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Rayures et Ratures

Caractéristiques de zèbres

Retour sur l’autoédition du livre.

4 décembre 2018

C’est un article un peu différent des autres. Plus une note de blog un peu personnelle qu’un article sur les zèbres.

Il y a tout juste 8 mois, je paniquais avant le lancement de la campagne Ulule qui allait me permettre de publier le livre “Rayures et Ratures” avec vous. Aujourd’hui, maintenant que le livre est bien au chaud sur votre étagère, je prends le temps d’écrire cet article que je vous ai promis : un retour d’expérience sur cette folle aventure de l’auto-édition. Retex, comme on dit dans le jargon d’entreprise. Pour voir l’envers du décor, et partager quelques réflexions et ressentis sur ces mois de folie.

L’auto-édition pour mon premier livre, je l’ai faite par choix, et non par refus d’éditeurs traditionnels. Au tout début du projet, quand ce n’était encore qu’une idée parmi tant d’autres dans ma tête, j’ai contacté des éditeurs, et des auteurs auto-édités. J’ai longuement discuté avec eux, et le choix de l’auto-édition a fini par s’imposer.

Je n’avais pas envie de faire le livre sans les lecteurs du blog. De le conformer aux attentes d’un éditeur et non des lecteurs, puisque les lecteurs, j’ai la chance de les connaître. C’était un parti pris, vous avez pu donner votre avis, ajouter des petits bouts aux articles, voter pour le choix de la couverture sur Instagram, suivre toute l’aventure, du tout début, de l’idée jusqu’à la réception des palettes et la préparation des colis. Un livre tiré d’un blog, ce serait dommage de ne pas le faire en auto-édition. Je ne regrette pas du tout mon choix ! Mais l’auto-édition, c’est beaucoup de travail, et ça ne se prête pas à tous les projets.

1. Ce que j’ai fait pour auto-éditer le livre

Pour transformer le blog en livre, j’ai repris tous les articles pour retravailler le ton, refaire les illustrations moches du début, vérifier les sources, j’en ai écrit de nouveaux, exclusifs pour le livre, je l’ai envoyé en correction, puis j’ai modifié, réécrit, créé la maquette du livre après des heures d’apprentissage du logiciel, j’ai défini les contreparties, négocié avec différents imprimeurs, cherché les informations juridiques pour le statut, les mentions légales, etc. J’ai du refaire des chapitres, aussi, parce que j’ai mal sauvegardé mes fichiers, et j’en ai perdu certains…

Et puis la campagne approchait, alors il m’a fallu vaincre ma peur de montrer ma tête sur Internet, et réaliser une vidéo de présentation du projet. Puis la page de présentation sur la plateforme Ulule, pour que ce soit le plus simple possible pour la personne qui la lira, qu’elle ait toutes les informations en mains pour prendre sa décision de soutenir ou non le projet. J’ai préparé du contenu à l’avance pour remercier les contributeurs, parce qu’une fois que c’est lancé, on n’a plus trop le temps, les sollicitations sont nombreuses et je comptais vraiment remercier chaque personne qui participe, partage ou fait parler du projet. J’ai rangé ma timidité encore une fois pour accepter de parler du livre à la radio, à la télé ou dans les journaux. Ce mois de campagne a été très intense physiquement au niveau du rythme de travail (je travaillais à 100% sur le projet, j’avais mis de côté mon autre travail), mais aussi émotionnellement. Je vous expliquerai pourquoi un peu après.  

Une fois la campagne terminée, pas le temps de se reposer. J’ai voulu faire le livre sans éditeur, et l’envoyer au plus vite aux lecteurs, alors j’assume la charge de travail ! Une fois le nombre d’exemplaires à imprimer défini, on peut demander le numéro ISBN, le transformer en code EAN pour le mettre au dos du livre, bien calculer les coûts de production, les charges et la marge des distributeurs pour définir le prix unique du livre, convertir les illustrations au profil colorimétrique de l’imprimeur choisi, valider la maquette après avis de leur équipe PAO, envoyer en impression, et stresser un peu (beaucoup).

En attendant de recevoir les livres, j’ai reçu les colis de contreparties, dessiné les portraits personnalisés des contributeurs concernés, je me suis penchée un long moment sur la logistique parce que je n’ai pas beaucoup d’esprit pratique et c’était assez laborieux… Et puis, le 21 Août 2018, le livreur m’a appelée, il était en bas de mon immeuble, avec deux énormes palettes de livres ! Je pouvais enfin voir le livre, en vrai, le sentir, puis commencer à préparer les envois : tamponner chaque enveloppe, imprimer puis coller les étiquettes au bon endroit, mettre le bon contenu selon les contreparties choisies par les contributeurs. Quelques semaines plus tard, tout était prêt, plus qu’à envoyer, gérer le suivi des envois parce qu’il y a forcément des loupés, et les sollicitations !

2. Et émotionnellement alors, comment je l’ai vécu ?

J’ai adoré faire tout ce travail (bon sauf tamponner les enveloppes il faut l’avouer) mais ça a été vraiment épuisant physiquement et j’ai mis de longs mois à m’en remettre (je m’en remets toujours).

Donc si vous avez envie de vous lancer dans une aventure comme celle-ci, et que vous n’aimez pas faire les choses à moitié, rechargez bien vos batteries avant ! Je dois avouer que mon incapacité à déléguer parce que j’avais en tête exactement ce que je voulais et j’étais incapable de l’expliquer à d’autres, ou le fait d’être à 300% dans chaque tâche même la plus petite et de vouloir que tout soit absolument parfait, ne m’a pas aidée 🙂 Au final, ce n’est pas parfait, mais j’ai fait de mon mieux, je reçois beaucoup de messages de lecteurs contents, alors je suis contente aussi !

Mais ma sensibilité a été mise à rude épreuve durant la campagne.

Déjà, parce que pour autopublier son livre, il faut oser en parler, et oser se mettre en avant. Pour que le projet qui tient tant à coeur puisse voir le jour, il faut en parler. Le diffuser. Le promouvoir. Pour avoir suffisamment de lecteurs et pouvoir lancer les impressions.

Je n’étais pas très à l’aise avec l’aspect “commercial”, surtout sur un sujet aussi personnel. Cela a été difficile au début pour moi de mettre le blog en ligne, d’en parler, d’expliquer aux gens, alors expliquer le “pourquoi” et mon histoire personnelle sur les réseaux et dans la presse pour parler du projet, c’était vraiment difficile. D’autant que la presse aime les titres qui attirent les gens et ont joué des clichés sur les surdoués comme jamais. Du coup, j’ai eu du mal à assumer que mon nom et ma photo soient diffusés dans ces publications. (Mais bon c’était trop tard).

Ensuite, comme tout projet même un tout petit peu exposé dans les médias, et principalement sur les réseaux sociaux, surtout s’il fonctionne bien, et qu’il accumule de l’argent (comme une campagne de crowdfunding, puisque le but est de financer une impression, donc forcément, il est question d’argent, et ça, l’argent c’est un sujet qui déclenche des passions), on fait face à des critiques assez dures, souvent peu constructives, des insultes gratuites de gens qui ne savent même pas de quoi on parle. Ceux qui ont vu passer cela dans leur fil d’actualité et qui s’ennuyaient tellement qu’ils ont décidé de le commenter. D’autres, qui connaissent bien le blog car ils écrivent sur le même sujet, mais qui, pour une raison qui me dépasse, m’ont envoyé des messages plus personnels qui m’ont beaucoup touchée, me demandant qui j’étais pour écrire un livre sur ce sujet, questionnant ma légitimité puisque je ne suis pas psychologue.

Je n’ai jamais prétendu être psychologue, et lorsqu’il ne s’agit pas d’un témoignage, toutes mes sources sont citées à la fin de l’ouvrage, comme sur le blog. Je me suis sentie attaquée personnellement, et malgré les conseils de mon entourage (et les vôtres, car j’en ai parlé sur Instagram et vous m’avez bien soutenue, merci merci merci), je n’ai pas réussi à les ignorer. Ils m’ont blessée, puisque cela me renvoyait à mes propres doutes lorsque j’ai commencé ce blog. Qui suis-je pour écrire là-dessus ?

Mais au delà de tout cela, ce que je retiens, ce sont les messages adorables, les commentaires encourageants, les mots doux, les courriers même (dont un colis de nougat, il se reconnaîtra!), et vos avis sur le livre que je reçois chaque jour. Parce que la grande force de l’auto-édition est là. C’est d’être en contact direct avec les lecteurs. Avec le blog, la page Facebook ou le compte Instagram, je peux être très proche de vous, et quand j’ai l’un(e) d’entre vous au téléphone pour un témoignage, j’ai l’impression de téléphoner à un(e) ami(e) ! Je suis profondément attachée à chacun d’entre vous (cette phrase peut paraître un peu étrange, mais je suis sûre que vous comprenez 🙂 ). Je reçois des centaines de messages adorables, de vidéos, de photos, de commentaires… Et ma légitimé est là. Quand je lis vos messages, j’ôte mes doutes. Alors merci merci merci, cette relation avec les lecteurs, je n’aurais pas pu l’avoir en passant par l’édition traditionnelle, et c’est ce qu’il y a de plus beau.

Chaque jour, je prépare vos colis de livres de manière artisanale, parce que j’adore ça, et je prends quelques heures pour répondre à vos messages (j’ai un peu de retard car j’en reçois de plus en plus, mais je réponds toujours!), parce que j’adore ça aussi.

Alors vraiment, merci.

Questions en vrac :

Et après ?

Est-ce que je repasserai pour l’auto-édition pour un deuxième livre ? Je ne sais pas. Je pense que oui, car j’ai vraiment adoré cette proximité avec les lecteurs, et le fait de pouvoir vous intégrer dans le livre. Pour cela, un grand oui. Je préfère adapter le contenu à vos attentes, plutôt qu’à celles d’un éditeur que je ne connais pas. En revanche, je pense que je réfléchirais à comment améliorer ou déléguer la logistique pour ne pas non plus tuer ma santé, et parce que je ne suis pas très douée en logistique 🙂

Comment commander le livre, si on a loupé la campagne ?

Grâce à la mobilisation des lecteurs du blog, le livre a pu être imprimé en 2000 exemplaires. Il m’en reste encore un peu, et ils sont disponibles à la vente sur Amazon (pour la France). Pour un envoi à l’étranger, vous pouvez me contacter directement ! Il n’est pas possible d’avoir un exemplaire dédicacé par respect pour les contributeurs qui avaient choisi la contrepartie “livre dédicacé”, mais je les dédicace avec plaisir lors de rencontres “en vrai”.

Et puis aussi, pourquoi Amazon, puisque j’aime ce qui est artisanal et indépendant ?

