.

« Rien ne me choque. Pour moi, la susceptibilité, c’est de l’égo, je ne comprends pas pourquoi les gens se fâchent quand je dis quelque chose de vrai ».

Elle n’a pas les codes de la politesse, la notion de conventions sociales, ne sait pas ce qu’il faut dire, ou ce qu’il ne faut surtout pas dire en société.

Ensemble, nous avons parlé de ses rituels, ses habitudes, ses petites manies, des petites choses qu’elle aime ou à l’inverse qu’elle ne supporte pas. Parmi ces petites choses, il y a le supermarché. Malgré le bruit, les néons et le concept même du supermarché, Angélique adore cet endroit. Ou plutôt, elle adore le fait que tout soit bien aligné.

“J’y vais quand il n’y a personne, parce qu’il n’y a personne, oui, mais ce qui me fascine, c’est que je puisse visiter seule de très grands espaces organisés pour la foule. J’ai l’impression que tout le monde est parti, j’adore ! Je me sens comme une petite souris en vadrouille chez les humains, je comprends mieux comment marche le monde”.


Elle aime aussi les librairies, les musées. Là où les gens se taisent, où tout est aligné, droit, rangé.

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Ses petites manies se manifestent aussi au niveau alimentaire. Elle a ce qu’elle appelle « des petites curiosités ». Elle aime les aliments natures, mais déteste les mélanges. Elle adore les fruits, mais ne supporte pas les salades de fruits, car tout est mélangé. Je l’imaginais devant sa salade de fruits, et j’ai trouvé cette image touchante.

Angélique m’explique aussi que l’un des traits majeurs pour les personnes ayant un trouble du spectre autistique, c’est la spécificité des intérêts. Là où le zèbre va creuser et dévorer un sujet puis passer à un autre, Angélique sélectionne quelques sujets bien spécifiques, et se plonge dedans. Elle se passionne pour un sujet, ou un endroit. Par exemple, le voyage (ou les bijoux, qu’elle confectionne depuis toujours). Sachant comme le monde extérieur agresse les personnes atteintes d’un TSA, j’ai toujours eu l’impression que voyager relevait de l’impossible pour elles. Encore une idée reçue. Angélique m’a prouvé le contraire. Ses deux spécificités ne l’empêchent pas d’aller à la rencontre d’autres cultures. Pour elle, le voyage est salvateur. C’est sa passion, et elle y investit tout ce qu’elle a. Elle n’a jamais eu le mal du pays. Son habitude, qui la rassure, aussi, c’est justement de voyager. Elle adore ça. Et avec son métier de mannequin, elle voyage beaucoup.

“Je vis littéralement pour traverser des frontières”

Mais comme le monde extérieur l’agresse, même en voyage, elle est souvent seule, dans sa bulle. Et elle est bien.

Elle ne vit pas le fait d’être solitaire comme un isolement, bien au contraire. Elle m’explique qu’elle vit seule depuis qu’elle a 17 ans, que ça ne l’a pas dérangée, mais que ce qui la dérange, c’est d’avoir des voisins. Qu’il y ait du bruit. Des sons désagréables. Elle ne ressent pas du tout le fait d’être seule comme un isolement, elle est très bien toute seule. Et puis elle sociabilise quand même, grâce à Internet, une fenêtre sur le monde qui lui permet de se renseigner, d’échanger, sans être agressée, en contrôlant les stimuli.

Le fait de vouloir être seule peut ne pas être compris. L’autre se sent rejeté, alors qu’elle n’avait pas la volonté de le rejeter.

« J’avais juste la volonté de ne pas être avec, d’être seule ».

Car finalement, Angélique est tout à fait en paix avec ses particularités. Avec son fonctionnement. Sa personnalité. Ce qui est difficile, c’est que les gens ne comprennent pas que chacun est différent, et perçoivent négativement ses réactions.

Elle m’expliquait par exemple que si beaucoup de manifestations de son syndrome d’Asperger semblent invisibles, les gens peuvent se rendre compte de certaines choses. Une démarche peu ancrée, qui paraît étrange, car elle est si sensible qu’elle ne peut pas poser tout son pied par terre. Des petits mouvements, aussi, car elle a un besoin vital d’avoir son corps en mouvement. Elle se balance. Marche. Tape des mains. Joue avec ses cheveux, ses doigts. Sur la scène sociale, ça peut être perçu comme négatif, ou dérangeant.

Enfin, comme Angélique n’a pas la capacité de se mettre à la place des autres, elle n’est pas touchée par certaines histoires, et peut faire une remarque mal interprétée socialement. On lui répondra « mais tu te rends pas compte de ce que tu dis ? ». Non. Elle ne s’en rend pas compte. Et comme elle est intelligente, et zèbre, les gens ne peuvent pas comprendre qu’elle ne se rende vraiment pas compte. Alors ils pensent qu’elle fait exprès.

En fait, ce qui la dérange vraiment, ce qu’elle perçoit comme un handicap, c’est le fait que les autres ne soient pas capables de comprendre que chacun est différent, et de s’adapter un minimum pour que l’on vive tous ensemble. Parler moins fort, tamiser la lumière, changer son quotidien pour faire attention à ces petites choses lorsque l’on côtoie une personne hypersensible. Angélique aimerait qu’on apprenne dès le plus jeune âge à vivre ensemble, quelle que soit la différence, le genre, la couleur, l’origine sociale, etc. C’est ce qui l’anime, et qui est beaucoup ressorti dans son témoignage. Elle tient à sensibiliser les gens à ce qu’ils comprennent que tout le monde n’est pas comme eux. L’autre est un monde à part entière. On ne sait pas comment il fonctionne. Chacun est différent. Le fonctionnement de l’autre ne doit pas être pris pour acquis. L’autre n’est pas un miroir de ce que l’on est.

D’ailleurs, elle termine son témoignage en me disant que l’autisme est une bénédiction pour elle.

« Ça me rend vraiment alerte et sensible au fait que chacun est un cas particulier, il n’y a rien qui soit normal, on devrait tout le temps se sentir en voyage. »

Partir à la découverte de quelqu’un d’autre, c’est partir en voyage.

