Vie de Zèbre

Chapitre 13/2 – la peur de l’échec

21 février 2017

A la fin de la première partie sur la peur de l’échec, nous nous posions cette question :

Et si on changeait d’attitude face à l’échec ? Si on arrêtait de stigmatiser nos erreurs ?

 

Attention, je ne parle pas de toutes les erreurs. Il faut bien évidemment distinguer avant toute chose les erreurs à sanctionner (un comportement irrespectueux, une atteinte à la liberté d’autrui ou une atteinte physique par exemple), des erreurs d’apprentissage, à corriger. Celles qui font que l’on a tenté quelque chose mais que l’on n’a pas eu le résultat escompté pour diverses raisons. Ce sont ces “échecs” qui méritent que l’on s’arrête dessus, que l’on réfléchisse, et qui nous permettent de nous améliorer. Il faut bien différencier corriger et sanctionner.

 

L’échec, c’est d’abord une question de point de vue. Une question de mentalité. Si en France on stigmatise l’échec, ce n’est heureusement pas le cas partout. Se pencher sur les autres façons de considérer ses erreurs peut permettre au zèbre de prendre du recul.


Dans la mentalité anglo saxonne par exemple, échouer, c’est apprendre. Echouer, c’est expérimenter. Bien loin d’être considéré comme l’ennemi de la réussite, l’échec est au contraire un passage obligé vers la réussite. Tous les grands leaders le disent aujourd’hui. S’ils ont pu devenir leaders, c’est justement parce qu’ils ont réussi à surmonter les obstacles, appris de leurs erreurs et persévéré. C’est en prenant des risques, en entreprenant, en tombant puis en se relevant qu’ils ont pu accéder au chemin de la réussite.

La réussite est bâtie sur des échecs.

La société ne reconnaît pas seulement les brillants résultats de leur entreprise aujourd’hui ou leur formidable innovation technologique, elle reconnaît également leur parcours et leur persévérance. On ne demande pas à tout le monde d’être un grand leader, mais peut-être que si nous pensions comme cela, nous aussi, nous serions moins bloqués par la peur de l’échec. Car derrière nos peurs, il y a nos envies et nos rêves.

Un résultat, ça se change. Ca évolue. Un rêve, en général, reste, lui, bien ancré dans notre tête, tant qu’il n’est pas réalisé.

La réussite finalement, c’est se donner les moyens de faire ce qui nous plaît. De réaliser nos envies. Pas se soumettre à un travail qui ne nous épanouit pas totalement sous prétexte qu’il est stable, bien rémunéré, conforme aux attentes de la société ou de l’entourage, en adéquation avec ce que l’on a fait “avant”, ou valorisé socialement. Si on ne travaille que ce que l’on sait faire, on ne progresse pas. On s’éteint. Réussir, c’est donner le maximum de ses capacités, prendre du recul, analyser ce qui doit être amélioré, persévérer. Entreprendre au risque de se tromper, c’est une occasion unique d’apprendre. Pour le zèbre qui a une curiosité insatiable et soif d’apprendre, ça peut justement être un moyen de lui faire comprendre qu’il faut oser, et faire des efforts.

Note : il est essentiel de prendre des risques, mais il faut évidemment les mesurer ! Mon but n’est pas de vous pousser à prendre des risques inconsidérés, mais de vous faire réfléchir à un équilibre entre vos envies et le prix à payer.

 

L’échec est loin d’être le résultat d’un manque d’intelligence ou d’un manque d’attention comme on le voyait dans la première partie de ce chapitre. Il est plutôt le signe d’un manque d’expérience. Et un manque d’expérience se comble facilement par la motivation, l’effort, la persévérance.

Tout ceci est assez théorique, j’en conviens. Changer de mentalité, en théorie, cela résoudrait notre blocage. Mais c’est facile à dire. En pratique, on ne change pas du jour au lendemain. Moi-même, je me suis lancée dans plusieurs projets. Et si mes amis américains me motivent en valorisant ma volonté, le courage d’oser et en me disant que réussir, c’est ça, la mentalité française est tout de même bien ancrée en moi et m’empêche souvent d’avancer.

(aucun cliché dans l’illustration à suivre… non non 😉 )

Je remets constamment en question mon choix et je me bloque toute seule. Mais au moins, lorsqu’on en prend conscience, lorsqu’on met le doigt sur ce qui nous bloque, ça crée une porte de sortie. Une porte qui va vers la réussite.