Je ne pensais pas vendre le livre sur Amazon, mais plutôt dans des librairies indépendantes, puisque j’achète souvent mes livres là-bas, et j’admire leur travail. Oui mais voilà, en auto-éditant mon livre, je ne savais pas qu’il serait automatiquement refusé de la base de référencement utilisée par grand nombre de libraires, à savoir Electre. Et je ne souhaite pas payer pour un service qui est gratuit pour les auteurs édités. Je trouve que ce n’est pas très juste de considérer qu’un livre auto-édité est forcément de mauvaise qualité, et qu’un livre édité par une grande maison est forcément une pépite. Donc j’ai décidé de le distribuer sur la plateforme qui accepte et met même en valeur l’autoédition, et qui me permet de mieux rémunérer mon travail (la commission est moins élevée qu’en librairie), Amazon.  C’est un choix très personnel et assumé. Maintenant, pour ceux que cela dérange de passer par Amazon, ce que je peux comprendre aussi, je prends quelques commandes en direct, donc vous pouvez m’envoyer un email ! Et je ne ferme pas la porte aux librairies, elles ne peuvent pas commander le livre via leur base, mais si elles sont intéressées, elles peuvent me contacter directement par email à chloe@rayuresetratures.fr ! Quelques livres viennent d’ailleurs de partir pour une librairie à Annecy, et d’autres seront prochainement déposés dans une librairie lyonnaise.

Témoignages

Témoignage : Cédric, 27 ans.

18 octobre 2018

J’ai rencontré Cédric au tout début de sa vie professionnelle. Nous venions tout juste d’être embauchés dans une société de conseil, sur profil, et n’avions pas encore de mission. Du coup, nous étions tous les deux dans un minuscule bureau qui ressemblait plus à un cagibi, sans vraiment de tâche à faire, à lire toute la documentation que l’on pouvait trouver sur les disques durs de nos ordinateurs, et à attendre que ça passe. Notre rencontre commence donc par l’ennui. Un ennui tel que notre plus grande occupation de la journée, c’était ça :

Aller boire des verres d’eau pour aller aux toilettes le plus souvent possible. (Véridique)

A l’époque, nous n’avions jamais parlé de zèbre, de haut potentiel ou de personnes douées. Après quelques semaines d’ennui total et d’hydratation intense, nous avons chacun commencé nos missions de conseil chez différents clients, et nous gardions contact, plus ou moins régulièrement. Cédric avait toujours l’air un peu blasé. Il était drôle, mais pas vraiment très dynamique ni enthousiaste quand il parlait de son travail. Et pourtant. Il y a quelques mois, nous avons beaucoup échangé sur nos nouveaux projets respectifs. Sur notre nouvelle façon de voir les choses. Sur Rayures et Ratures et les zèbres, aussi. Et c’est un Cédric complètement différent que j’ai découvert, ayant mille choses en tête, un but, plein d’idées, plein d’envies et une sérénité assez impressionnante. Du coup, j’ai eu envie de vous présenter un peu son parcours, ce qui l’a fait prendre conscience de ce dont il avait besoin et envie, la meilleure décision de sa vie (à date, du moins ! ), et son rêve, son projet, ce qui le motive aujourd’hui. Car je suis sûre que certains d’entre vous se reconnaîtront un peu dans ses questionnements, et pourront trouver quelques pistes et inspirations dans son témoignage.

Cédric a commencé à me raconter son parcours. Il m’expliquait que tout ce qu’il avait fait dans sa vie, c’était par défaut. Choisir son orientation, surtout. Il n’a jamais su ce qu’il voulait faire de sa vie, alors choisir une université, c’était compliqué.

 

“Je voyais le futur presque comme un truc qui n’arriverait pas. Je ne pouvais pas me projeter”

 

Il ne se voyait nulle part, alors il a toujours choisi ce qui était vaste, général, qui permettait de bifurquer à n’importe quel moment, et qui, finalement, faisait en sorte qu’il n’ait jamais à prendre de décision. Il a quand même fini en fac d’éco-gestion, où il me raconte que ses camarades l’appelaient “l’escroc” puisqu’il n’était pas très assidu, usait de son statut de sportif de haut niveau pour louper des cours, travaillait juste avant les examens mais réussissait toujours.

“Je n’aimais pas aller en cours, parce qu’il y a du monde, du bruit, il fait chaud, ou il fait froid, il y a de l’écho, ça pue… Je ne supportais pas d’y aller. On dirait que ce sont des détails, mais pour moi non. Ca me perturbait vraiment. Tout le monde pensait que je n’y arriverais pas, mais j’ai eu ma licence.”

 

Après sa licence, il s’inscrit en master, juste pour avoir un bac +5, parce qu’il n’avait pas de but précis dans sa vie, et que la société nous presse un peu à obtenir un bac +5. Pour choisir son master, la même méthode que d’habitude : choisir la filière la plus ouverte, sans sélection. Il n’y en avait qu’une seule, et ça s’appelait “Gestion de projet”. Cela veut tout et rien dire, c’était parfait pour Cédric. N’étant plus dans un système de partiel mais de contrôle continu, donc beaucoup plus suivi, il avait de meilleures notes et était plus assidu. Avoir un cadre lui a fait du bien.

Et puis, pendant ses études, il décide de partir faire un stage au Mexique. Une sorte de faux stage dans une agence de tourisme, un tout petit truc qui ne l’occupait pas beaucoup. Il s’est donc retrouvé au Mexique, seul, avec quelques notions scolaires d’espagnol, beaucoup de temps libre, et logé chez une connaissance. Il m’expliquait qu’en arrivant dans un nouveau lieu, un nouveau pays, il a besoin d’un peu de temps pour s’acclimater. Besoin d’être tout seul, le temps de s’adapter. La personne qui l’hébergeait ne l’a pas compris, et l’a mis dehors. Alors, il est parti, en se demandant ce qu’il allait faire. Il a trouvé, grâce à un mexicain rencontré par hasard sur un terrain vague lors d’une partie de football, une toute petite chambre chez l’habitant, avec juste un lit. Il a vécu là, et sa seule activité, c’était d’aller jouer au foot sur le terrain vague.

Un jour, par hasard, il voit qu’une auberge de jeunesse cherche quelqu’un, passe l’entretien avec le gérant, et est embauché pour 10€ par jour, malgré son niveau d’espagnol.

“J’ai hésité. Sur Skype, une amie m’a dit “ Fais-le ! ”. Je l’ai fait, mais c’était dur, parce que je ne comprenais pas grand chose. Mais j’ai appris l’espagnol. Ca m’a permis de changer de logement, j’ai trouvé une coloc, et ma vie a commencé à aller mieux. J’ai pu partir voyager, et ce voyage m’a donné l’envie et l’idée de faire une auberge de jeunesse moi-même. J’ai toujours gardé contact avec les gérants de cette auberge.”

Cette expérience au Mexique et les difficultés qui l’ont accompagnée ont posé les premières pierres, les bases de son futur projet. Les idées fleurissent dans sa tête, et son but, son rêve, ce projet qu’il a envie de poursuivre, se construit. Ce projet, c’est de créer une auberge de jeunesse avec son meilleur pote.

Pourquoi ? Parce qu’on peut faire ça n’importe où dans le monde. Il a beaucoup déménagé, il n’a pas vraiment d’endroit où il se sent chez lui, et il sait qu’il n’est pas le seul. Il veut que cette auberge soit une base, où c’est enfin chez lui, dans un endroit qu’il aime, pour accueillir des gens du monde entier. Il veut en faire un lieu qui lui ressemble. Créer cette auberge, c’est trouver un compromis entre la liberté, avoir un chez-soi, accueillir des gens, et faire quelque chose qu’il aime. Il ne veut pas seulement créer un business, il faut que ça ait du sens. Il veut que les gens qui ne se sentent pas bien dans la société sachent qu’ils peuvent avoir un endroit où aller, et travailler.

Pourtant, des idées plein la tête, il rentre en France terminer ses études. Et il revient au cheminement “normal” d’un étudiant en fin de cursus. Il effectue un stage dans une grande boîte de conseil, à Lyon. Le pire stage de sa vie, avec une ambiance bizarre, aucun cadre, pas d’objectif, où personne ne savait ce qu’il fallait faire. Il a alors repris sa valise, et est parti à Paris, où il a commencé à travailler dans une autre société de conseil, en CDI, là où nous nous sommes rencontrés. Ca ne lui correspondait pas, mais il est resté plus d’un an et demi. Plus longtemps que moi.

Ce n’était pas pour lui. Mais avoir un CDI lui permettait d’avoir des congés, donc la possibilité de partir, de voyager, et il en a profité.

Il est reparti, tout seul, à l’étranger. Il devait partir aux Philippines, mais son vol aller a été annulé. Puis son vol retour. Tant pis. La compagnie le rembourse, et il décide alors de choisir une nouvelle destination à la dernière minute, sans rien avoir programmé. Mais où ? Il repense aux cassettes de safaris qu’il regardait quand il était petit, et décide. Ce sera l’Afrique du Sud. Il n’avait rien planifié du tout, et pourtant, il n’aurait pu rêver meilleur voyage. Encore une fois, cette expérience à l’étranger lui apporte quelques pierres supplémentaires, modèle de façon un peu plus précise ses envies, et son projet.

En rentrant, il rompt son contrat de travail. Quand il m’en parle aujourd’hui, il me répète sans cesse que quitter ce CDI a été la meilleure décision de sa vie.

“Tu signes, et on te dit, voilà, c’est ça ta vie, tu vas évoluer, monter en grade dans l’entreprise. C’est horrible. Je ne peux pas imaginer ça comme vie. Ca ne me fait pas du tout rêver. En CDI, je ne voyais pas le bout. Je me sentais hypocrite par rapport à moi-même. Quand j’ai quitté mon CDI, je me suis senti libéré. ”

 

Pourtant, il continue à travailler, puisque son projet d’auberge n’est pas encore totalement prêt. Mais il travaille en interim, ou en CDD. Avec une date de fin, il se sent mieux. Il ne se sent plus enfermé. Il sait qu’il peut s’arrêter pour partir sur d’autres projets. Et entre deux contrats, il repart à l’étranger. Mais cette fois, avec des amis, en Asie. Ce voyage lui permet de clarifier ses idées, de se rendre compte qu’il n’aime pas voyager en groupe tout le temps, qu’il a besoin de voyager seul aussi, et surtout, qu’il n’aime pas voyager en touriste. Aller visiter un pays, dépenser de l’argent, être au dessus de la population locale avec son salaire parisien, il n’aime pas ça. En Asie, avec ses amis, il était accueilli, mais pas intégré. Ce qu’il veut, c’est travailler, avoir des projets dans le pays, être intégré à la population locale, créer un rituel, des habitudes avec des gens. Créer une routine, pour vivre et expérimenter le pays.

Fort de ce nouveau voyage et des enseignements sur lui-même et sur ses choix qu’il a pu en tirer, il rentre à Paris, recommence à travailler, en portage salarial cette fois, afin d’avoir un plus gros salaire et de mettre de côté pour son projet d’auberge qui devient de plus en plus concret. Il ne mène pas la grande vie, il met tout de côté. Il n’a pas non plus d’appartement. Il a changé 10 fois en 3 ans. Il a juste son vélo, son sac à dos, et vit comme un backpacker, mais dans Paris, avec un travail bien payé. Trouver un logement à Paris sans CDI, c’est de la débrouille et du bric à brac. Et il aime ça. Ça le stimule. Ca le met dans un équilibre instable, et il ne s’ennuie pas.