Pour en savoir plus sur l’autisme (les formes sans déficience intellectuelle), je vous conseille ce beau podcast qui reçoit Séverine Leduc, sur les Intelligences Atypiques. Fabienne, de Toulouzebre, a partagé le lien sur son site afin que vous puissiez l’écouter ! Et si vous souhaitez lire d’autres témoignages de zèbres, je conseille celui de Cédric, Maya, Benjamin, Eric

Caractéristiques de zèbres

Zèbre, Haut Potentiel, Surdoué, Précoce… Que doit-on dire ?

22 janvier 2019

Je reçois régulièrement des messages de lecteurs du blog me demandant :

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Je reçois également des messages d’autres blogueurs sur la douance me reprochant d’utiliser le terme “zèbre” de Jeanne Siaud-Facchin, pas assez scientifique, pas assez humain, trompeur.

Enfin, je reçois des messages d’enseignants désireux de sensibiliser sur le fonctionnement des…. mais comment on dit du coup ? Des zèbres ? Des EIP ? Des enfants à haut potentiel ? Face à ces nombreux termes, ils sont un peu perdus, et ont peur de mal faire.

Que doit-on dire, alors ?

………..Ce qu’on veut !

Du moins, ici. Je pars du principe que chacun utilise le terme qu’il souhaite, qui résonne en lui/elle, qui lui parle, celui qu’il préfère. Quelle que soit la raison.

Moi, j’ai choisi d’employer majoritairement le mot zèbre dans ce blog. Pourquoi ? Parce qu’il a une histoire. Zèbre, c’est le mot qui m’a permis d’accepter de creuser ce sujet, de consulter, de me renseigner sur mon fonctionnement. J’avais tellement de clichés en tête à propos des personnes surdouées que je refusais catégoriquement d’en entendre parler. « Zèbre » m’a permis de prendre de la distance par rapport aux idées reçues, de me renseigner, puis d’avancer. Alors, c’est le terme que j’ai choisi.

Pourtant, aujourd’hui, avec du recul, ce n’est pas celui que je préfère. Je préfère l’expression toute simple de “personne douée”, comme le dit Arielle Adda. Mais je continue d’employer le mot “zèbre”, car sans lui, ce blog n’existerait pas.

C’est un choix très personnel, et je vous laisse faire votre propre choix quant au mot que vous préférez utiliser !

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Témoignages

Témoignage – Aurélia, 43 ans. « Mon cerveau m’a sauvé la vie ! »

30 décembre 2018

C’est en racontant son accident à ses amis, à son entourage, et aux policiers, qu’Aurélia s’est rendu compte que son cerveau lui avait sauvé la vie. Lorsqu’elle détaillait ses réactions, sa perception du moment, ce qu’elle a vu, entendu, pensé en 3 secondes à peine, les gens lui ont rétorqué :

Pourtant, ce qu’elle raconte, c’est réellement son ressenti.  Libre aux autres de la croire ou non.

1. L’accident

Un dimanche midi de septembre, Aurélia rentre du marché avec son mari. Ils s’arrêtent dans une petite rue, pour aller chercher du pain. Lui reste dans la voiture. Elle traverse la petite rue et le boulevard pour rejoindre la boulangerie, qui fait l’angle. Avant de traverser, elle regarde des deux côtés. Et voit une voiture au loin. Mais loin. Son regard se fixe alors sur les gâteaux dans la vitrine de la boulangerie, puis vers la droite, sur le présentoir à journaux. Et là, dans son angle mort, elle a comme un flash, une image fixe avec des dames en train de discuter, des gâteaux, des journaux et une voiture près d’elle.

Mais vraiment près.

A ce moment-là, elle sait que la voiture va la percuter.

Alors son cerveau se met en mode “survie”, dans ce qu’elle définit comme une hyper-présence intellectuelle. Pour minimiser l’impact et minimiser les blessures, elle se focalise sur son plan de survie. Une procédure s’affiche dans son cerveau, étape par étape. Elle ne réfléchit pas, elle suit la procédure.

Elle se protège la tête. Se met en boule. Saute pour protéger ses jambes. Se met en position foetale, en “boule élargie” pour amortir l’impact.

« Je ne peux pas expliquer pourquoi j’ai fait ça. A ce moment-là, je le savais, c’est tout. »

Elle arrive sur le capot et le pare-brise, et là son cerveau lui dit “accroche-toi pour ne pas passer au dessus de la voiture, c’est pas bon”. Elle ne sait pas pourquoi, elle sait juste que c’est pas bon. Elle sait qu’elle voit la roue. Elle sait qu’elle ne doit pas mettre de poids en avant car elle va passer dessous. Alors elle essaye de compenser. Elle sent que ça part en avant. Ca veut dire qu’il freine. Donc elle peut lâcher, elle le sait. Elle ne doit pas résister pour pouvoir être projetée le plus loin possible de la voiture. Puis il faut atterrir. Elle essaye de surveiller si la voiture roule toujours. Si elle atterrit et qu’il avance, elle se fait écraser. Donc elle se projette en avant, pour quitter la chaussée. Elle est par terre. Un scan intérieur se fait. La main gauche bouge. OK. La main droite ne bouge pas. La tête a tapé. L’épaule droite fait mal. Elle interpelle les gens.

« J’ai donné des ordres à tout le monde, quand j’y repense. »

Elle est incapable de donner la date, mais elle sait qu’on est dimanche, et  elle sait aussi que jeudi, c’est le 13 septembre, et c’est les 15 ans de son fils. La douleur arrive. Et là, elle pense aux enfants qui attendent à la maison. Il faut les répartir chez des amis, car elle va aller aux urgences. Elle parle. Elle donne des ordres. Elle répond au téléphone des pompiers. La tête commence à tourner. Le médecin lui demande de s’allonger. Elle ne veut pas, car elle a peur de tomber dans les pommes, de ne plus maîtriser. Alors elle organise toute sa semaine.

Son cerveau organise tout. Tout seul.

2. L’après.

A l’hôpital, après l’opération, il faut gérer le stress et la douleur. C’est le cerveau qui dirige, encore, qui prend tout en main. Quand elle m’explique cela, l’accident a eu lieu il y a tout juste 3 semaines. Et 3 semaines après, son cerveau commence tout juste à ralentir, à se poser. A l’hôpital, elle écoute toutes les conversations, sait quelle équipe est présente, connaît les prénoms, le roulement, les diagnostics de chacun. Elle ressent l’angoisse de la petite mamie qui partage sa chambre. Elle ressent tout.  Et n’a qu’une seule idée en tête : rentrer chez elle, pour ne plus avoir de sollicitations.