°

 

Certes, si on essaye de changer de mentalité et que l’on arrive à se convaincre que faire des erreurs, rater, c’est expérimenter et apprendre, on a plus de chances de réussir à surmonter cette peur de l’échec.
Mais il n’y a pas que cela qui bloque le zèbre. Souvent, l’hypersensibilité du zèbre fait qu’il a tendance a tout prendre très fort et surtout de manière très personnelle, ce qui rend très difficile pour lui la distinction entre l’échec d’un de ses projets ou d’un devoir, et l’échec de sa personne. Un résultat ne définit personne. Un individu qui se trompe et rate son objectif n’est pas un raté.

°

 

Si l’hypersensibilité des zèbres accentue le risque de blocage lié à la peur de l’échec, ils disposent en revanche, par leurs caractéristiques intrinsèques, d’atouts indéniables pour réussir dans la vie. Ils ne s’en sont pas forcément rendu compte car ce sont ces mêmes qualités qui font que souvent, ils échouent à l’école.

En effet, la curiosité du zèbre est souvent récompensée en classe par un “hors sujet” sur ses copies. Avide de savoir dans les matières qui l’intéressent, le zèbre s’est informé davantage et répond au sujet en incluant ce qu’il a appris par ses recherches personnelles au lieu de se contenter de l’information dans ses cours.

Sa passion, elle, se matérialise par un intérêt très fort pour certaines matières, et un désintérêt tout aussi fort pour d’autres. Il travaille ce qui l’intéresse. Ce qui est rarement source de bonnes appréciations.

Enfin, le zèbre est créatif. Innovant. Mais on ne nous demande pas de répondre avec originalité dans un devoir, on vérifie nos connaissances. Il faut savoir restituer.

Pourtant, curiosité, passion et créativité sont de sacrés trésors à préserver.

Car une fois arrivé à l’âge adulte, il faut être passionné par ce que l’on fait pour en tirer satisfaction et exceller, il faut être curieux, chercher et ne jamais se contenter de ce qu’on nous demande pour avancer dans notre vie professionnelle, et on nous répète constamment qu’il faut être créatif.

Alors il faut que les zèbres prennent bien soin de ces qualités qu’ils ont la chance d’avoir, et qu’ils ne laissent pas le système les brider. D’où l’importance d’essayer de changer de vision face à l’échec. 

°

On ne pourra pas changer le monde ni le système en un article de blog, mais si on prend conscience de sa peur de l’échec, de sa cause, de son ampleur, de ses impacts sur ses choix personnels, de l’impact dans notre jugement des autres, et que l’on arrive à percevoir l’échec autrement, alors c’est bénéfique. C’est en essayant, en faisant des efforts que l’on est respecté et que l’on peut être fier.

 

A retenir :

° Il faut changer de vision sur l’échec. Pour soi et pour les autres. Dans sa vie personnelle et dans sa vie professionnelle.

° Echouer, c’est expérimenter.

° Les réussites sont bâties sur des échecs.

° Rater quelque chose ne veut pas dire être raté.

° Curiosité, passion et créativité sont réprimées dans le système scolaire mais indispensables dans la vie 🙂

PS : lorsque je critique le système scolaire, je tiens à préciser que je ne critique pas tous les enseignants 🙂 En réalité, je reçois beaucoup de messages d’enseignants qui lisent mes articles, s’intéressent au sujet et voudraient  justement changer les choses, et prendre en considération les besoins spécifiques des enfants précoces (et des autres évidemment) qui se trouvent en difficulté (ils ne le sont pas tous). Malheureusement, ce même système leur met des bâtons dans les roues.


Vie de Zèbre

Chapitre 13/1 – la peur de l’échec

15 janvier 2017

Ah, la peur de l’échec…

Vous savez, celle qui nous casse dans notre élan, nous paralyse et nous empêche d’avancer. La peur de se tromper. D’échouer.

C’est une des peurs les plus répandues dans la population française, que l’on traîne souvent depuis très très longtemps puisqu’elle nous est transmise dès les premiers jours d’école, si ce n’est avant.

L’hypersensibilité du zèbre, son observation et sa lucidité impitoyable accroissent cette peur qui devient alors maladive et handicapante. Mais pourquoi réagit-on ainsi face à l’échec ?

 

Depuis nos premiers jours d’école, le mot « erreur » est omniprésent dans le discours des professeurs. Il ne faut surtout pas se tromper. Se tromper sera même sanctionné. Mais pourquoi ?

chapitre 13 - 1

Parce que dans le système actuel, à l’école, en entreprise, en société, faire une erreur sous-entend quelque chose de négatif. On n’a pas le droit à l’erreur.