“Je me mets volontairement dans ces situations, car je serais obligé d’y arriver. Je ne me laisse plus le choix que d’y arriver. Si je ne faisais pas ça, je serais le type le plus flemmard de l’univers !”

Quitter son CDI, vivre comme un backpacker dans Paris, ce n’est pas toujours très bien perçu dans la société, et dans le monde du travail. C’est perçu comme de l’instabilité. Pourtant, Cédric se sent plus stable personnellement et émotionnellement maintenant, parce qu’il a un but, un cap.

 

“Je ne me suis jamais senti aussi stable que depuis que les gens me trouvent instable”

 

En fait, le plus dur, c’est le premier pas. Prendre conscience que l’on s’ennuie, dire non, dire stop, avoir envie de changer, prendre la décision de le faire. On ne peut jamais être sûr de ce que l’on retrouvera. Ce sera toujours instable, incertain. Mais il faut se faire confiance. Il y a une sorte de courant de la vie. Parfois, on nage à contre-courant, on force et on se fatigue. C’est ce qu’il faisait avant. Là, il se laisse porter, sans être passif, puisqu’il a des milliers de projets en cours, mais en faisant confiance. “On verra”, dit-il, “Je n’ai pas besoin d’avoir de certitudes pour le futur. Je ne veux pas tout programmer. J’ai confiance en ce qui va arriver. On verra. Je me débrouillerai”. Cette sérénité, il l’a acquise en voyageant, en se faisant mettre dehors dans un pays qu’il ne connaissait pas, en vivant des moments difficiles, et en s’en sortant quand même. Par lui-même. En se débrouillant.

“Vouloir tout programmer, c’est un poison. Il faut juste faire confiance. Quand tu prends le chemin de ce que tu veux faire, ça se passe bien. ”

Il arrête de se torturer l’esprit pour tout. Il ne cherche plus à batailler. Il rumine beaucoup moins qu’avant. Il laisse couler. Alors, avec son petit air nonchalant, les gens ont l’impression qu’il se fout de tout. Pourtant, il est beaucoup plus présent qu’avant, et très impliqué dans tout ce qu’il fait. Il a un but, plein de projets en cours, il est passionné, très actif, curieux, intéressé par tellement de sujets. Nos dernières discussions étaient bien loin des premières. Exit la fontaine à eau comme distraction principale de la journée. Dans un petit bistrot d’un quartier cosmopolite de Paris, nous avons discuté projet, cryptomonnaies, êtres humains, valeur, temps, avenir, monde, voyage, envies, travail, k-way, relations amoureuses, applications, livres, entrepreneuriat… Pris par la passion de nos projets respectifs, nous n’avons plus le temps de nous ennuyer, comme avant. Mais nous pensons tout de même à nous hydrater 😉

“Quitter mon CDI a été la meilleure décision personnelle, professionnelle, et financière. Depuis que je l’ai quitté, je suis alerte sur plein de choses. J’étais résigné, je ne voyais pas d’issue. Là je suis heureux, curieux. Tant que j’ai ce projet en tête, tout va bien pour moi.”

Et ce projet, on va le suivre ensemble. Je vous donnerai des nouvelles. Fin Août, il a terminé son contrat à Paris. Et dans quelques semaines, il s’envole pour le Canada puis la Colombie, où il a déjà commencé à repérer de potentielles maisons qui pourraient devenir son auberge. Il veut expérimenter le pays, l’ambiance.

Et, ensuite, il verra.

 

 

 

Témoignages

Haut potentiel, harcelé, passionné. Le témoignage d’Hugo, 19 ans.

16 mai 2018

Haut Potentiel, harcelé, passionné.

J’ai rencontré Hugo par hasard, à l’été 2017, au détour d’une formation en ligne sur la construction de sites internet. Nous avions échangé brièvement sur nos projets respectifs (lui sur une association pour lutter contre le harcèlement scolaire, moi sur Rayures et Ratures) et, allez savoir pourquoi, je n’ai pas été très étonnée lorsqu’il m’a dit que ça lui parlait, qu’il avait été identifié “haut potentiel”.

Le sachant très impliqué dans la lutte contre le harcèlement scolaire sans pour autant connaître son histoire personnelle, j’ai tout de suite pensé à lui pour témoigner sur le sujet, et apporter un peu de concret à mes articles. Je ne vous souhaite pas forcément de vous reconnaître dans son témoignage, mais j’espère qu’il pourra inspirer ceux d’entre vous qui ont été, sont ou seront victimes de harcèlement.

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Hugo a été harcelé à l’école depuis tout petit. Il ne sait plus trop quand ça a commencé. Aux alentours de 6 ans, sûrement. Il subissait des moqueries, car il louchait d’un oeil.

C’est à peu près au même moment qu’on commence à s’interroger sur sa douance. Il sait lire avant le CP, il a appris tout seul. Il a du mal à se faire des amis, et se demande pourquoi. Est-ce qu’il est bizarre ? Différent ? Il consulte un psychologue scolaire, qui lui propose de sauter une classe, mais il refuse. De classe en classe, les choses évoluent. Il passe du “bigleux” à l’”intello”, mais les insultes sont toujours là. Le harcèlement provoque chez lui des troubles du comportement alimentaire et une prise de poids, et d’”intello”, on le nomme alors le “gros de service”.

Puis plus il avance dans son parcours scolaire, plus les insultes se transforment en coups, et en menaces. Du harcèlement moral des petites classes, on passe au harcèlement physique au collège. Scolarisé dans une petite école de campagne, il n’y a qu’une seule classe par niveau, alors il fait quasiment toute sa scolarité avec ses harceleurs. Il change d’établissement en 4ème (pour des raisons familiales, non liées au harcèlement), mais cela ne change rien. “Le nouvel établissement n’était pas très loin de l’ancien, donc la réputation reste”. Durant un voyage scolaire, ses nouveaux camarades l’ont filmé en train de ronfler, et ont diffusé la vidéo sur les réseaux sociaux. Juste comme ça, pour se moquer. Cela dépasse même le cercle scolaire. Il me raconte comment, en marchant dans les rues de son village, les gens se moquaient. Et lui ne savait pas pourquoi. Insultes, menaces, coups puis exclusion, réputation entachée, isolement… Le harcèlement se manifeste de façons variées.

Quand je lui demande s’il se rendait compte qu’il s’agissait d’harcèlement, et que c’était grave, il ne sait pas trop quoi répondre. Et puis ça vient. Au début, non, il ne se rendait pas compte. Il n’a jamais réussi à créer de lien avec ceux de son âge, mais il ressentait le besoin d’appartenir à un groupe. Alors pour se sentir intégré, il était prêt à tout supporter. Puis il finit par se rendre compte que ce n’est pas normal de subir ces insultes et ces coups, mais dit que c’est compliqué car il est “addict” au harcèlement.

En fait, pendant les vacances scolaires, loin de ses harceleurs, il trouve “bizarre” de ne pas être harcelé. Ce qui montre à quel point ces insultes, coups et menaces faisaient partie intégrante de son quotidien.

Pendant les vacances…

Le harcèlement a des conséquences dramatiques sur ses victimes. Les chocs psychologiques et les troubles alimentaires provoquent chez lui un diabète, qui le mène jusqu’à un coma diabétique. Pour des raisons médicales, il quitte alors le système scolaire, et va à l’hôpital. Il passe son bac avec succès à distance, via le CNED. Sortir du système lui a permis de sortir de la spirale de harcèlement scolaire, mais “ce n’est pas une solution”.

 

 

La déscolarisation ne doit pas être une solution, c’est un dernier recours. Fuir un harcèlement n’est pas une bonne idée.”

 


Aujourd’hui, Hugo ne subit plus de harcèlement, mais conserve des séquelles, et notamment cette grande souffrance. Car il n’a pas vécu une enfance dans l’insouciance. Il n’a pas vécu une enfance “normale”. Et à Noël ou aux anniversaires, là où la magie de l’enfance ressurgit normalement, il y repense.

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Ce qui lui a permis de tenir toutes ses années face au harcèlement scolaire, c’est la passion. Une véritable passion pour l’audiovisuel et le cinéma. Il a écrit son premier scénario de long métrage à 6 ans (OUI OUI, 6 ans, pendant que moi je jouais aux playmobils). Le scénario d’un long métrage historique, avec des chapeaux haut-de-forme et des cannes, dans le Londres des années 1830.

A 14 ans, il réalise le trailer de ce projet de film, réussit à mobiliser plus d’une centaine de figurants, et passe sur France 3. En parallèle, et malgré son jeune âge, il développe de nombreux projets audiovisuels (dont une web-série qu’il réalise) et fait de très belles rencontres.

Cette passion lui permet de tenir le coup. A travers le cinéma, il peut s’exprimer.

 

Je ne serais pas forcément en vie aujourd’hui si je n’avais pas eu cette passion.”

 

En mai 2017, alors hospitalisé pour ses problèmes de diabète, Hugo a la volonté de faire du harcèlement qu’il a subi une force. C’est impossible pour lui de ne rien faire. Il a su tenir bon grâce à sa passion pour le cinéma, et compte bien aider les autres. Alors depuis sa chambre d’hôpital, il réfléchit à une association pour lutter contre le harcèlement scolaire, et publie des vidéos sur les réseaux sociaux pour expliquer son projet. A chaque nouvelle vidéo, son audience grandit. De plus en plus de personnes les regardent. Le sujet parle à beaucoup de gens, et cela le conforte dans son projet, qu’il mûrit tranquillement. Il est convaincu qu’avant d’apprendre aux jeunes à se défendre, il faut les aider à se reconstruire. Il faut restaurer leur confiance.

 

 

En se défendant, en répondant, on règle peut-être le problème à l’instant T, mais en réalité on le cache. Il faut traiter le problème dans le fond, et redonner confiance aux jeunes. Qu’ils retrouvent le fond d’eux-mêmes”.

 

Et c’est ce qu’il fait aujourd’hui grâce à son association Harassers U GO! (HUGO), créée début 2018 et qui comporte 4 pôles :

 

Le pôle sensibilisation au scolaire, pour sensibiliser de manière interactive, ludique, avec un débat et des témoignages concrets.

Le pôle “accompagnement”, pour accompagner des jeunes victimes de harcèlement à travers une passion, que ce soit un art, un sport, un loisir. Le but est de définir une passion avec les jeunes (s’ils n’en ont pas identifié une), puis de les guider dans ce projet, pour qu’ils concentrent leur énergie là dessus. Car la passion peut, comme Hugo, les sauver.

Le pôle projet artistique, pour sensibiliser grâce à des court-métrages ou autres supports.

Et enfin le pôle recherche et formation, avec la création d’un comité d’étude virtuel sur toute la France et la formation des enseignants et du personnel éducatif.

 

Son association a une présence en ligne très importante. Car aujourd’hui, le harcèlement scolaire ne s’arrête plus à la classe ou à la cour d’école, il continue de plus en plus à travers les réseaux sociaux. De nombreux jeunes sont victimes de cyber-harcèlement, et c’est important que ces personnes harcelées sur les réseaux sociaux puissent aussi y trouver des alliés. Comme Harassers U GO.