Mais de retour chez elle, c’est beaucoup d’émotions. Elle retrouve ses enfants, et se rend compte qu’elle n’est pas passée loin de la mort. Ses deux petits zèbres réagissent différemment. Le grand, très indépendant, vient lui faire des câlins, lui coupe sa viande. Le petit, très câlin d’habitude, exprime lui une vive colère. Il s’énerve.

3. L’injustice.

Peu après l’accident, un ami pompier est arrivé sur les lieux. Il a d’abord vu la voiture. Puis Aurélia. Et lui a dit “Oh tu t’en sors bien. Je viens de voir la voiture, et j’ai eu très très peur”. L’impact sur la voiture témoigne de la violence du choc. Pourtant, la gendarmerie doute de la vitesse excessive de la voiture. Le conducteur a changé plusieurs fois de version. La voiture n’a freiné que lorsqu’Aurélia a sauté sur le capot, elle le sait. Pourtant, ils doutent. Parce qu’elle n’a “qu’un bras cassé”.

Elle n’est pas beaucoup blessée, alors cela remet en cause les conditions de l’accident qu’elle décrivait. Quand elle explique aux gendarmes ce qu’il s’est passé, on lui rétorque “parfois, le cerveau donne des images, mais ce n’est pas la réalité de ce qu’il s’est passé”.

“Je me suis demandé ce qu’ils cherchaient. Pourquoi ils mettaient ma parole en doute.”

Son ami pompier lui confirme qu’elle a eu un réflexe incroyable. Elle a sauté. Ce réflexe lui a sauvé la vie, a évité les dégâts plus importants auxquels s’attendaient les gendarmes. Son cerveau lui a sauvé la vie. Ce n’est pas la réaction de tout le monde. Avec du recul, elle est incapable de dire si elle serait capable de réagir à nouveau comme elle l’a fait là. Ca lui sauvé la vie, mais ça s’est imposé à elle.

Il y a eu la violence du choc, l’opération, la douleur, la rééducation, le truc en métal dans le bras, et maintenant, il y a la violence de la remise en cause. Elle doute déjà pas mal toute seule, alors elle n’avait pas besoin qu’on la fasse douter encore plus. Elle avait surtout besoin de dire qu’elle était en colère, de sortir tout ça. Elle a repensé aux dessins vus sur le blog. Au hamster qui tourne dans la tête. Et elle s’est dit que cette histoire pouvait m’intéresser, et intéresser les lecteurs. Bingo. Son histoire m’intéressait, et j’espère qu’elle vous intéressera aussi.

Elle montre la puissance du cerveau. Et c’est beau !

Vous pensez que votre histoire peut intéresser les lecteurs du blog, et vous souhaitez que je rédige votre portrait ? Vous pouvez lire cette page pour savoir comment faire !

Caractéristiques de zèbres

Retour sur l’autoédition du livre.

4 décembre 2018

C’est un article un peu différent des autres. Plus une note de blog un peu personnelle qu’un article sur les zèbres.

Il y a tout juste 8 mois, je paniquais avant le lancement de la campagne Ulule qui allait me permettre de publier le livre “Rayures et Ratures” avec vous. Aujourd’hui, maintenant que le livre est bien au chaud sur votre étagère, je prends le temps d’écrire cet article que je vous ai promis : un retour d’expérience sur cette folle aventure de l’auto-édition. Retex, comme on dit dans le jargon d’entreprise. Pour voir l’envers du décor, et partager quelques réflexions et ressentis sur ces mois de folie.

L’auto-édition pour mon premier livre, je l’ai faite par choix, et non par refus d’éditeurs traditionnels. Au tout début du projet, quand ce n’était encore qu’une idée parmi tant d’autres dans ma tête, j’ai contacté des éditeurs, et des auteurs auto-édités. J’ai longuement discuté avec eux, et le choix de l’auto-édition a fini par s’imposer.

Je n’avais pas envie de faire le livre sans les lecteurs du blog. De le conformer aux attentes d’un éditeur et non des lecteurs, puisque les lecteurs, j’ai la chance de les connaître. C’était un parti pris, vous avez pu donner votre avis, ajouter des petits bouts aux articles, voter pour le choix de la couverture sur Instagram, suivre toute l’aventure, du tout début, de l’idée jusqu’à la réception des palettes et la préparation des colis. Un livre tiré d’un blog, ce serait dommage de ne pas le faire en auto-édition. Je ne regrette pas du tout mon choix ! Mais l’auto-édition, c’est beaucoup de travail, et ça ne se prête pas à tous les projets.

1. Ce que j’ai fait pour auto-éditer le livre

Pour transformer le blog en livre, j’ai repris tous les articles pour retravailler le ton, refaire les illustrations moches du début, vérifier les sources, j’en ai écrit de nouveaux, exclusifs pour le livre, je l’ai envoyé en correction, puis j’ai modifié, réécrit, créé la maquette du livre après des heures d’apprentissage du logiciel, j’ai défini les contreparties, négocié avec différents imprimeurs, cherché les informations juridiques pour le statut, les mentions légales, etc. J’ai du refaire des chapitres, aussi, parce que j’ai mal sauvegardé mes fichiers, et j’en ai perdu certains…

Et puis la campagne approchait, alors il m’a fallu vaincre ma peur de montrer ma tête sur Internet, et réaliser une vidéo de présentation du projet. Puis la page de présentation sur la plateforme Ulule, pour que ce soit le plus simple possible pour la personne qui la lira, qu’elle ait toutes les informations en mains pour prendre sa décision de soutenir ou non le projet. J’ai préparé du contenu à l’avance pour remercier les contributeurs, parce qu’une fois que c’est lancé, on n’a plus trop le temps, les sollicitations sont nombreuses et je comptais vraiment remercier chaque personne qui participe, partage ou fait parler du projet. J’ai rangé ma timidité encore une fois pour accepter de parler du livre à la radio, à la télé ou dans les journaux. Ce mois de campagne a été très intense physiquement au niveau du rythme de travail (je travaillais à 100% sur le projet, j’avais mis de côté mon autre travail), mais aussi émotionnellement. Je vous expliquerai pourquoi un peu après.  