Dans notre société actuelle, on stigmatise même l’échec. Celui qui loupe son examen, celui qui crée une boîte qui ne fonctionne pas aussi bien que ce qu’il avait imaginé, celui qui tente quelque chose d’infructueux, on dit qu’il a échoué, et la société le considère souvent comme un minable, un perdant, un loser. Echouer est alors synonyme de quelque chose de terrible. D’humiliant. De destructeur.


 

Une personne qui a échoué va être marquée pour très longtemps, et son ou ses échecs vont avoir un impact considérable dans ses choix futurs. Si l’impact pourrait et devrait être positif (on verra ça dans la deuxième partie du chapitre, en ligne prochainement), il est malheureusement souvent négatif. La stigmatisation de l’échec handicape.

A l’école, faire une erreur est souvent interprété comme un manque de travail. Si l’enfant se trompe, c’est forcément qu’il n’a pas assez travaillé sa leçon. Ou bien qu’il n’a pas fait attention en complétant l’exercice. Parfois même, certains l’interprètent comme un manque d’intelligence. Si l’enfant se trompe, il faut le sanctionner, le punir, pour l’empêcher de recommencer.

chapitre 13 - 5
Manque de travail, manque d’attention, manque d’intelligence… Cette notion de « manque » résonne dans la tête d’un enfant ou d’un zèbre adulte comme un synonyme d’infériorité. Si on fait une erreur, c’est que l’on est inférieur aux autres, à ceux qui ont répondu correctement. Si on fait une erreur, on risque la réprobation des enseignants, des collègues, des supérieurs hiérarchiques.


Quoi de pire pour un zèbre qui passe son temps à chercher l’approbation et l’affection ?

Alors, il en déduira qu’il est interdit de se tromper, qu’il faut toujours avoir la bonne réponse. Et que s’il ne l’a pas, il décevra son entourage.

chapitre 13 - 6

*

*

Justement, lorsque le zèbre a une peur maladive de l’échec, de quoi a t-il peur réellement ? N’a t-il pas plutôt peur de décevoir ?

Echouer, en soi, ce n’est pas si terrifiant. Ce qui nous fait peur est bien plus abstrait et complexe.

Pour le zèbre hypersensible et sans cesse en quête d’amour (car l’amour, c’est la sécurité), la peur de l’échec, c’est la peur de ne pas satisfaire. Ne pas satisfaire ses parents, son entourage, ses professeurs. Il est persuadé que s’il se trompe, il décevra son entourage, qui, bien évidemment, ne l’aimera plus. (Logique de zèbre).

C’est la peur de ne plus être aimé.

C’est la peur de la honte. Honte de ne pas être ce que (l’on pense que) les autres attendent de nous.




C’est aussi la peur du jugement. Celui que les gens porteront sur notre erreur. Et celle que nous-mêmes porterons sur notre erreur. S’il se trompe, le zèbre se trouvera lamentable.

Parfois, pour les zèbres adultes, c’est également la peur de réussir. La peur de ne pas pouvoir faire face aux responsabilités ou à la demande.

 

On se doute bien que toutes ces peurs vont avoir un impact sur la personnalité, la réaction ou les pensées du zèbre.

*

*

Quelles sont donc les conséquences de cette stigmatisation de l’échec ?

Là, je crois qu’on peut en faire une liste, car les énumérer dans un même paragraphe serait très indigeste.

 

  1. L’une des principales conséquences de la peur de l’échec, c’est la dévalorisation. La stigmatisation de l’échec a un impact énorme sur l’estime de soi. Une mauvaise note sera très mal vécue par l’enfant zèbre, et une correction peut être très mal vécue par l’adulte zèbre au travail. Le zèbre retiendra que se tromper, c’est être idiot, et sera persuadé d’être un incapable. Il doutera de ses capacités.

Parfois, pour combler ce manque de confiance, les zèbres vont à l’inverse se comporter comme s’ils étaient très sûrs d’eux. En apparence.

  1. L’anxiété générée par la peur maladive de l’échec chez le zèbre crée souvent un blocage intellectuel qui met l’enfant en difficulté, et le conforte dans son ressenti d’échec.



  1. Le manque d’autonomie. Les enfants (tous, pas que les zèbres), n’apprennent pas à travailler pour eux-mêmes à l’école. Ils apprennent à travailler pour atteindre les objectifs fixés par les professeurs. En entreprise comme à l’école, c’est une figure d’autorité qui leur dira s’ils ont « réussi ». Ils travaillent pour validation, pour ne pas décevoir. Ce qui n’est pas du tout un comportement autonome.