 

Liens utiles : 

Le lien vers l’association d’Hugo pour lutter contre le harcèlement scolaire : http://www.asso-hugo.fr

Pour soutenir son association et faire un don : https://www.donnerenligne.fr/harassers-u-go/faire-un-don

Et pour adhérer : hugo.fr/campagne-adhesion

 

 

Caractéristiques de zèbres

Le harcèlement scolaire

6 mai 2018

Le sujet du harcèlement revient fréquemment dans les échanges que je peux avoir avec les lecteurs du blog, et après un article plus général, j’avais envie de faire un focus sur le harcèlement scolaire. Car d’après l’UNICEF et le Ministère de l’Education Nationale, 1,2 million d’élèves français sont touchés par le harcèlement scolaire. Parmi eux, des petits zèbres. Pas seulement, évidemment.  N’importe qui, à n’importe quel moment, peut être victime de harcèlement scolaire.

Et ce n’est pas toujours facile pour l’entourage de s’en rendre compte.

Parce que nous avons tendance à dire que les enfants sont cruels entre eux. En disant cela, on banalise ce comportement.

Parce que lorsqu’un enfant ou adolescent rapporte une insulte ou une remarque, on se dit parfois que ça va passer, s’arrêter, que ce n’est pas grave, c’est une chamaillerie, c’est le monde des enfants. Mais les enfants ont les mêmes outils que les adultes.

Parce qu’il est facile d’attribuer le mal-être du jeune harcelé à une crise d’adolescence.

Et parce que, bien souvent, il est très difficile pour une personne harcelée de se rendre compte de la gravité des choses et d’oser en parler.

Alors j’ai discuté avec de nombreux enfants et adolescents qui ont été harcelés, avec leurs parents aussi, écouté des conférences, lu des ouvrages, et regardé des reportages et interviews qui reviennent sur le parcours de ces enfants et adolescents qui ont beaucoup souffert. Il est facile de ne pas se rendre compte de la gravité de la situation ou de ce que vit son enfant, pourtant, les conséquences peuvent être dramatiques. Cet article est là pour essayer de reconnaître une situation de harcèlement, montrer que ce n’est pas normal.

Une enseignante anglaise a, il y a quelques années, expliqué les conséquences du harcèlement à ses élèves à l’aide de deux pommes. L’image m’a marquée, et j’ai voulu la reproduire en illustration. Voici l’expérience :

 


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Quand on tape plein de fois dessus, qu’on se défoule sur une pomme, puis qu’on la regarde, elle ressemble à toutes les autres pommes. A l’extérieur, c’est un enfant qui ressemble à tous les enfants. Mais quand on coupe la pomme en deux, elle est toute abîmée à l’intérieur. C’est un enfant qui a plein de blessures.

 

Comment se manifeste le harcèlement scolaire.

Je ne peux pas faire une illustration qui résume le harcèlement scolaire. Car il n’y a pas de situation type, d’image forte. Il se caractérise par la répétition. Cela peut commencer par une insulte, proférée par une personne. Puis 3. Puis 5. Puis toute la classe. Tous les jours. Moqueries, propos rabaissants, dévalorisants, violents, déshumanisants. Insultes, coups, propos injurieux.

 

Chez l’enfant zèbre qui fait très attention au sens des mots et qui est souvent précoce au niveau verbal, ces mots ont un très fort impact.

Dans une situation de harcèlement scolaire, il y a un abus de pouvoir. Un rapport de domination imposé de façon insistante. C’est le plus fort contre le plus faible. Faible non pas car il est plus faible physiquement, mais faible car isolé par le harceleur. C’est comme cela, d’ailleurs, qu’ils arrivent petit à petit à asseoir leur emprise, à tel point qu’ils réussissent à faire croire qu’ils sont les seuls à détenir la vérité sur le harcelé. Alors celui-ci fait tout pour leur plaire, car il espère un compliment, une reconnaissance. Ce compliment n’arrive jamais, évidemment. Mais dans la tête du harcelé, s’il fait tout pour leur plaire, il pourra réussir à obtenir ce compliment. Et si eux, harceleurs, qui détiennent la vérité, le complimentent, son estime de lui-même remontera.

Le harcèlement scolaire a une particularité par rapport aux autres formes de harcèlement, c’est qu’il s’agit presque toujours d’un phénomène de groupe. Le harceleur a besoin de témoins, de rieurs, de spectateurs. Bien qu’il se défende en disant que c’est “pour rire”, il a l’intention de nuire. Nuire et faire mal n’a d’intérêt que dans le regard des autres. Si les témoins cessent de rire, le harcèlement peut diminuer. Et c’est pour ça qu’il est important, pour tout le monde, de repérer une situation de harcèlement. Car un témoin peut aussi agir pour que la situation cesse.

 

Pourquoi l’enfant se tait :

Beaucoup d’enfants harcelés n’en parlent pas. Il arrive même, parfois, que les parents apprennent la situation endurée par leur enfant très – trop – longtemps après. Voici quelques éléments pour comprendre pourquoi, d’après le témoignage d’adolescents qui ont réussi à sortir de la spirale du harcèlement et qui ont déjà un sacré recul sur leur expérience malgré leur jeune âge. (Les prénoms ont été modifiés)

 

 

« Au début, on ne se rend pas compte que c’est pas normal. On se dit que ça va passer, on minimise. On ne se rend pas compte que c’est grave. Le harcèlement se met en place par de petites touches. Ce ne sont pas des choses anodines, mais qui paraissent anodines. On se dit que ça va passer, qu’on peut supporter ça. On ne sait pas que ça va durer. Alors on se tait. On ne pense pas forcément à demander de l’aide parce qu’on ne sait pas forcément que ce n’est pas normal. »

 

 

 

 

« Au début on comprend pas, on se demande ce qu’on a fait pour mériter ça, puis au bout d’un moment, on finit par penser qu’on est responsable de ce qu’on subit. Si ça m’arrive à moi et pas aux autres, c’est que c’est de ma faute, quelque part. Si tout le monde est d’accord, c’est bien qu’il y a quelque chose qui ne va pas. »

 

 

 

« Je pensais que j’allais pouvoir devenir ami avec la personne qui me harcelait. Alors je la laissais faire, je pensais qu’on allait devenir amis. Je me suis rendu compte trop tard que j’avais laissé faire trop longtemps. A l’adolescence, c’est important d’être valorisé et intégré dans un groupe. On donne une place très importante aux copains, beaucoup plus qu’aux parents, donc l’estime de soi prend un sérieux coup quand on n’a pas de copains. Je voulais rester dans le groupe, et être harcelé, finalement, ça me permettait d’être “intégré” et important dans le groupe, comme si j’étais l’élément qui fédère. Tout le monde est contre nous, et ça crée un lien. Je ne m’en rendais pas compte, sur le moment. J’avais juste l’impression que si je me rebellais, je serais rejeté. Alors qu’en fait, j’étais déjà rejeté. »

 

 

La personne harcelée cherche en elle la raison de ce harcèlement, tente de cacher cette différence, de corriger ce défaut qu’elle pense responsable de ce traitement. Mais malgré un changement de comportement, cela ne change rien. Elle est déjà prise pour cible. Quand on pense que c’est de sa faute, quand on culpabilise pour ce qui nous arrive, c’est grave.

 

« Si on m’insultait, c’était pour mon bien, pour que je change, en mieux. »

 

 

 

 

 

 

« Je ne voulais pas en parler à mes parents. J’avais honte d’être une victime, honte qu’ils découvrent ce qui m’arrivait. Je n’avais pas envie de les faire souffrir avec cette histoire, et puis, à 11 ans, c’est à moi de gérer mes relations. J’avais honte de pas être capable de me défendre, de pas savoir comment réagir. Du coup, j’ai rien dit. Je me dis que si c’est moi le problème, je pourrai le changer. Alors que leur violence, je pourrai pas. »

 

 

 

 

« J’ai peur d’en parler parce que j’ai peur qu’on me comprenne pas. Un jour, j’en ai parlé à un de mes professeurs, qui m’a dit qu’il allait être plus attentif à ce qui se passait en classe, mais comme il ne se passe pas grand chose en classe, c’est surtout en dehors, il ne m’en a jamais reparlé. Je crois qu’il voulait rester en dehors de ces petites histoires d’adolescents. J’avais beaucoup pris sur moi pour lui parler, il ne l’a pas vraiment pris au sérieux, du coup j’ai eu honte de l’avoir dit. Et je n’en ai plus jamais reparlé. »

 

 

 

 

 

 

« A l’école, c’est compliqué d’en parler aux parents, ou à d’autres adultes. On sait très bien que si on en parle, on nous traitera de balance, et du coup, ça sera pire. Il y aura des représailles, c’est sûr. »

 

 

 

 

 

Quelques signes du harcèlement, quand l’enfant rentre à la maison :

Maux de ventre, maux de tête, angoisses.

Plus envie d’aller à l’école.

Agressivité à la maison. Car l’agressivité qu’on reçoit, on l’exprime sur d’autres personnes.

Chute des notes.

Changement notable du comportement.

Troubles alimentaires.

Troubles du sommeil.

Verrues, eczéma, etc.

Larmes et colère en rentrant.

Il parle de moins en moins d’amis.

Comme un état de stress post traumatique : fuyant, évitant, inquiet, avec des insomnies, des angoisses, des ruminations, des cauchemars.

 

Le harcèlement a des conséquences dramatiques. Manifestations psychosomatiques, dépression, désinvestissement scolaire, absentéisme, dégoût profond de soi-même, et conduit même trop souvent au suicide.

 

Alors comment faire, comment aider ?

Les parents se sentent souvent impuissants. Il est difficile de se rendre compte d’une situation de harcèlement, et de se rendre compte de son ampleur, tant il s’installe de manière insidieuse, et tant l’enfant a souvent du mal à en parler. Mais lorsque l’on s’en rend compte, il y a quelques petites choses que l’on peut faire pour aider.

Restaurer l’estime de soi. L’enfant harcelé est sous emprise. Il laisse son harceleur lui dire ce qu’il vaut. Le harcèlement détruit l’estime de soi, qui est fondamental pour se construire. Avant d’apprendre à se défendre, il faut restaurer l’estime de soi. C’est la clé. L’association Marion La main tendue a d’ailleurs instauré un atelier à cet effet, l’atelier Stop and Go, pour les enfants et les parents.

Essayer de trouver des alliés sur les lieux du harcèlement, à l’école, puis sur Internet, lorsque cela continue en cyber harcèlement.

Nommer le harcèlement. C’est important de nommer le harcèlement, de prendre le temps d’expliquer ce qu’il se passe, et de dire que ce n’est pas normal, car c’est confus dans la tête de l’enfant. Il ne se rend pas toujours compte que ce qui lui arrive n’est pas normal. Il a parfois besoin qu’une figure vécue comme figure d’autorité lui dise que ce qu’il vit n’est pas normal.