Une fois la campagne terminée, pas le temps de se reposer. J’ai voulu faire le livre sans éditeur, et l’envoyer au plus vite aux lecteurs, alors j’assume la charge de travail ! Une fois le nombre d’exemplaires à imprimer défini, on peut demander le numéro ISBN, le transformer en code EAN pour le mettre au dos du livre, bien calculer les coûts de production, les charges et la marge des distributeurs pour définir le prix unique du livre, convertir les illustrations au profil colorimétrique de l’imprimeur choisi, valider la maquette après avis de leur équipe PAO, envoyer en impression, et stresser un peu (beaucoup).

En attendant de recevoir les livres, j’ai reçu les colis de contreparties, dessiné les portraits personnalisés des contributeurs concernés, je me suis penchée un long moment sur la logistique parce que je n’ai pas beaucoup d’esprit pratique et c’était assez laborieux… Et puis, le 21 Août 2018, le livreur m’a appelée, il était en bas de mon immeuble, avec deux énormes palettes de livres ! Je pouvais enfin voir le livre, en vrai, le sentir, puis commencer à préparer les envois : tamponner chaque enveloppe, imprimer puis coller les étiquettes au bon endroit, mettre le bon contenu selon les contreparties choisies par les contributeurs. Quelques semaines plus tard, tout était prêt, plus qu’à envoyer, gérer le suivi des envois parce qu’il y a forcément des loupés, et les sollicitations !

2. Et émotionnellement alors, comment je l’ai vécu ?

J’ai adoré faire tout ce travail (bon sauf tamponner les enveloppes il faut l’avouer) mais ça a été vraiment épuisant physiquement et j’ai mis de longs mois à m’en remettre (je m’en remets toujours).

Donc si vous avez envie de vous lancer dans une aventure comme celle-ci, et que vous n’aimez pas faire les choses à moitié, rechargez bien vos batteries avant ! Je dois avouer que mon incapacité à déléguer parce que j’avais en tête exactement ce que je voulais et j’étais incapable de l’expliquer à d’autres, ou le fait d’être à 300% dans chaque tâche même la plus petite et de vouloir que tout soit absolument parfait, ne m’a pas aidée 🙂 Au final, ce n’est pas parfait, mais j’ai fait de mon mieux, je reçois beaucoup de messages de lecteurs contents, alors je suis contente aussi !

Mais ma sensibilité a été mise à rude épreuve durant la campagne.

Déjà, parce que pour autopublier son livre, il faut oser en parler, et oser se mettre en avant. Pour que le projet qui tient tant à coeur puisse voir le jour, il faut en parler. Le diffuser. Le promouvoir. Pour avoir suffisamment de lecteurs et pouvoir lancer les impressions.

Je n’étais pas très à l’aise avec l’aspect “commercial”, surtout sur un sujet aussi personnel. Cela a été difficile au début pour moi de mettre le blog en ligne, d’en parler, d’expliquer aux gens, alors expliquer le “pourquoi” et mon histoire personnelle sur les réseaux et dans la presse pour parler du projet, c’était vraiment difficile. D’autant que la presse aime les titres qui attirent les gens et ont joué des clichés sur les surdoués comme jamais. Du coup, j’ai eu du mal à assumer que mon nom et ma photo soient diffusés dans ces publications. (Mais bon c’était trop tard).

Ensuite, comme tout projet même un tout petit peu exposé dans les médias, et principalement sur les réseaux sociaux, surtout s’il fonctionne bien, et qu’il accumule de l’argent (comme une campagne de crowdfunding, puisque le but est de financer une impression, donc forcément, il est question d’argent, et ça, l’argent c’est un sujet qui déclenche des passions), on fait face à des critiques assez dures, souvent peu constructives, des insultes gratuites de gens qui ne savent même pas de quoi on parle. Ceux qui ont vu passer cela dans leur fil d’actualité et qui s’ennuyaient tellement qu’ils ont décidé de le commenter. D’autres, qui connaissent bien le blog car ils écrivent sur le même sujet, mais qui, pour une raison qui me dépasse, m’ont envoyé des messages plus personnels qui m’ont beaucoup touchée, me demandant qui j’étais pour écrire un livre sur ce sujet, questionnant ma légitimité puisque je ne suis pas psychologue.

Je n’ai jamais prétendu être psychologue, et lorsqu’il ne s’agit pas d’un témoignage, toutes mes sources sont citées à la fin de l’ouvrage, comme sur le blog. Je me suis sentie attaquée personnellement, et malgré les conseils de mon entourage (et les vôtres, car j’en ai parlé sur Instagram et vous m’avez bien soutenue, merci merci merci), je n’ai pas réussi à les ignorer. Ils m’ont blessée, puisque cela me renvoyait à mes propres doutes lorsque j’ai commencé ce blog. Qui suis-je pour écrire là-dessus ?

Mais au delà de tout cela, ce que je retiens, ce sont les messages adorables, les commentaires encourageants, les mots doux, les courriers même (dont un colis de nougat, il se reconnaîtra!), et vos avis sur le livre que je reçois chaque jour. Parce que la grande force de l’auto-édition est là. C’est d’être en contact direct avec les lecteurs. Avec le blog, la page Facebook ou le compte Instagram, je peux être très proche de vous, et quand j’ai l’un(e) d’entre vous au téléphone pour un témoignage, j’ai l’impression de téléphoner à un(e) ami(e) ! Je suis profondément attachée à chacun d’entre vous (cette phrase peut paraître un peu étrange, mais je suis sûre que vous comprenez 🙂 ). Je reçois des centaines de messages adorables, de vidéos, de photos, de commentaires… Et ma légitimé est là. Quand je lis vos messages, j’ôte mes doutes. Alors merci merci merci, cette relation avec les lecteurs, je n’aurais pas pu l’avoir en passant par l’édition traditionnelle, et c’est ce qu’il y a de plus beau.

Chaque jour, je prépare vos colis de livres de manière artisanale, parce que j’adore ça, et je prends quelques heures pour répondre à vos messages (j’ai un peu de retard car j’en reçois de plus en plus, mais je réponds toujours!), parce que j’adore ça aussi.