  1. Pas étonnant donc qu’ils manquent de persévérance, s’ils ont perdu le sens de ce qu’ils font ! Les zèbres ont un besoin existentiel de sens, comme on l’a vu dans un précédent chapitre, alors s’ils ne savent pas pourquoi on leur demande de faire quelque chose en particulier, il y a de grandes chances pour qu’ils pensent que ça ne vaut pas la peine d’insister. Le risque d’échec est trop élevé.



  1. Par peur d’échouer, on procrastine. Et on n’entreprend plus. A trop s’attarder sur ses erreurs, le zèbre renonce, pense que ça ne vaut pas la peine d’insister. Il préfère ne plus prendre le risque de décevoir ou d’être lui-même déçu. Adulte, il a peur d’entreprendre. Devant la peur de l’erreur, il refuse de prendre des risques ou tenter de nouvelles expériences. Pourtant, la satisfaction qui découlerait de la prise de risque serait nettement plus élevée… C’est dommage.



  1. Certains zèbres réagiront à cette peur de l’échec en devenant perfectionnistes. Plus que du simple perfectionnisme, on parle même de perfectionnisme obsessionnel ou excessif. Pour être certain de ne pas se retrouver en situation d’échec, le zèbre fera en sorte d’être le premier partout, tout le temps, de tout faire parfaitement. Son niveau d’exigence est considérable.



  1. Trouver une excuse pour rater. Parfois, le zèbre préfère même ne pas travailler pour ne pas risquer d’échouer. De cette manière, il saura expliquer son échec, il aura fait exprès.



Lorsque notre niveau de peur est très très haut, on vise la perfection pour se rassurer. C’est parfait, ou c’est pas la peine. Si on a peur de l’échec, on ne veut faire que ce que l’on connait, ce que l’on maîtrise, car on a beaucoup moins de chances de se tromper. Mais croyez vous vraiment que la réussite est là ?


Non. L’échec est là. L’échec, c’est ça.

C’est ne pas passer à l’action. De rester dans la routine. De ne pas essayer. De ne pas créer. De craindre.

Le seul moyen d’échouer, c’est donc de le décider soi-même.

chapitre 13 - 19Et si on changeait d’attitude, alors, face à l’échec ? Si on arrêtait de stigmatiser nos erreurs ?

Mais ça, on en parlera la prochaine fois !

Vous avez lu la partie négative, maintenant, place à la partie positive, celle qui normalement vous remotive et essaye de donner quelques petites clés pour dépasser ces blocages !

A bientôt 🙂

 

Vie de Zèbre

M6 – Quand les enfants précoces deviennent adultes.

28 décembre 2016

Le lien du replay de l’émission sur les enfants précoces devenus adultes est maintenant disponible ! (cliquez sur ma phrase pour accéder au reportage)

Et contrairement à celle sur les enfants qui présentait des bêtes de foire en compétition, celle ci est plutôt bien faite (et pas classée en « divertissement » d’ailleurs).

On y parle d’hypersensibilité, de la difficulté à travailler dans une entreprise en tant que salarié, de relations amoureuses, de projets, de doutes, de parcours en zigzag, de très bons élèves et d’élèves en échec scolaire, de stimulations, de confiance en soi, de courage, d’acceptation, d’envie, d’épanouissement.

Il y a même des interventions de Jeanne Siaud-Facchin.

Malgré quelques petites phrases sur lesquelles j’ai tiqué, c’est un reportage intéressant dans lequel je me suis enfin retrouvée. 

 

 

Illustrations

A l’attention des équipes M6

24 décembre 2016

ceci-nest-pas-un-enfant-precoce

A l’attention d’M6.

Chaque jour, des parents d’enfants précoces se battent contre les préjugés, se battent pour faire comprendre et accepter la différence de leur enfant aux gens qui les entourent et à l’enfant lui-même, chaque jour ils lisent, se renseignent, cherchent comment aider leur enfant, comment faire en sorte que lui aussi soit épanoui, intégré, comment le rendre heureux.

Récemment, grâce aux livres de très bons psychologues qui ont longtemps étudié la question, ils ont commencé à trouver des réponses et espéré que le reste du monde les comprendraient mieux, maintenant. Ou qu’à défaut de comprendre, ils accepteraient.