Cette figure d’autorité peut être la gendarmerie. Porter plainte peut déclencher une prise de conscience chez l’enfant. Entendre quelqu’un dire qu’il ne mérite pas ça, écrire noir sur blanc le mot “violence”, voire “violence aggravée”, tout cela peut faire comprendre à l’enfant que c’est grave, et lui permettre de se débarrasser de cette honte et cette culpabilité. C’est important de dire que les harceleurs n’ont pas le droit de faire ce qu’ils lui ont fait.

Rappeler les règles, les droits de l’homme. L’enfant harcelé ne sait plus ce qui est acceptable ou non. Il faut insister sur le fait que chacun doit être respecté dans sa dignité. La violence n’a aucune justification. Personne ne mérite ça.  

 

Si tu es victime de violence :

 

Qui contacter ?

N° vert : 3020

Service et appel gratuit, ouvert du lundi au vendredi de 9h à 18h (sauf jours fériés)

 

N° Net Ecoute :

0 800 200 000

Numéro vert gratuit, national, anonyme, confidentiel et ouvert du lundi au vendredi 9h/19h

Ce numéro à contacter en cas de cyber harcèlement est géré par l’association E-Enfance.

Au delà de l’écoute et du conseil, elle peut vous aider au retrait d’images ou de propos blessants, voire de comptes le cas échéant.

Parce que je crois au pouvoir des histoires, j’ai décidé de vous partager un témoignage sur le harcèlement scolaire. Hugo, zèbre de 19 ans, a accepté de me raconter son histoire, et je vous la partagerai dans un prochain article !

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Bonus

C’est parti ! La campagne pour publier le livre est lancée !

16 avril 2018

C’est officiel ! Le crowdfunding pour publier le livre est lancé !

Il y a quelques mois, presque un an même, vous me demandiez si le blog existait en livre, pour pouvoir le montrer à des enseignants ou le feuilleter le soir sans se fatiguer les yeux. Grâce à vous et à votre soutien, j’ai franchi le pas, et le voilà ! J’ai tout repris, illustré, j’ai ajouté de nouveaux chapitres inédits, et aujourd’hui le livre est prêt à être imprimé ! Voilà à quoi il pourrait ressembler :

Comme je l’expliquais dans un précédent article, j’ai choisi de passer par le crowdfunding pour publier le livre ! La campagne est lancée depuis ce matin, et j’ai été tellement sollicitée que je n’ai même pas eu le temps de faire un post ! Le voici donc, avec le lien pour soutenir ce projet et recevoir le livre (et plein d’autres jolies petites choses) en contrepartie !

https://fr.ulule.com/rayuresetratures/

Merci infiniment pour votre soutien, nous sommes à 50% en 2h30, grâce à vous le livre devient de plus en plus réel ! Je vous en suis vraiment reconnaissante !

Témoignages

Témoignage – Maya, 38 ans.

30 mars 2018


Maya est une personne très complexe avec qui j’ai échangé l’été dernier, grâce au blog. Elle m’a contactée, et nous avons passé plusieurs heures sur Skype. Nos échanges ont été si riches et intenses que mes petits papiers sont restés longtemps sur mon bureau sans que je sache comment rédiger ce témoignage. Par quoi commencer, dans quelle direction aller, quel angle choisir, quels sujets traiter… Son enfance, son expérience professionnelle, la dimension internationale et la spiritualité sont 4 thèmes qui m’ont marquée dans son témoignage, et je ne savais pas autour duquel bâtir mon article. D’autant qu’elle a un débit de parole à la hauteur de son intensité, et que ma main avait du mal à suivre pour tout noter !

Douance.

Le fait d’être surdouée ou pas a accompagné Maya tout au long de sa vie. Depuis toute petite. Pourtant, sa famille savait, mais a décidé de ne pas lui en parler. Maya a seulement quelques vagues souvenirs d’une rencontre avec des gens d’un organisme spécialisé, qui la faisaient jouer avec des jouets conçus pour faire réfléchir. Suite à cette rencontre, elle a été prise dans cet organisme, mais sa mère a finalement refusé de l’y envoyer, car elle trouvait l’endroit “triste”. Ils n’avaient pas la même façon de voir la vie, et surtout pas la même façon de voir l’enfance. Elle a refusé également le saut de classe qu’on proposait à sa fille, ayant elle-même mal vécu ses sauts de classe.

 

Sa douance se manifeste par une explosion d’idées, des doutes, une excellente mémoire qui lui permet de ressortir des phrases exactes dites il y a 15 ans (à la stupéfaction de son entourage), une hyperémotivité (mais elle ajoute qu’aujourd’hui cela ne la désarme plus comme avant grâce à la pratique de la sophrologie), une hypersensibilité avec un odorat très fin (surtout pour les odeurs qui l’indisposent) et une ouïe très développée, un sens de l’esthétique très important… “Si ce n’est pas beau, ça me dérange, et je n’arrive pas à penser à autre chose”.


Quand on discute de sa douance aujourd’hui, elle répond qu’elle veut refaire le test, maintenant. “Pour que cette chose soit établie. Pas pour moi mais pour les autres. Pour qu’ils comprennent”. Elle veut apprivoiser définitivement cette douance.

 

Ecole

 

Petite, on disait de Maya “Elle est dans la lune”. Ou “Elle ne fera jamais d’études, car elle n’est pas capable de sociabiliser”. Pourtant, c’est dans le milieu universitaire qu’elle s’épanouit petite. Née d’une mère réfugiée politique chilienne et d’un père musicien, elle a grandi à la Cité Internationale à Paris, dans la Maison du Brésil, entourée de thésards, dans un milieu de gens jeunes, cultivés. Entourée aussi des papiers, articles de géologie et études de son beau-père, qui lui apprend tout, de la science à la spiritualité. Elle dit “La vie c’était ça, là j’avais des amis. C’était mon monde, j’étais bien”.


L’école était un milieu relativement hostile pour elle. Elle n’y allait pas avec le sourire. Elle se sentait différente, en décalage avec les gens de son âge. Elle les trouvait bizarres, et violents. Et eux soulignaient sa différence, en permanence. Chaque jour, elle voyait ses petites camarades se disputer à 12h dans la cour de récré, puis se réconcilier à 16h. Et ça recommençait le lendemain. Elle trouvait ça stupide, s’asseyait dans un coin, et les regardait. Elle ne voulait pas jouer, n’était pas à l’aise avec les autres. Et dès la fin de l’école, elle s’échappait pour rejoindre son monde, la Maison du Brésil, là où elle se sentait bien, chez elle.

 

Le collectif est quelque chose qu’elle a toujours vu comme une menace, elle préfère les relations “bilatérales”. A la maternelle déjà, elle s’échappait durant la sieste pour aller jouer toute seule avec tous les jouets. “Et là c’était l’éclate !”. “Sociabiliser” n’était pas naturel pour elle, et aujourd’hui encore elle se contracte en voyant une assemblée. Pourtant, ça ne l’a jamais empêché de faire des études, bien au contraire, puisque jeune adulte, elle rejoint les bancs de Science Po. Le sentiment d’être différente demeure, mais elle fait des efforts et se sociabilise. Et lorsque l’on discute de ses études, elle raconte que Sciences Po est le seul endroit où elle ne s’est jamais ennuyée.

 

Ennui, ouverture sur le monde et spiritualité.

Une fois diplômée, Maya occupe différents postes et passe beaucoup de temps à l’étranger. Elle s’intéresse à mille choses, et commence en tant que journaliste freelance, puis avocate, mais n’aime pas ces milieux. Elle est soit moyennement satisfaite intellectuellement, soit gênée par un cadre trop rigide. Elle s’ennuie, et l’ennui la terrorise. Alors elle devient diplomate, et s’éclate pendant 3 ans en travaillant sur le changement climatique. Elle a “une super boss”, un environnement constamment changeant et pas une minute pour s’ennuyer. Elle est stimulée. L’ennui est un thème qui revient constamment dans nos échanges. Elle me dit d’ailleurs aujourd’hui “Je me demande si je ne dois pas devenir entrepreneur pour fuir l’ennui à jamais”.

En tant que diplomate, elle a travaillé en Angola, en Norvège, et vit actuellement en Russie. Cette vie à l’étranger lui permet d’ailleurs de se rendre compte que les mentalités ne sont pas les mêmes partout, et que là où en France on considère encore trop souvent que l’on garde un métier toute sa vie, ce n’est pas le cas partout. Ailleurs, ça bouge, et en tant que zèbre, ça fait du bien de le réaliser.

Elle m’a raconté ses différentes expériences, mais surtout celle en Angola, qui l’a particulièrement marquée et dont elle parle comme une véritable “leçon de vie”. Elle y a vu le monde, la misère, les ravages de la guerre. Elle explique que toutes ses ressources, y compris celles de surdouée, ont été mobilisées pour survivre. Avec les Angolais, elle a appris l’intelligence émotionnelle. Elle s’est forcée à sociabiliser en groupe et dit que “ce n’est pas si mal, après tout, mais j’ai dû faire beaucoup d’efforts”.

C’est en Angola aussi qu’elle a appris qu’il faut trouver un équilibre entre le sens (l’observation), le cerveau (l’intellect), et le coeur (comment tu te sens). “Si on aligne tout ça, on devient une personne puissante”. Elle se familiarise avec la sophrologie, qui l’aide beaucoup. “C’est très créatif et puis ça aide les gens”. Aujourd’hui, en parallèle de son travail, elle vient de terminer un diplôme de sophrologie, “comme ça, par curiosité, parce que cela a un côté un peu magique”.

C’est là-bas aussi qu’elle a développé sa spiritualité. Elle a toujours été spirituelle, jamais athée, toujours agnostique, en quête de sens. Mais c’est en Angola que sa spiritualité s’est le plus développée. Quand je lui demande si elle “croit”, elle me répond “non, je ne crois pas, je sais”. C’est là-bas que tout a pris sens.

 

Quand je lui demande d’ailleurs si elle a un conseil à donner aux autres zèbres, ou quelque chose à leur dire, elle répond “être votre meilleur ami”. Elle répond que la vie est un beau mystère, qu’on en sait toujours plus, mais jamais assez. Et que lorsque l’on est humain, il faut absolument développer sa spiritualité, quelle qu’elle soit.

 

***

 

Grâce à vos témoignages, je souhaite montrer la diversité des profils de zèbres, bien loin des clichés. Si vous souhaitez témoigner (de manière anonyme ou non), n’hésitez pas à me contacter. Je suis un peu en retard dans les témoignages, mais je réponds toujours 🙂 Et si vous souhaitez lire d’autres témoignages de zèbres aux profils très différents, c’est ici

 

Bonus

J-20 – Pourquoi j’ai choisi le crowdfunding pour publier le livre.

27 mars 2018

Comme promis, un deuxième article sur le crowdfunding, pour répondre à la question qui m’a souvent été posée ces dernières semaines, à savoir pourquoi j’ai choisi le crowdfunding pour publier mon livre. Pourquoi je ne passe pas par une maison d’édition et un distributeur qui vendraient mes livres dans des librairies un peu partout.