Alors vraiment, merci.

Questions en vrac :

Et après ?

Est-ce que je repasserai pour l’auto-édition pour un deuxième livre ? Je ne sais pas. Je pense que oui, car j’ai vraiment adoré cette proximité avec les lecteurs, et le fait de pouvoir vous intégrer dans le livre. Pour cela, un grand oui. Je préfère adapter le contenu à vos attentes, plutôt qu’à celles d’un éditeur que je ne connais pas. En revanche, je pense que je réfléchirais à comment améliorer ou déléguer la logistique pour ne pas non plus tuer ma santé, et parce que je ne suis pas très douée en logistique 🙂

Comment commander le livre, si on a loupé la campagne ?

Grâce à la mobilisation des lecteurs du blog, le livre a pu être imprimé en 2000 exemplaires. Il m’en reste encore un peu, et ils sont disponibles à la vente sur Amazon (pour la France). Pour un envoi à l’étranger, vous pouvez me contacter directement ! Il n’est pas possible d’avoir un exemplaire dédicacé par respect pour les contributeurs qui avaient choisi la contrepartie “livre dédicacé”, mais je les dédicace avec plaisir lors de rencontres “en vrai”.

Et puis aussi, pourquoi Amazon, puisque j’aime ce qui est artisanal et indépendant ?

Je ne pensais pas vendre le livre sur Amazon, mais plutôt dans des librairies indépendantes, puisque j’achète souvent mes livres là-bas, et j’admire leur travail. Oui mais voilà, en auto-éditant mon livre, je ne savais pas qu’il serait plus compliqué d’être référencée en librairie (cela prend un temps fou), et je ne savais pas non plus que les conditions demandées par une grande partie des libraires ne me permettraient pas de rémunérer mon travail. Donc j’ai décidé de le distribuer sur la plateforme qui accepte et met même en valeur l’autoédition, et qui me permet de rémunérer mon travail, me laissant ainsi plus de temps à consacrer à la création de contenus gratuits pour ce blog, mais aussi plus de temps pour vous répondre et vous aider. Cette plateforme, c’est Amazon.  C’est un choix très personnel et assumé. Maintenant, pour ceux que cela dérange de passer par Amazon, ce que je peux comprendre aussi, je prends quelques commandes en direct, donc vous pouvez m’envoyer un email ! Bientôt, il sera même possible de commander en circuit très court, directement sur mon site 🙂

Et je ne ferme pas la porte aux librairies, deux d’entre elles ont d’ailleurs accepté mes conditions, accepté de réduire leur marge et de prendre en charge une partie des frais de port pour proposer Rayures et Ratures à leurs clients, et j’en suis ravie ! Merci la librairie des Herbiers et l’Espace Culturel Leclerc de St Brévin ! Si d’autres librairies sont intéressées, elles peuvent me contacter directement par email à chloe@rayuresetratures.fr !

Témoignages

Témoignage : Cédric, 27 ans.

18 octobre 2018

J’ai rencontré Cédric au tout début de sa vie professionnelle. Nous venions tout juste d’être embauchés dans une société de conseil, sur profil, et n’avions pas encore de mission. Du coup, nous étions tous les deux dans un minuscule bureau qui ressemblait plus à un cagibi, sans vraiment de tâche à faire, à lire toute la documentation que l’on pouvait trouver sur les disques durs de nos ordinateurs, et à attendre que ça passe. Notre rencontre commence donc par l’ennui. Un ennui tel que notre plus grande occupation de la journée, c’était ça :

Aller boire des verres d’eau pour aller aux toilettes le plus souvent possible. (Véridique)

A l’époque, nous n’avions jamais parlé de zèbre, de haut potentiel ou de personnes douées. Après quelques semaines d’ennui total et d’hydratation intense, nous avons chacun commencé nos missions de conseil chez différents clients, et nous gardions contact, plus ou moins régulièrement. Cédric avait toujours l’air un peu blasé. Il était drôle, mais pas vraiment très dynamique ni enthousiaste quand il parlait de son travail. Et pourtant. Il y a quelques mois, nous avons beaucoup échangé sur nos nouveaux projets respectifs. Sur notre nouvelle façon de voir les choses. Sur Rayures et Ratures et les zèbres, aussi. Et c’est un Cédric complètement différent que j’ai découvert, ayant mille choses en tête, un but, plein d’idées, plein d’envies et une sérénité assez impressionnante. Du coup, j’ai eu envie de vous présenter un peu son parcours, ce qui l’a fait prendre conscience de ce dont il avait besoin et envie, la meilleure décision de sa vie (à date, du moins ! ), et son rêve, son projet, ce qui le motive aujourd’hui. Car je suis sûre que certains d’entre vous se reconnaîtront un peu dans ses questionnements, et pourront trouver quelques pistes et inspirations dans son témoignage.

Cédric a commencé à me raconter son parcours. Il m’expliquait que tout ce qu’il avait fait dans sa vie, c’était par défaut. Choisir son orientation, surtout. Il n’a jamais su ce qu’il voulait faire de sa vie, alors choisir une université, c’était compliqué.

“Je voyais le futur presque comme un truc qui n’arriverait pas. Je ne pouvais pas me projeter”

Il ne se voyait nulle part, alors il a toujours choisi ce qui était vaste, général, qui permettait de bifurquer à n’importe quel moment, et qui, finalement, faisait en sorte qu’il n’ait jamais à prendre de décision. Il a quand même fini en fac d’éco-gestion, où il me raconte que ses camarades l’appelaient “l’escroc” puisqu’il n’était pas très assidu, usait de son statut de sportif de haut niveau pour louper des cours, travaillait juste avant les examens mais réussissait toujours.

“Je n’aimais pas aller en cours, parce qu’il y a du monde, du bruit, il fait chaud, ou il fait froid, il y a de l’écho, ça pue… Je ne supportais pas d’y aller. On dirait que ce sont des détails, mais pour moi non. Ca me perturbait vraiment. Tout le monde pensait que je n’y arriverais pas, mais j’ai eu ma licence.”