Mais ça, c’était sans compter votre émission,  « Les Petits Génies, à la découverte des enfants précoces ». Une émission qui confond génie, prodige et enfant précoce. Une émission qui exhibe des gosses à la télé dans un concours de connaissances, en promettant le titre orgueilleux de « Petit Génie 2016 » (et même de l’ARGENT à la clef…). Une émission qui montre au grand public qu’un enfant précoce ne s’amuse qu’en faisant des rubiks cubes ou du scrabble toute la journée, sait répondre à toutes les questions de culture générale qu’on lui pose, connaît toutes les décimales de pi, et a parfois des notes moyennes à l’école, 18 ou 19 par exemple. Une émission qui montre des enfants poussés par leurs parents pour « réussir ». Une émission qui montre que « réussir » c’est répondre correctement à des questions. Une émission qui traite les enfants comme des bêtes de foire pour faire du show.

Etre un enfant précoce, ce n’est pas ça. Ce n’est pas une question de performance scolaire et d’intelligence rationnelle. C’est fonctionner différemment. Penser différemment. Réagir différemment. Pas mieux. Pas plus. Juste différemment.

Vous ne montrez aucun enfant dyslexique, aucun enfant en difficulté. Vous n’avez prononcé le mot « hypersensibilité » qu’après plus de 2h30 d’émission. C’est pourtant l’une des caractéristiques fondamentales de l’enfant précoce.

Vous ne vous rendez pas compte de la souffrance que vous provoquez par la diffusion de cette émission.


J’ai de la peine pour les enfants précoces, pas les prodiges, non, les enfants précoces, qui souffrent de leur différence et du regard des gens, et qui souffriront encore plus de l’image « intello » véhiculée par votre émission.

J’ai de la peine pour ces enfants précoces qui commençaient tout juste à comprendre leur fonctionnement et aller de l’avant, mais qui ne se retrouveront évidemment pas dans votre émission et douteront d’eux mêmes.


J’ai de la peine pour les parents d’enfants précoces en difficulté qui se retrouvent souvent confrontés aux remarques désobligeantes des professeurs qui ne croient pas qu’un enfant puisse être précoce s’il n’a pas 19 de moyenne. Ces professeurs seront vraisemblablement confortés dans leur opinion après avoir vu 20 enfants faire du calcul mental à la télévision.


J’ai de la peine pour les parents d’enfants précoces à qui l’on reproche de sur-entraîner leurs enfants alors qu’ils n’ont fait que satisfaire leur curiosité.

Et enfin, j’ai de la peine pour certains enfants prodiges que vous avez montrés et qui sont réellement poussés par leurs parents. J’ai de la peine pour ces enfants à qui l’on met une pression insoutenable. J’ai de la peine pour ces enfants à qui l’on dit « tu n’es pas assez sérieuse, il faut travailler » parce qu’ils n’ont pas obtenu le résultat espéré par les parents. J’ai de la peine pour ces enfants que l’on empêche d’être des enfants.

Mais j’ai de l’admiration pour certains parents vus lors de l’émission et qui ont compris que l’affection et l’amour étaient plus importants, qui valorisent les efforts de leurs enfants à passer devant un public, qui sont perdus face à leurs sollicitations mais répondent avec une grande simplicité, honnêteté, beaucoup d’amour et de fierté. Et qui les laissent jouer.

Ce n’était pourtant pas si difficile, M6, de parler correctement des personnes surdouées, vous avez même presque réussi à le faire dans l’émission qui suivait sur les adultes. Vous avez même eu la chance d’avoir de bons intervenants et psychologues. Alors pourquoi si peu respecter les enfants ?

X

x

x

x

x

x

x

Vu/Entendu dans l’émission :

« Elle vaut mieux que 4 points ». Ou comment une mère calcule la valeur de son enfant sur l’étendue de ses connaissances.

« Pas sérieuse » « Pas attentive » « Tu n’as pas assez travaillé ». Ou comment faire culpabiliser son enfant pour avoir mal répondu à une question d’un concours sans intérêt pour l’enfant.

« Oui je crois que je suis un petit génie. Je suis premier partout, et je pense être premier au concours ». Ou comment être déjà imbu de sa personne à 9 ans (c’est pas sa faute hein, mais celle de ses parents peut-être ? )

« Il faut que je repasse le test pour avoir plus qu’Einstein ». 

 

Vie de Zèbre

Chapitre 12 – les interactions sociales

21 novembre 2016

Les relations sociales sont essentielles dans la vie de chaque individu, mais encore plus dans la vie du zèbre pour qui l’approbation de l’entourage est très importante.

Pourtant, avoir des relations sociales saines et épanouissantes peut être difficile pour certains, et notamment pour les zèbres.

Leurs caractéristiques que l’on a évoquées dans les chapitres précédents peuvent créer un décalage et, de ce fait, des barrières à l’intégration.