Si, ce serait beaucoup plus simple, mais beaucoup moins rigolo !

Le financement participatif est un concept que je trouve génial (à tel point que j’avais fait mon mémoire de fin d’études dessus) et que j’ai toujours voulu essayer. Là, avec Rayures et Ratures, j’avais le projet idéal pour tester ce concept.

Car si ce blog existe encore aujourd’hui, c’est grâce à tous les lecteurs et visiteurs qui me lisent, m’encouragent, commentent, partagent, me motivent et m’incitent à continuer.  Du coup, impossible pour moi d’imaginer réaliser ce livre sans vous ! Passer par le financement participatif, c’est permettre d’inclure tous les lecteurs dans cette belle aventure collective. D’ailleurs, j’ai réservé, à la fin du livre, une page pour remercier tous les contributeurs. Elle n’attend plus que vos petits noms (ou pseudonymes que vous seuls pourrez reconnaître, ou une petite croix pour ceux qui souhaitent un anonymat complet).

Passer par une plateforme de crowdfunding pour sortir mon livre, et donc m’affranchir des éditeurs traditionnels, c’est certes beaucoup plus de travail, car à moi la mise en page, la maquette, les corrections, la recherche d’imprimeurs, la logistique pour l’envoi des livres, la promotion, la communication, la diffusion, et beaucoup plus risqué, car si nous n’atteignons pas l’objectif, le livre ne sortira pas, mais déjà, cela permet d’apprendre énormément (et j’adore ça, vous vous en doutez bien ! ), et surtout, cela permet d’avoir beaucoup plus de liberté. Je contrôle mon livre de A à Z, il sera à la fin vraiment comme je l’avais imaginé, et pour un projet comme celui-ci, cela me tenait vraiment à coeur.


Passer par un financement participatif plutôt qu’une maison d’édition traditionnelle, cela permet aussi d’avoir plus de
transparence. Vous participez non seulement à la réalisation du livre, mais surtout, vous savez exactement à quoi vos dons auront servi. Je détaillerai la part qui va à l’imprimeur, celle qui sera utilisée pour fabriquer les contreparties, celle qui servira à payer les frais de port et d’emballage, celle qui servira à payer les charges sociales, le montant de la commission prélevé par la plateforme, vous saurez tout tout tout !

Et puis last but not least, ce livre, je le fais pour vous ( et puis un peu pour moi parce que j’ai envie de pouvoir TOUCHER plus de deux ans de travail, mais surtout pour vous 😉 ).

Le financement participatif me permet d’être en contact direct avec les lecteurs, de vous proposer des exclusivités, des goodies dessinés juste pour vous… Je sortirai le livre dans un tirage beaucoup plus limité qu’en passant par un éditeur traditionnel, certes, mais je sais exactement pour qui je le fais !

 

Bonus

J-30 – Le crowdfunding illustré.

16 mars 2018

J-30 ! Mais J-30 avant quoi ? Avant le lancement de ma campagne de crowdfunding pour publier le livre de Rayures et Ratures ! Le crowdfunding ? Quésaco, kesako, quezako ?!

Depuis quelques semaines, je reçois beaucoup de messages pour savoir où j’en suis de mon livre. Alors voici quelques petites nouvelles ! Le livre avance bien, j’ai fini toute l’écriture, les illustrations (il m’en reste 3 à retoucher), des ébauches de couverture (vous pourrez voter pour choisir celle que vous préférez), la mise en page, la maquette et même la correction. J’ai déjà sélectionné un imprimeur, et il ne me reste plus qu’à recevoir un prototype (non imprimé, tout blanc) pour valider mes choix de papier, de reliure, etc.

Dans vos messages, beaucoup me demandent comment je vais le publier et ne connaissent pas le crowdfunding, qui est la méthode que j’ai choisie. Alors comme j’adore expliquer des trucs en BD, je vous ai préparé un petit article pour vous expliquer ce qu’est le financement participatif, pourquoi c’est avec cette méthode que je veux publier mon livre, à quoi ça sert, tout ça tout ça !

Le financement participatif (ou crowdfunding) se base sur la logique selon laquelle plein de petits efforts accumulés peuvent faire aboutir un grand projet. C’est-à-dire que pour financer un projet, au lieu d’aller voir un seul investisseur qui mettra une grosse somme d’argent, on va voir plein de personnes qui mettront des petites sommes, qui, cumulées, permettront au projet de voir le jour. Le crowdfunding, c’est donc une aventure collective, le projet ne pourra se réaliser que grâce à la participation des contributeurs ! Chacun apporte sa petite pierre à l’édifice 🙂

Dans mon cas, ce sera comme si chacun apportait une feuille, et qu’à la fin, tous ensemble, on arrive à faire un livre 🙂

Au départ, il y a un projet. Un rêve, souvent. Pour moi, par exemple, c’est d’imprimer et d’éditer le livre de Rayures et Ratures, pour que vous puissiez l’avoir entre les mains.

Mais pour cela, il faut financer l’impression d’un certain nombre d’exemplaires du livre, et je ne peux pas avancer ces frais là toute seule, sans savoir si mon livre se vendra.

Alors, des plateformes se sont créées sur Internet pour permettre aux porteurs de projets de récolter des dons (en échange d’une contrepartie) pour financer leur projet. Selon les types de projets (un album de musique, un livre, un événement associatif, etc), il existe différentes plateformes en ligne.

Lorsque le porteur de projet décide de faire appel au financement participatif, il s’inscrit sur la plateforme de son choix et fixe un objectif, c’est-à-dire le montant dont il a besoin pour que son projet puisse voir le jour (le but n’est pas de faire des bénéfices, mais de financer un projet bien spécifique). Dans mon cas, je fixerai un montant qui correspondra aux frais d’impression par exemple. Il fixe aussi une durée, souvent une trentaine de jours, et il aura ces 30 jours pour atteindre son objectif.

C’est à ce moment là, une fois que la campagne de financement est lancée, qu’il a défini son objectif et la durée de la campagne, qu’il a besoin de vous !

Mais pas question de simplement faire un don d’argent. Avant de se lancer, le porteur de projet a fixé des contreparties, qui seront envoyées aux contributeurs en fonction de leurs dons. Il y en a pour tous les goûts, et surtout, pour toutes les bourses !

Pour des projets comme le mien (sortir un livre, un objet concret), la contrepartie, c’est l’envoi du produit, et plein de petites surprises exclusives, qui seront réservées aux contributeurs ! Le financement participatif me permet de savoir combien de personnes sont intéressées par le livre, donc combien de livres je dois imprimer, et d’avoir l’argent en avance pour imprimer et envoyer ces exemplaires aux contributeurs. C’est comme un système de pré-commande.

Les internautes qui souhaitent telle ou telle contrepartie (par exemple un livre, un livre dédicacé, un livre + une illustration personnalisée, etc.) vont la sélectionner, et le montant de leur participation sera débité de leur compte. Mais il ne sera pas tout de suite versé à l’auteur du projet, il est conservé sur la plateforme.

Au terme des 30 jours de la campagne, on fait le point.

Soit l’objectif a été atteint grâce aux internautes qui ont beaucoup participé et se sont intéressés au projet.

Dans ce cas là, champagne et remerciements à gogo, les internautes ont participé à cette belle aventure et grâce à eux, le projet peut aboutir. C’est à ce moment-là que l’auteur du projet reçoit le montant récolté, et que, dans mon cas, je pourrai lancer les impressions.

Les internautes seront tenus au courant de l’avancée du projet, et recevront leurs contreparties immatérielles tout de suite, et les contreparties matérielles dès que le livre sera imprimé !

Si l’objectif n’a pas été atteint, le porteur de projet ne peut pas le réaliser, c’est dommage, mais personne n’a rien perdu ! Les internautes qui ont participé sont remboursés intégralement par la plateforme, sans aucun frais.

En somme, vous pariez sur un projet (si vous souhaitez recevoir un exemplaire du livre par exemple), mais si trop peu de gens participent et que je ne récolte pas le montant suffisant pour lancer les impressions, pas de panique, vous n’aurez rien perdu, vous serez remboursé du montant de votre don. Vous n’aurez juste pas le livre 😉

Participer dès le début permet au projet d’être plus visible sur les plateformes, et donc d’avoir plus de chances de se réaliser ! Si vous voulez un livre, en participant dès le début, vous aurez plus de chance de l’avoir à la fin 🙂

En plus, l’objectif que je fixe est l’objectif minimum pour lancer les impressions. Mais s’il est dépassé, je fixerai plein de nouveaux objectifs, en vous préparant de belles surprises, des améliorations du livre, et surtout plein de cadeaux qui s’ajouteront aux contreparties, sans changer le prix ! Vous ne dépenserez pas plus, mais vous recevrez beaucoup plus à la fin ! Plus il y a de participants, plus je peux vous gâter dans les contreparties, et tout le monde est gagnant !

 Dans un prochain article, je vous expliquerai pourquoi j’ai choisi de publier mon livre en utilisant le crowdfunding, et non en passant par un éditeur traditionnel ! Puis je vous expliquerai ce qu’il y aura dedans, les chapitres inédits, les contreparties exclusives, tout ça tout ça ! Et dans 30 jours, on se retrouve sur la plateforme de crowdfunding ! Vous serez au rendez-vous ?!

 

Bonus

Intelligence, pleine conscience et haut potentiel : l’alchimie heureuse. Conférence de J. Siaud Facchin – 5 mars 2018

9 mars 2018

Intelligence, pleine conscience et haut potentiel : l’alchimie heureuse.

Conférence de Jeanne Siaud-Facchin, 5 mars 2018, Espace Reuilly. Organisée par les Rencontres Perspectives.

 

Lundi dernier, j’ai assisté à la conférence donnée par Jeanne Siaud-Facchin à l’Espace Reuilly, à Paris, dans le cadre des Rencontres Perspectives. J’étais de passage pour quelques jours, et quand j’ai vu le sujet de la conférence, j’ai décalé mon retour pour pouvoir y assister. La pleine conscience. Depuis quelques mois, j’en entends beaucoup parler, on me conseille de me pencher sur le sujet, j’ai écouté deux méditations de Christophe André sur YouTube dans le but de mieux gérer la douleur physique, lu différents articles, mais je ne savais pas “comment faire” ni vraiment “pourquoi”, et puis, quel rapport avec les zèbres ? Je ne savais pas non plus à quoi m’attendre lors de cette conférence. Et j’ai été très agréablement surprise, car c’était très POSITIF, et ça fait du bien ! (en témoigne le curseur de mon enthousiasme à la sortie de la conférence, ci-dessous, pas DU TOUT exagéré haha )

Jeanne Siaud-Facchin a commencé par un petit rappel sur l’intelligence et les spécificités des zèbres. On a beau connaître le sujet, cela fait du bien d’entendre que l’intelligence n’est pas seulement la capacité à réfléchir, et que l’on ne peut pas être intelligent sans émotions, sans ressentir. Cela fait du bien, aussi, d’entendre parler d’hyper-connectivité cérébrale, de rapidité de traitement des informations, de pensée en arborescence, d’hyperesthésie, d’hypersensibilité et d’empathie sous un angle plutôt positif. Sans nier les problèmes que ce fonctionnement peut provoquer, elle nous a rappelé que toutes ces caractéristiques construisent cette intensité de vivre et de ressentir, et nous donnent beaucoup de puissance et de possibilités. Et c’est justement là où la pleine conscience est intéressante, et importante. Pour canaliser cette puissance du mental.