Après sa licence, il s’inscrit en master, juste pour avoir un bac +5, parce qu’il n’avait pas de but précis dans sa vie, et que la société nous presse un peu à obtenir un bac +5. Pour choisir son master, la même méthode que d’habitude : choisir la filière la plus ouverte, sans sélection. Il n’y en avait qu’une seule, et ça s’appelait “Gestion de projet”. Cela veut tout et rien dire, c’était parfait pour Cédric. N’étant plus dans un système de partiel mais de contrôle continu, donc beaucoup plus suivi, il avait de meilleures notes et était plus assidu. Avoir un cadre lui a fait du bien.

Et puis, pendant ses études, il décide de partir faire un stage au Mexique. Une sorte de faux stage dans une agence de tourisme, un tout petit truc qui ne l’occupait pas beaucoup. Il s’est donc retrouvé au Mexique, seul, avec quelques notions scolaires d’espagnol, beaucoup de temps libre, et logé chez une connaissance. Il m’expliquait qu’en arrivant dans un nouveau lieu, un nouveau pays, il a besoin d’un peu de temps pour s’acclimater. Besoin d’être tout seul, le temps de s’adapter. La personne qui l’hébergeait ne l’a pas compris, et l’a mis dehors. Alors, il est parti, en se demandant ce qu’il allait faire. Il a trouvé, grâce à un mexicain rencontré par hasard sur un terrain vague lors d’une partie de football, une toute petite chambre chez l’habitant, avec juste un lit. Il a vécu là, et sa seule activité, c’était d’aller jouer au foot sur le terrain vague.

Un jour, par hasard, il voit qu’une auberge de jeunesse cherche quelqu’un, passe l’entretien avec le gérant, et est embauché pour 10€ par jour, malgré son niveau d’espagnol.

“J’ai hésité. Sur Skype, une amie m’a dit “ Fais-le ! ”. Je l’ai fait, mais c’était dur, parce que je ne comprenais pas grand chose. Mais j’ai appris l’espagnol. Ca m’a permis de changer de logement, j’ai trouvé une coloc, et ma vie a commencé à aller mieux. J’ai pu partir voyager, et ce voyage m’a donné l’envie et l’idée de faire une auberge de jeunesse moi-même. J’ai toujours gardé contact avec les gérants de cette auberge.”

Cette expérience au Mexique et les difficultés qui l’ont accompagnée ont posé les premières pierres, les bases de son futur projet. Les idées fleurissent dans sa tête, et son but, son rêve, ce projet qu’il a envie de poursuivre, se construit. Ce projet, c’est de créer une auberge de jeunesse avec son meilleur pote.

Pourquoi ? Parce qu’on peut faire ça n’importe où dans le monde. Il a beaucoup déménagé, il n’a pas vraiment d’endroit où il se sent chez lui, et il sait qu’il n’est pas le seul. Il veut que cette auberge soit une base, où c’est enfin chez lui, dans un endroit qu’il aime, pour accueillir des gens du monde entier. Il veut en faire un lieu qui lui ressemble. Créer cette auberge, c’est trouver un compromis entre la liberté, avoir un chez-soi, accueillir des gens, et faire quelque chose qu’il aime. Il ne veut pas seulement créer un business, il faut que ça ait du sens. Il veut que les gens qui ne se sentent pas bien dans la société sachent qu’ils peuvent avoir un endroit où aller, et travailler.

Pourtant, des idées plein la tête, il rentre en France terminer ses études. Et il revient au cheminement “normal” d’un étudiant en fin de cursus. Il effectue un stage dans une grande boîte de conseil, à Lyon. Le pire stage de sa vie, avec une ambiance bizarre, aucun cadre, pas d’objectif, où personne ne savait ce qu’il fallait faire. Il a alors repris sa valise, et est parti à Paris, où il a commencé à travailler dans une autre société de conseil, en CDI, là où nous nous sommes rencontrés. Ca ne lui correspondait pas, mais il est resté plus d’un an et demi. Plus longtemps que moi.

Ce n’était pas pour lui. Mais avoir un CDI lui permettait d’avoir des congés, donc la possibilité de partir, de voyager, et il en a profité.

Il est reparti, tout seul, à l’étranger. Il devait partir aux Philippines, mais son vol aller a été annulé. Puis son vol retour. Tant pis. La compagnie le rembourse, et il décide alors de choisir une nouvelle destination à la dernière minute, sans rien avoir programmé. Mais où ? Il repense aux cassettes de safaris qu’il regardait quand il était petit, et décide. Ce sera l’Afrique du Sud. Il n’avait rien planifié du tout, et pourtant, il n’aurait pu rêver meilleur voyage. Encore une fois, cette expérience à l’étranger lui apporte quelques pierres supplémentaires, modèle de façon un peu plus précise ses envies, et son projet.

En rentrant, il rompt son contrat de travail. Quand il m’en parle aujourd’hui, il me répète sans cesse que quitter ce CDI a été la meilleure décision de sa vie.

“Tu signes, et on te dit, voilà, c’est ça ta vie, tu vas évoluer, monter en grade dans l’entreprise. C’est horrible. Je ne peux pas imaginer ça comme vie. Ca ne me fait pas du tout rêver. En CDI, je ne voyais pas le bout. Je me sentais hypocrite par rapport à moi-même. Quand j’ai quitté mon CDI, je me suis senti libéré. ”

Pourtant, il continue à travailler, puisque son projet d’auberge n’est pas encore totalement prêt. Mais il travaille en interim, ou en CDD. Avec une date de fin, il se sent mieux. Il ne se sent plus enfermé. Il sait qu’il peut s’arrêter pour partir sur d’autres projets. Et entre deux contrats, il repart à l’étranger. Mais cette fois, avec des amis, en Asie. Ce voyage lui permet de clarifier ses idées, de se rendre compte qu’il n’aime pas voyager en groupe tout le temps, qu’il a besoin de voyager seul aussi, et surtout, qu’il n’aime pas voyager en touriste. Aller visiter un pays, dépenser de l’argent, être au dessus de la population locale avec son salaire parisien, il n’aime pas ça. En Asie, avec ses amis, il était accueilli, mais pas intégré. Ce qu’il veut, c’est travailler, avoir des projets dans le pays, être intégré à la population locale, créer un rituel, des habitudes avec des gens. Créer une routine, pour vivre et expérimenter le pays.