Cela se manifeste de différentes manières, dont voici les principales :

*

*

Le rejet.

Dès l’enfance, même s’il ne sait pas l’expliquer ou mettre un mot dessus, son décalage est réel et passe rarement inaperçu. Ses réactions peu communes font rire, ses centres d’intérêt divergents sont souvent sujets aux moqueries. Dans la cour d’école comme au travail plus tard, la moindre particularité va faire dire aux gens « il/elle est bizarre ». Face aux normes d’un groupe, le décalage du zèbre peut conduire au rejet.

Considéré comme le vilain petit canard, il est au mieux isolé, au pire un bouc émissaire, et subit humiliations et exclusion, sans comprendre pourquoi. Et lorsque l’on ne comprend pas la raison d’un tel rejet, quoi de plus simple que de penser que c’est de notre faute ?

*

*

S’exclure soi-même.

Le risque de s’exclure soi même est également fréquent chez les zèbres, pour deux raisons.

Parfois, pour combler l’ennui du quotidien, on s’imagine une autre vie. Je pense que tout le monde a fait ça à un moment donné, en décrochant lors d’un repas ennuyeux ou d’une réunion sans intérêt. C’est normal. Mais chez certains zèbres, c’est très (trop) fréquent. Ils s’ennuient tellement qu’ils développent un monde imaginaire, plus intéressant, plus drôle, avec des relations plus justes, plus entières, plus satisfaisantes. Je l’ai fait toute mon enfance, et je le fais encore. Ca me sauve fréquemment, mais le risque est de le faire si souvent que l’on finit par s’exclure soi même inconsciemment.

chap-12-3

Enfin, le zèbre peut également s’isoler par manque de confiance. Il est courant qu’il s’accorde peu de valeur, n’ose pas s’affirmer par honte d’avoir tort, de dire quelque chose d’incorrect, d’imparfait ou par peur du conflit. Il reste alors discret et participe peu aux conversations, surtout au sein d’un groupe. Pourtant, il aurait beaucoup de choses intéressantes à partager. Mais en raison d’une faible estime de soi, il va préférer rester en retrait, s’exclure à nouveau du groupe.

*

*

Le caméléon.

Parfois, tout va bien. Enfin, en apparence. L’entourage qui a lu deux ou trois livres sur l’enfant précoce et a retenu qu’un enfant précoce est exclu dira « il a des amis, il ne doit pas être surdoué finalement ». Et pourtant.

Certains zèbres ont une capacité de « caméléon » particulièrement impressionnante. C’est à dire que pour être aimés (on en revient toujours là… ), ils vont s’adapter à leurs interlocuteurs. Leur lucidité et leurs capacités d’analyse vont leur permettre de mettre en avant une facette de leur personnalité qui correspond plus ou moins à leur interlocuteur, ou de faire semblant (le retour du faux self 🙂 ). Pourtant, malgré une vie sociale saine en apparence et même lorsqu’il est avec d’autres, le zèbre peut se sentir terriblement seul car il n’est pas vraiment lui-même, pas sincère. Il y a un vrai décalage entre ce qu’il sait qu’il est et l’image qu’il renvoie volontairement aux autres. Il fait semblant, et la façade qu’il se crée pour plaire peut engendrer une très grande frustration. Car même bien entouré, le zèbre aura souvent l’impression que finalement, personne ne le connait réellement, car personne ne peut le comprendre.

*
*

Et parfois, quand même, tout va bien !

Bon, ce n’est pas très rigolo tout ça ! Est-ce que le zèbre est condamné à avoir du mal à gérer ses interactions sociales ? Non !

Soyons un peu positif, ça peut aussi très bien se passer, on peut être zèbre et avoir des relations saines et sincères avec les gens ! Mais ça, c’est surtout quand on sait qui l’on est, quand on a compris comment on fonctionne, de quoi on a besoin, que l’on s’assume. Et éventuellement, dans le meilleur des cas, que l’on a réussi à diriger sa vie pour être avec des gens qui nous correspondent, avec qui on se sent bien et avec qui on ose être soi-même.

D’où l’importance de prendre conscience de sa différence, et d’être aidé(es) par des professionnels pour que la différence devienne une singularité.

PS : On lit souvent que le zèbre est solitaire. Je ne sais pas si c’est le cas de la majorité, mais c’est assez vrai pour beaucoup. En revanche, il ne faut pas confondre solitaire et solitude. On peut avoir besoin d’être seul(e) tout en ayant de vrais amis. Et sans souffrir de solitude.