Jeanne Siaud-Facchin nous rappelle que, zèbres ou non, nous sommes en permanence en train de faire des films dans nos têtes, de tout anticiper. On a l’impression que si on anticipe tout, alors on va tout maîtriser.

On anticipe, on se fait un film sur ce qui va se passer après, puis on rumine, on se refait le film à l’envers, en se demandant ce qui se serait passé si on avait fait les choses différemment. On pense plutôt que vivre. Alors qu’on devrait profiter du moment présent, on pense à ce qui s’est passé avant ou à ce qui se passera après. Je n’ai pas noté les statistiques qu’elle nous a données sur le temps que l’on passe dans notre tête, mais c’était saisissant. La méditation pleine conscience sert à ça. A se reconnecter avec l’instant présent, avec notre corps et nos sensations à l’instant t. Cet instant fragile que l’on ne connaîtra jamais si l’on n’en prend pas soin.

J’avais beaucoup de préjugés sur la méditation. Pas forcément négatifs, mais je pensais notamment que c’était une technique de relaxation, une façon de se vider l’esprit. J’étais d’ailleurs assez mal à l’aise lorsque la conférence a commencé par un moment de méditation, pieds posés à plat et yeux fermés. Persuadée qu’il s’agissait “simplement” de se relaxer, je refusais de me laisser aller et de fermer les yeux… Je ne suis visiblement pas la seule à avoir ces a priori, car une slide entière de la présentation était consacrée à ces préjugés !

Jeanne Siaud-Facchin explique justement que non, la méditation n’est pas là pour ne plus penser, pour se vider l’esprit, bien au contraire. Elle sert à observer le flot de pensées, elle permet de modifier la relation que l’on entretient avec elles, et demande un effort d’attention, un effort cognitif. Non, ce n’est pas non plus une technique de relaxation, une façon de se détendre ou d’être zen, bien que cela puisse être un effet bénéfique de la méditation. Et enfin, non, la méditation n’est pas un état mystique réservé aux moines bouddhistes ! Ce n’est pas un enfer qu’on s’impose, pas un exercice auquel on doit s’astreindre chaque jour à la même heure. C’est très libre en fait.

Sur l’effet de mode, elle répond simplement : “Oui, c’est à la mode, et alors ?”. Elle explique que le sport aussi, c’est devenu “à la mode” dans les années 1980, que des salles de sport se sont ouvertes un peu partout, et qu’aujourd’hui, c’est reconnu comme quelque chose de nécessaire pour être en bonne santé. Et ajoute, avec une pointe d’humour, que peut-être dans quelques années, notre médecin nous dira :

Comme quoi, ce n’est pas forcément une mauvaise chose, d’être “à la mode”.


Mais alors, c’est quoi, la méditation ?

Elle explique que la pleine conscience, c’est un état d’éveil, de présence. C’est faire l’expérience de sa présence. “Etre là”. C’est une autre façon de vivre, c’est s’entraîner à être vraiment là, dans le présent. Et je ne sais pas si vous avez déjà essayé, mais ça demande un sacré effort, de faire attention au moment présent !  La méditation pleine conscience permet de reconnecter son corps, son mental, et l’instant présent.

Pour les zèbres, pris dans le tumulte des pensées, qui captent tous les stimuli extérieurs et qui s’épuisent souvent à vouloir tout contrôler et sans cesse s’adapter, c’est donc un formidable outil. Alors qu’on cherche tous à mettre notre cerveau sur “pause” (ou OFF pour certains), et que bien souvent, nous avons testé beaucoup de stratagèmes pour ne plus penser, la pleine conscience nous permet, elle, de revenir à des sensations de présence quand on part un peu dans tous les sens. De condenser l’arborescence pour en faire une puissance, de nous relier aux sensations dans notre corps, de s’appuyer sur la force de nos émotions. De n’être ni hors de son corps, ni submergé par ses émotions, ni trop dans sa tête. De canaliser tout cela, de se reconnecter à son corps, à ses sensations, de retrouver le chemin vers nos ressources, de voir où l’on ressent nos émotions dans notre corps, de renouer avec notre intuition, de déployer pleinement notre créativité, de sentir à nouveau l’émerveillement devant de petites choses. Quand on part dans tous les sens, et souvent très loin, la pleine conscience nous permet de revenir, d’être ancré dans le moment présent.

Enfin, Jeanne Siaud-Facchin insiste sur le fait que non, la méditation n’est pas une solution à tous les problèmes ou une pilule à tout faire, mais un chemin à emprunter si l’on a cette curiosité là, car la pleine conscience ouvre le champ des possibles et nous permet de ressentir ce que l’on vit. Après avoir accepté qui l’on est, c’est important de s’y relier. “D’être là”

Je ne sais pas si j’ai réussi à bien vous résumer la conférence, j’espère ne pas avoir dit trop de bêtises (Jeanne Siaud-Facchin, si vous passez par là, n’hésitez pas à me corriger 🙂 ), et j’espère surtout avoir réussi à piquer un peu votre curiosité et à vous transmettre l’enthousiasme avec lequel je suis sortie de cette conférence. Avoir des solutions, des pistes, des choses à tester, ça m’a fait du bien. Je ne peux que vous encourager à assister à de futures conférences sur le sujet ou à lire son livre “Tout est là. Juste là” que j’ai lu dans le train sur le chemin du retour, et qui prolonge mon enthousiasme et cultive ma curiosité sur la pleine conscience (et non, je ne suis pas payée pour écrire ça !)

Pour assister à d’autres conférences, retrouvez le programme des Rencontres Perspectives sur leur site ici. Elles ne sont pas qu’à Paris 🙂 


Caractéristiques de zèbres

La harcèlement – partie 1

23 février 2018

Le harcèlement est un sujet non seulement très actuel, mais qui a en plus très souvent été abordé lors des témoignages que j’ai pu récolter. Plusieurs zèbres m’ont parlé de harcèlement vécu à l’école, dans leurs relations amoureuses, dans leur famille, ou au travail. Et beaucoup n’ont réalisé qu’après coup qu’il s’agissait de harcèlement, lorsqu’ils ont décidé d’y mettre fin, et se sont laissés faire beaucoup trop longtemps.

Il est facile de dire “mais pourquoi tu acceptes cette situation, mais pourquoi tu ne te défends pas, mais pourquoi tu restes, mais pourquoi tu ne te plains pas”. En fait, le harcèlement est quelque chose de beaucoup plus complexe, et il est très facile pour la personne harcelée de ne pas se rendre compte qu’elle est victime de harcèlement. De ne pas prendre conscience que ce qu’elle vit n’est pas normal, surtout si la personne en question est un enfant.

Alors je me suis penchée sur le sujet, pour essayer de comprendre puis de vous expliquer comment le harcèlement se met en place, pourquoi, comment ça fonctionne, est-ce que les zèbres sont plus touchés, comment faire pour s’en sortir, et donner des exemples concrets du harcèlement scolaire ou dans le milieu professionnel, afin que des gens puissent peut-être se dire “je vis la même chose” et mettre un mot dessus. Qu’ils puissent se rendre compte que ce n’est pas normal. Et réussir à sortir de la spirale.

 

Pour réaliser cette série d’articles, j’ai principalement utilisé des conférences données par Ariane BILHERAN, normalienne et docteure en psychologie clinique et psychopathologie. Les autres sources sont citées à la fin de l’article.

Partie 1 – QU’EST CE QUE LE HARCELEMENT, ET LE ZEBRE EST IL PLUS TOUCHE ?

Ariane Bilheran commence sa conférence sur le harcèlement par un rappel étymologique qui en dit long. “Harcèlement” viendrait de “herser”, utiliser la “herse”, c’est-à-dire, dans le registre agricole, couper tous les épis de blé qui dépassent. Harceler, c’est ça. C’est faire en sorte de couper ce qui dépasse, ce et ceux qui sortent du lot, qui sont différents.

Pour reprendre la définition d’Ariane Bilheran :

Le harcèlement vise la destruction progressive d’un individu ou d’un groupe par un autre individu ou groupe, au moyen de pressions réitérées destinées à obtenir de force de l’individu quelque chose contre son gré et, ce faisant, à susciter et entretenir chez l’individu un état de terreur”

Le harcèlement, c’est une violence qui se répète, des petites agressions qui s’enchaînent et durent longtemps, plusieurs mois voire plusieurs années, dans l’intention de nuire. Alors bien sûr, il est difficile de savoir quand différencier un conflit d’une situation de harcèlement, et il est difficile de se rendre compte de la violence du harcèlement au début. Car une remarque ou une insulte isolées ne sont jamais agréables à entendre mais ne paraissent pas forcément violentes. La personne insultée ne se rend pas forcément compte que c’est grave. En fait, ce qui fait la violence du harcèlement, c’est sa fréquence. Des insultes répétées, sur la durée. Des actes d’intimidation qui ne s’arrêtent plus.

Qu’il soit moral, physique ou sexuel, qu’il intervienne au travail, à l’école ou au sein même de la famille, le harcèlement suit toujours le même schéma et se fonde toujours sur le rejet de la différence. Tout et n’importe quoi peut faire l’objet de harcèlement. Tout le monde peut être pris pour cible de harcèlement. Ce n’est même pas tant la différence en elle-même qui dérange, c’est le fait d’être différent.

 

Mais concrètement, comment se présente t-il ?

 

Une situation de harcèlement se traduit par des discriminations, des menaces, des insultes, des remarques blessantes pour l’amour propre et répétées (tu es nulle, tu es moche, tu ne sers à rien, personne ne t’aime…), du harceleur à la personne harcelée.

Des intimidations, des humiliations (on vous oblige à faire quelque chose d’humiliant, souvent contraire à vos valeurs, devant un groupe, en vous menaçant de choses parfois très graves si vous ne vous soumettez pas)

Cela peut se traduire aussi par des rumeurs, par une suppression du matériel qui vous est nécessaire pour travailler et qui vous placera soit dans une incapacité (au travail) soit dans une situation où l’on considère que vous avez oublié vos affaires et vous serez puni (à l’école).

Par des demandes, comme du racket.


On n’y pense pas toujours, mais le harcèlement passe aussi par l’ignorance, l’omission, l’exclusion. Sans phrase blessante, sans un mot, on ne réagit simplement plus quand vous parlez, on ne vous répond plus, on ne vous invite plus. Ce sont des agressions détournées, mais tout aussi violentes. Et il est très difficile pour une personne extérieure de les remarquer, puisqu’il n’y a ni séquelle physique, ni preuve ou témoin.

Cet état de terreur décrit dans la définition fait qu’il est difficile pour le harcelé de se rendre vraiment compte de ce qu’il vit, d’oser en parler, voire de comprendre que ce n’est pas normal.
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Les rôles : harceleur, harcelé, et le groupe.