Fort de ce nouveau voyage et des enseignements sur lui-même et sur ses choix qu’il a pu en tirer, il rentre à Paris, recommence à travailler, en portage salarial cette fois, afin d’avoir un plus gros salaire et de mettre de côté pour son projet d’auberge qui devient de plus en plus concret. Il ne mène pas la grande vie, il met tout de côté. Il n’a pas non plus d’appartement. Il a changé 10 fois en 3 ans. Il a juste son vélo, son sac à dos, et vit comme un backpacker, mais dans Paris, avec un travail bien payé. Trouver un logement à Paris sans CDI, c’est de la débrouille et du bric à brac. Et il aime ça. Ça le stimule. Ca le met dans un équilibre instable, et il ne s’ennuie pas.

“Je me mets volontairement dans ces situations, car je serais obligé d’y arriver. Je ne me laisse plus le choix que d’y arriver. Si je ne faisais pas ça, je serais le type le plus flemmard de l’univers !”

Quitter son CDI, vivre comme un backpacker dans Paris, ce n’est pas toujours très bien perçu dans la société, et dans le monde du travail. C’est perçu comme de l’instabilité. Pourtant, Cédric se sent plus stable personnellement et émotionnellement maintenant, parce qu’il a un but, un cap.

“Je ne me suis jamais senti aussi stable que depuis que les gens me trouvent instable”

En fait, le plus dur, c’est le premier pas. Prendre conscience que l’on s’ennuie, dire non, dire stop, avoir envie de changer, prendre la décision de le faire. On ne peut jamais être sûr de ce que l’on retrouvera. Ce sera toujours instable, incertain. Mais il faut se faire confiance. Il y a une sorte de courant de la vie. Parfois, on nage à contre-courant, on force et on se fatigue. C’est ce qu’il faisait avant. Là, il se laisse porter, sans être passif, puisqu’il a des milliers de projets en cours, mais en faisant confiance. “On verra”, dit-il, “Je n’ai pas besoin d’avoir de certitudes pour le futur. Je ne veux pas tout programmer. J’ai confiance en ce qui va arriver. On verra. Je me débrouillerai”. Cette sérénité, il l’a acquise en voyageant, en se faisant mettre dehors dans un pays qu’il ne connaissait pas, en vivant des moments difficiles, et en s’en sortant quand même. Par lui-même. En se débrouillant.

“Vouloir tout programmer, c’est un poison. Il faut juste faire confiance. Quand tu prends le chemin de ce que tu veux faire, ça se passe bien. ”

Il arrête de se torturer l’esprit pour tout. Il ne cherche plus à batailler. Il rumine beaucoup moins qu’avant. Il laisse couler. Alors, avec son petit air nonchalant, les gens ont l’impression qu’il se fout de tout. Pourtant, il est beaucoup plus présent qu’avant, et très impliqué dans tout ce qu’il fait. Il a un but, plein de projets en cours, il est passionné, très actif, curieux, intéressé par tellement de sujets. Nos dernières discussions étaient bien loin des premières. Exit la fontaine à eau comme distraction principale de la journée. Dans un petit bistrot d’un quartier cosmopolite de Paris, nous avons discuté projet, cryptomonnaies, êtres humains, valeur, temps, avenir, monde, voyage, envies, travail, k-way, relations amoureuses, applications, livres, entrepreneuriat… Pris par la passion de nos projets respectifs, nous n’avons plus le temps de nous ennuyer, comme avant. Mais nous pensons tout de même à nous hydrater 😉

“Quitter mon CDI a été la meilleure décision personnelle, professionnelle, et financière. Depuis que je l’ai quitté, je suis alerte sur plein de choses. J’étais résigné, je ne voyais pas d’issue. Là je suis heureux, curieux. Tant que j’ai ce projet en tête, tout va bien pour moi.”

Et ce projet, on va le suivre ensemble. Je vous donnerai des nouvelles. Fin Août, il a terminé son contrat à Paris. Et dans quelques semaines, il s’envole pour le Canada puis la Colombie, où il a déjà commencé à repérer de potentielles maisons qui pourraient devenir son auberge. Il veut expérimenter le pays, l’ambiance.

Et, ensuite, il verra.

Si vous pensez que votre histoire peut intéresser les lecteurs du blog, et que vous souhaitez que je rédige votre portrait, vous pouvez aller lire cette page !

Témoignages

Haut potentiel, harcelé, passionné. Le témoignage d’Hugo, 19 ans.

16 mai 2018

Haut Potentiel, harcelé, passionné.

J’ai rencontré Hugo par hasard, à l’été 2017, au détour d’une formation en ligne sur la construction de sites internet. Nous avions échangé brièvement sur nos projets respectifs (lui sur une association pour lutter contre le harcèlement scolaire, moi sur Rayures et Ratures) et, allez savoir pourquoi, je n’ai pas été très étonnée lorsqu’il m’a dit que ça lui parlait, qu’il avait été identifié “haut potentiel”.

Le sachant très impliqué dans la lutte contre le harcèlement scolaire sans pour autant connaître son histoire personnelle, j’ai tout de suite pensé à lui pour témoigner sur le sujet, et apporter un peu de concret à mes articles. Je ne vous souhaite pas forcément de vous reconnaître dans son témoignage, mais j’espère qu’il pourra inspirer ceux d’entre vous qui ont été, sont ou seront victimes de harcèlement.

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Hugo a été harcelé à l’école depuis tout petit. Il ne sait plus trop quand ça a commencé. Aux alentours de 6 ans, sûrement. Il subissait des moqueries, car il louchait d’un oeil.

C’est à peu près au même moment qu’on commence à s’interroger sur sa douance. Il sait lire avant le CP, il a appris tout seul. Il a du mal à se faire des amis, et se demande pourquoi. Est-ce qu’il est bizarre ? Différent ? Il consulte un psychologue scolaire, qui lui propose de sauter une classe, mais il refuse. De classe en classe, les choses évoluent. Il passe du “bigleux” à l’”intello”, mais les insultes sont toujours là. Le harcèlement provoque chez lui des troubles du comportement alimentaire et une prise de poids, et d’”intello”, on le nomme alors le “gros de service”.