Illustrations Vie de Zèbre

Chapitre 11 – le faux-self

15 octobre 2016

* La notion de Faux-Self*

La personnalité de camouflage, comme je l’appelle, a en réalité été définie par le pédiatre et psychanalyste Winnicott par les mots « faux-self » et personnalité « comme si » (ce sont deux concepts différents).

Pour lui, il y a chez chacun d’entre nous un vrai-self et un faux-self.

Le vrai-self est ce qu’il y a d’authentique chez nous, lorsque l’individu a confiance en lui et en son environnement. Lorsqu’il laisse libre cours à sa spontanéité et n’est pas dans le contrôle de lui-même.

A l’inverse, le faux-self est ce que les gens perçoivent de l’extérieur, ce qui découle de notre éducation. C’est une personnalité contrôlée, qui permet de s’adapter à l’environnement.

Nous avons chacun un vrai-self et un faux-self, en revanche la relation entre les deux est très différente selon les gens.

La relation vrai-faux-self la plus saine, c’est lorsque le faux-self permet à la personne de s’exprimer en société en respectant les conventions, en se contrôlant un minimum, mais qui laisse le vrai-self s’exprimer dès lors que l’individu en exprime le besoin.

En quelques sortes, le faux self protège le vrai self d’un environnement potentiellement nocif ou exigeant.

Parfois, en raison d’un environnement familial compliqué, d’une enfance malheureuse ou d’un contexte peu favorable au développement de l’enfant, le self n’a pas pu se construire. Il est défaillant. C’est dans ce cas là que la personnalité « comme si » prend le relai. Pour lutter contre le vide laissé par l’absence de self solide, et contre l’angoisse qui l’accompagne, une personnalité de substitution va faire comme s’il y avait un vrai et un faux self, comme si tout était normal. Comme si le faux self était là pour protéger le vrai self d’un environnement nocif. 

a

* Le faux-self chez les zèbres *

Le problème, c’est que les zèbres perçoivent souvent un environnement menaçant et se sentent en permanence obligés de protéger leur vrai-self, en utilisant un faux-self.

C’est pour eux un mécanisme de défense.

Ils ne se sentent pas à leur place, ont peur de la réaction des gens car ils pensent que l’on attend d’eux quelque chose de spécial (ce qui est rarement le cas en fait, mais les zèbres réfléchissent beaucoup trop) et savent que leur vraie personnalité ne correspond pas à ces attentes.

Ils trouvent trop risqué de montrer cette vraie personnalité.

L’entourage, lui, s’il ne comprend pas très bien la différence du zèbre, va lui demander de faire des efforts pour s’adapter à ce monde dans lequel il ne se retrouve pas.

Les zèbres vont donc chercher, en utilisant un faux-self, à devenir conformistes, à adopter le comportement qui va plaire aux autres (selon eux!), et à satisfaire leur entourage et les gens en général.

Pourquoi ? Parce que rappelez-vous, tout ce qu’ils font, ils le font pour satisfaire leur besoin vital d’être aimés.

Par peur d’être rejetés. Seuls. Abandonnés. Incompris.

Quitte à changer leur comportement pour être désirable aux yeux des autres, et ainsi se sentir en sécurité.

Quitte à se concentrer sur les attentes extérieures en oubliant leur propre personnalité.

Ils font comme si tout allait bien.

Comme s’ils étaient très à l’aise dans cet environnement.

Comme s’ils avaient confiance en eux.

Grâce à ce faux-self, ils s’intègrent à la norme, paraissent rentrer dans le moule. Ils s’adaptent.

Ce faux self correspond à ce que la société, leurs professeurs et leurs parents veulent qu’ils soient.

Mais pas à ce qu’ils sont vraiment.

Sont-ils alors vraiment heureux ?

a

a

* Les dangers *

Tant que leur vrai-faux-self est relativement équilibré et leur permet de préserver leur personnalité et leur spontanéité sans l’écraser, tout va bien.

chap11-8

En revanche, le danger, c’est lorsque le faux-self phagocyte le vrai-self. (ou, comme vu plus haut, qu’une personnalité de substitution a pris la place d’un self défaillant)

chap11-7

Le zèbre est tellement persuadé qu’il ne peut pas être lui même que son faux self prend trop de place et étouffe son vrai self. Petit à petit, le camouflage devient inconscient. C’est beaucoup plus profond. Le comportement du zèbre s’est modifié.

Son vrai self est devenu inaccessible.

chap11-9

Pourtant, son faux self peut susciter l’admiration. Il a réussi à s’adapter, il est très entouré, très sociable, peut-être même brillant. Le vrai-self se sentira alors de plus en plus mis à l’écart.