Le harceleur.

Dans chaque situation de harcèlement, il y a un harceleur. Une personne qui libère sa colère et sa violence sur la personne harcelée. Son but ? Déshumaniser la victime, la mener à l’auto-destruction psychique pour qu’elle continue à se maltraiter. Le harceleur va tellement lui répéter des propos dévalorisants ou humiliants à longueur de journée que le harcelé va finir par y croire, se demander ce qu’il a fait de mal, culpabiliser, ruminer. Le harceleur a gagné, c’est de l’auto-destruction.

Le harceleur a une dépendance affective, et veut qu’on le regarde en permanence, par la crainte. Il se sent souvent en danger par rapport à la personne harcelée, il a le sentiment d’être inférieur ou  moins compétent, bien qu’il ne le dise jamais évidemment, et va tout faire pour faire descendre la personne de son piédestal. Il veut qu’elle revienne au même niveau que tout le monde, que lui, voire plus bas. Il a une réelle emprise sur la personne harcelée, qu’il perçoit comme un instrument. Un outil. Lorsque la personne harcelée le craint, a peur de lui, fait ce qu’il dit, alors il a l’impression d’exister.

Le harcelé.

 

*C’est la même illustration, car le harcelé n’est pas forcément la personne fragile et le harceleur n’est pas forcément le bad boy que certains pourraient imaginer.

Le harcelé lui, a été désigné car il est différent, quelle que soit cette différence. Il subit des sévices répétés mais graduels, donc ne se rend pas forcément compte de la violence de ce qu’il vit. Souvent, il excuse au début l’agresseur, il banalise la situation, “ça va passer, je vais me défendre, c’est une dispute, une chamaillerie”, il minimise, et ressent même de l’empathie pour le harceleur, car il perçoit sa colère. Oui mais voilà, le harcèlement est sur la durée et l’intensité monte petit à petit. Alors le harcelé, qui pensait pouvoir faire face à la situation au départ, est vite emporté et s’épuise.

Les différents experts que j’ai lus et entendus mentionnent souvent la confusion des rôles. Le harceleur a une telle emprise qu’il réussit à faire porter la honte et la culpabilité de l’agression à la personne harcelée. Et réussit même parfois, lorsque le harcèlement est enfin dénoncé, à accuser la victime, car la personne harcelée, épuisée par cette violence qui dure dans le temps, réagit souvent de manière agressive envers elle-même et envers ses proches.

La personne harcelée est enfermée dans une prison psychique, épuisée, et dépendante. Elle attend que le harceleur lui donne l’autorisation pour partir. Il faut qu’une personne extérieure, vécue comme une figure d’autorité, lui fasse prendre conscience que ce qu’elle vit n’est pas normal, et l’autorise à se libérer.

Le groupe.

Une situation de harcèlement n’est pas binaire, il n’y a pas un gentil harcelé et un méchant harceleur. Il y a, surtout, un groupe. Des gens autour. S’il y a harcèlement, c’est qu’il y a probablement des gens qui ont laissé faire. Qui, passifs, ont assisté aux agressions sans réagir. Des responsables silencieux. Mais pourquoi ?

Pour plusieurs raisons. Parce que, déjà, nous avons une propension à nous soumettre à l’autorité, à perdre notre esprit critique en groupe. Pour peu que le harceleur exerce un pouvoir ou une autorité sur tout le groupe, la tendance à la soumission peut l’emporter sur l’éthique, la responsabilité individuelle (Stanley Milgram).

Ensuite, mine de rien, la personne harcelée permet au reste du groupe d’être plus lié. Elle est l’ennemi commun qui permet de rassembler les gens, notamment ceux qui auraient très bien pu être des cibles. Car tout le monde peut faire l’objet de harcèlement. Une personne témoin de harcèlement mais qui laisse faire peut se dire qu’il faut tout faire pour garder cette cible là, afin de ne pas risquer d’en devenir une elle-même. Alors, elle suit. Tout le monde se moque, alors on se moque avec les autres. On ne dit rien. On ne défend pas la personne harcelée. Pour être intégré au groupe, pour créer des liens, et pour ne pas, soi-même, devenir la cible de harcèlement.

Le zèbre est-il potentiellement plus sensible au harcèlement ?

Trop de zèbres souffrent de harcèlement. Y a-t-il alors un profil type de personnes harcelées qui correspondrait aux caractéristiques des zèbres ? Non, les experts semblent d’accord à ce sujet, il n’y a pas de profil type. N’importe qui peut être victime de harcèlement. Et n’importe quoi peut faire l’objet de harcèlement. Des milliers de personnes, adultes et enfants, vivent des situations de harcèlement moral. Et ils ne sont pas tous zèbres, loin de là. La douance n’est pas en cause. Un zèbre ne sera pas forcément harcelé, ce n’est pas une fatalité. Et une personne harcelée n’est pas forcément un zèbre. Mais il y a certaines caractéristiques, qui en fonction du vécu du zèbre (et du non-zèbre, d’ailleurs), peuvent effectivement le rendre plus vulnérable à des situations de harcèlement.  

La différence.

La victime est toujours prise pour cible en raison de sa différence, de son décalage par rapport à un groupe, qu’elle soit plus grande, plus petite, plus grosse, plus maigre, plus sensible, qu’elle pose plus de questions, qu’elle ait plus ou moins de copains, plus ou moins de frères et soeurs, une famille plus ou moins aisée, une couleur de cheveux plus ou moins répandue… Tout est sujet au harcèlement. Et le zèbre, lui, est conscience d’une différence qu’il ne peut pas expliquer. Il la ressent mais ne sait souvent pas mettre des mots dessus (si personne ne lui a expliqué son fonctionnement au préalable).

Alors, lorsqu’il est pris pour cible, il comprend que quelque chose ne va pas, il pense que c’est de sa faute, il essaye de se contrôler, de gommer cette différence qu’il ressent et qui fait qu’il est pris pour cible. Mais c’est impossible. Car il a été désigné à un moment donné, et c’est tout. Il n’a rien à se reprocher. Il n’a pas fait d’erreur. Ni de mal à qui que ce soit. Gommer cette différence ne changerait rien au harcèlement qu’il subit. Au contraire, gommer cette différence, qui est son propre fonctionnement, peut le rendre plus vulnérable.

Besoin d’être aimé.

On l’a vu à de nombreuses reprises dans les précédents articles, le zèbre a souvent un énorme besoin d’être aimé, il recherche sans cesse l’approbation des gens, et cela a un impact direct sur son estime de lui-même. C’est-à-dire qu’il peut avoir tendance à laisser les autres dire ce qu’il vaut, et c’est ce qui est dangereux dans le cas d’une situation de harcèlement.

Si le harceleur comprend cela, il en jouera forcément. Ce sera d’autant plus facile pour lui de dénigrer le zèbre harcelé.

Souvent bienveillants et altruistes, le zèbre peut même, par souci d’être aimé, se sacrifier et le revendiquer. Certains zèbres, lorsque je les ai interrogés, me disaient qu’ils étaient harcelés par tout un groupe, qu’ils laissaient faire car grâce à eux, tout le monde s’entendait bien. Ils étaient le ciment de ce groupe, et espéraient qu’un jour, le groupe les reconnaissent pour cela. Ce qui, bien entendu, n’est jamais arrivé.

Faux self et vide identitaire

S’ils sont confrontés à un environnement dans lequel leur différence est mal vécue, les zèbres apprennent tôt à se protéger et développent un faux self éloigné de leur vrai self. (cf article). Si ce faux self prend trop de place, cela crée un vide identitaire qui peut justement les rendre plus vulnérables aux harceleurs qui utilisent ce vide pour construire une identité, pour dire “mais si moi je sais pour toi”, et les rendre dépendants. Ce qui est profondément destructeur.

Idéalistes.

Bien souvent, les zèbres idéalisent les rapports humains, et ont du mal à intégrer le fait qu’une personne puisse être volontairement mauvaise. L’autre ne peut pas faire mal.

Lorsqu’ils sont confrontés à la méchanceté gratuite, à la violence gratuite, leur extra-lucidité semble prendre un coup. Ils sont désarmés, et se croient facilement coupable. Ce qui est exactement ce que souhaite le harceleur. Il pourra martyriser à souhait le zèbre, qui lui, pensera qu’il ne peut pas le faire exprès, qu’il y a forcément une raison, et que la raison est en lui. Alors il culpabilise. Et porte la responsabilité de l’agression.

En ayant en plus beaucoup d’empathie, de bienveillance et de sensibilité, les zèbres harcelés voient la détresse, la colère du harceleur. Son côté “victime”. Ils sont pris au piège de l’empathie.

Conséquences :

La réaction du harcelé, zèbre ou non, c’est donc une profonde honte de ce qui lui arrive, une culpabilité car il est persuadé que c’est de sa faute, du stress, de l’anxiété, une grave perte d’estime de soi à force de propos dénigrants qui mènent à l’auto-dépréciation, une perte des repères, et beaucoup de doutes.
Le harcèlement crée un traumatisme sévère chez le harcelé, avec des conséquences très graves, de la dépression au suicide. Il est tout le temps sous pression, tout le temps aux aguets, et met une énergie psychique considérable à essayer d’absorber ce stress permanent. Au bout d’un moment, évidemment, il s’épuise, il n’a plus assez de ressources pour faire face à cette situation, et il s’effondre psychologiquement. C’est à ce moment là qu’il pourrait se rendre compte de la violence de ce qu’il vit, mais il est si épuisé qu’il ne peut plus penser, plus se défendre, et plus sortir de la situation sans aide extérieure. Le harceleur est dans sa tête et lui répète sans cesse qu’il est nul, qu’il ne vaut rien.

Les personnes harcelées ont beaucoup de mal à parler de ce qu’elles vivent, et donc les personnes extérieures auront beaucoup de mal à repérer la gravité de la situation et à la dénoncer. Mais c’est possible. Il faut faire prendre conscience aux personnes harcelées que ce qu’elles vivent n’est pas normal.

Pour cela, mes deux prochains articles feront un focus sur le harcèlement scolaire puis le harcèlement au travail, et j’essaierai d’expliquer pourquoi la personne harcelée se tait, comment repérer une situation de harcèlement malgré le silence de l’enfant, et de donner des exemples concrets dans lesquels, peut-être, quelqu’un se retrouvera et comprendra que ce n’est pas normal. (Et après, on parlera des pervers narcissiques et manipulateurs !).

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Les sources de l’article :

Ariane Bilheran 

Milgram S., « Obedience to Authority : An Experimental View »], Calmann-Lévy, 2e éd., 270 p.

Une psy à la maison

Si vous êtes en situation de harcèlement (notamment scolaire) :

N° vert « non au harcèlement » : 3020

Si c’est sur internet :

N° vert « net écoute » : 0800 200 000

Enfin, une association a été créée pour lutter contre le harcèlement scolaire, nous en parlerons dans un futur article (son fondateur est un zèbre) mais voici le lien vers la page Facebook ainsi que le lien d’adhésion.