Puis plus il avance dans son parcours scolaire, plus les insultes se transforment en coups, et en menaces. Du harcèlement moral des petites classes, on passe au harcèlement physique au collège. Scolarisé dans une petite école de campagne, il n’y a qu’une seule classe par niveau, alors il fait quasiment toute sa scolarité avec ses harceleurs. Il change d’établissement en 4ème (pour des raisons familiales, non liées au harcèlement), mais cela ne change rien. “Le nouvel établissement n’était pas très loin de l’ancien, donc la réputation reste”. Durant un voyage scolaire, ses nouveaux camarades l’ont filmé en train de ronfler, et ont diffusé la vidéo sur les réseaux sociaux. Juste comme ça, pour se moquer. Cela dépasse même le cercle scolaire. Il me raconte comment, en marchant dans les rues de son village, les gens se moquaient. Et lui ne savait pas pourquoi. Insultes, menaces, coups puis exclusion, réputation entachée, isolement… Le harcèlement se manifeste de façons variées.

Quand je lui demande s’il se rendait compte qu’il s’agissait d’harcèlement, et que c’était grave, il ne sait pas trop quoi répondre. Et puis ça vient. Au début, non, il ne se rendait pas compte. Il n’a jamais réussi à créer de lien avec ceux de son âge, mais il ressentait le besoin d’appartenir à un groupe. Alors pour se sentir intégré, il était prêt à tout supporter. Puis il finit par se rendre compte que ce n’est pas normal de subir ces insultes et ces coups, mais dit que c’est compliqué car il est “addict” au harcèlement.

En fait, pendant les vacances scolaires, loin de ses harceleurs, il trouve “bizarre” de ne pas être harcelé. Ce qui montre à quel point ces insultes, coups et menaces faisaient partie intégrante de son quotidien.

Pendant les vacances…

Le harcèlement a des conséquences dramatiques sur ses victimes. Les chocs psychologiques et les troubles alimentaires provoquent chez lui un diabète, qui le mène jusqu’à un coma diabétique. Pour des raisons médicales, il quitte alors le système scolaire, et va à l’hôpital. Il passe son bac avec succès à distance, via le CNED. Sortir du système lui a permis de sortir de la spirale de harcèlement scolaire, mais “ce n’est pas une solution”.

 

 

La déscolarisation ne doit pas être une solution, c’est un dernier recours. Fuir un harcèlement n’est pas une bonne idée.”

 


Aujourd’hui, Hugo ne subit plus de harcèlement, mais conserve des séquelles, et notamment cette grande souffrance. Car il n’a pas vécu une enfance dans l’insouciance. Il n’a pas vécu une enfance “normale”. Et à Noël ou aux anniversaires, là où la magie de l’enfance ressurgit normalement, il y repense.

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Ce qui lui a permis de tenir toutes ses années face au harcèlement scolaire, c’est la passion. Une véritable passion pour l’audiovisuel et le cinéma. Il a écrit son premier scénario de long métrage à 6 ans (OUI OUI, 6 ans, pendant que moi je jouais aux playmobils). Le scénario d’un long métrage historique, avec des chapeaux haut-de-forme et des cannes, dans le Londres des années 1830.

A 14 ans, il réalise le trailer de ce projet de film, réussit à mobiliser plus d’une centaine de figurants, et passe sur France 3. En parallèle, et malgré son jeune âge, il développe de nombreux projets audiovisuels (dont une web-série qu’il réalise) et fait de très belles rencontres.

Cette passion lui permet de tenir le coup. A travers le cinéma, il peut s’exprimer.

 

Je ne serais pas forcément en vie aujourd’hui si je n’avais pas eu cette passion.”

 

En mai 2017, alors hospitalisé pour ses problèmes de diabète, Hugo a la volonté de faire du harcèlement qu’il a subi une force. C’est impossible pour lui de ne rien faire. Il a su tenir bon grâce à sa passion pour le cinéma, et compte bien aider les autres. Alors depuis sa chambre d’hôpital, il réfléchit à une association pour lutter contre le harcèlement scolaire, et publie des vidéos sur les réseaux sociaux pour expliquer son projet. A chaque nouvelle vidéo, son audience grandit. De plus en plus de personnes les regardent. Le sujet parle à beaucoup de gens, et cela le conforte dans son projet, qu’il mûrit tranquillement. Il est convaincu qu’avant d’apprendre aux jeunes à se défendre, il faut les aider à se reconstruire. Il faut restaurer leur confiance.

 

 

En se défendant, en répondant, on règle peut-être le problème à l’instant T, mais en réalité on le cache. Il faut traiter le problème dans le fond, et redonner confiance aux jeunes. Qu’ils retrouvent le fond d’eux-mêmes”.

 

Et c’est ce qu’il fait aujourd’hui grâce à son association Harassers U GO! (HUGO), créée début 2018 et qui comporte 4 pôles :

 

Le pôle sensibilisation au scolaire, pour sensibiliser de manière interactive, ludique, avec un débat et des témoignages concrets.

Le pôle “accompagnement”, pour accompagner des jeunes victimes de harcèlement à travers une passion, que ce soit un art, un sport, un loisir. Le but est de définir une passion avec les jeunes (s’ils n’en ont pas identifié une), puis de les guider dans ce projet, pour qu’ils concentrent leur énergie là dessus. Car la passion peut, comme Hugo, les sauver.

Le pôle projet artistique, pour sensibiliser grâce à des court-métrages ou autres supports.

Et enfin le pôle recherche et formation, avec la création d’un comité d’étude virtuel sur toute la France et la formation des enseignants et du personnel éducatif.

 

Son association a une présence en ligne très importante. Car aujourd’hui, le harcèlement scolaire ne s’arrête plus à la classe ou à la cour d’école, il continue de plus en plus à travers les réseaux sociaux. De nombreux jeunes sont victimes de cyber-harcèlement, et c’est important que ces personnes harcelées sur les réseaux sociaux puissent aussi y trouver des alliés. Comme Harassers U GO.

 

Liens utiles : 

Le lien vers l’association d’Hugo pour lutter contre le harcèlement scolaire : http://www.asso-hugo.fr

Pour soutenir son association et faire un don : https://www.donnerenligne.fr/harassers-u-go/faire-un-don

Et pour adhérer : hugo.fr/campagne-adhesion

 

 

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