A trop essayer de plaire aux autres, à trop vouloir gommer la différence, on s’interdit inconsciemment d’être soi-même.

Dans ce cas extrême mais tout de même assez fréquent, il arrive toujours un moment où le zèbre n’arrive plus à faire face à ce contrôle permanent de lui même. Il paraîtra coupé de sa personnalité, de ses sentiments réels, vide.

Il est en souffrance, mais ne peut pas l’exprimer car tout est sous contrôle.

Alors, sa souffrance trouve un autre moyen d’expression. Le déni de ses émotions mènera malheureusement à la somatisation, l’angoisse, la honte, la dépression, la culpabilité, l’hyper-réactivité, la susceptibilité, l’absence, la colère (envers soi-même souvent), l’agressivité même parfois, mais bien souvent la solitude. (Et ça tombe bien, c’est le sujet du prochain article 🙂 )

A

A

***

 

PS : il est important de se rendre compte que cet équilibre vrai-faux-self est essentiel. Et que si une grande partie des zèbres va avoir tendance à un moment donné à sur-développer leur faux self, ce n’est pas éternel, les choses peuvent (et doivent) changer. Il faut simplement s’en rendre compte pour travailler dessus ensuite et veiller à ne pas s’oublier soi-même.

Vie de Zèbre

Chapitre 10 – extra-lucidité

11 septembre 2016

On l’a vu dans les articles précédents, et l’entourage des zèbres le vit chaque jour, les enfants (et adultes) surdoués posent beaucoup de questions et cherchent à comprendre TOUT ce qu’il se passe autour d’eux. Ils analysent constamment le moindre détail de leur environnement.

En plus de cela, leur hypersensibilité leur permet d’absorber et de ressentir toutes les émotions qui les entourent, aussi imperceptibles soient elles pour le commun des mortels.

Alors quand on cumule analyse constante de son environnement et hyperréceptivité émotionnelle, on arrive à un niveau de lucidité de ce qui nous entoure très très élevé, et qui peut se révéler douloureux.

On l’appelle d’ailleurs extra lucidité.

Si l’extralucidité permet au zèbre d’être conscient de ce qu’il se passe autour de lui et d’avoir une vision des choses peu commune, elle est également une source de fragilité.

Il s’inquiète, il anticipe le pire, il a conscience de tous les dangers.

*

Note : Bon, le dessin est un peu exagéré, mais j’ai longtemps cru que j’étais toute seule à penser ça en allant au théâtre ou au cinéma, et que ça s’appelait « être parano » 😉 Et en fait pas du tout ! D’ailleurs, un patient de Jeanne Siaud-Facchin raconte quasiment la même chose dans son livre que je vous encourage à aller lire.

***

L’enfant zèbre comprend très vite et anticipe les choses, mais n’est pas assez mature ou fort pour supporter ce qu’il vient de comprendre. De la même manière, l’adulte zèbre, s’il est assez mature, est trop sensible pour y faire face sans angoisse.

En fait, depuis tout petits, les zèbres voient le monde tel qu’il est, et non à travers des yeux d’enfant insouciant. Ils grandissent en étant conscients des problèmes de la société, en s’inquiétant déjà pour l’avenir et en étant (trop) lucide sur la nature de l’être humain. Petits, on leur dit qu’ils peuvent compter sur leurs parents, leurs professeurs, leur faire confiance, mais s’ils les idéalisent un peu, ils perçoivent rapidement leurs faiblesses, et comprennent que personne n’est ni parfait ni immortel. Alors, ils angoissent. Souvent sur des sujets qui ne devraient pas les préoccuper aussi jeunes. Et si mes parents mourraient? Et s’il y avait la guerre? Comment va devenir le monde ? Et si je ne trouve pas de travail plus tard ? Et si…

Une fois adulte, c’est toujours un peu la même chose. Si la plupart des adultes sont alors conscients des problèmes de société et ne sont plus naïfs sur l’être humain, les zèbres vont avoir une conscience amplifiée par leur lucidité et resteront bloqués sur des dysfonctionnements a priori négligeables. Leur lucidité ne leur permet pas de se laisser porter par la vie, de mettre de côté les problèmes anodins pour se concentrer sur leur but, leur vie, et se sentir en sécurité.

Alors qu’ils étaient plutôt en avance car leur capacité d’analyse leur avait permis d’anticiper et de résoudre plus rapidement les gros problèmes, ils vont cependant chercher à résoudre chaque problème qu’ils rencontreront, aussi anodins soient-ils, là où le reste du monde sera capable de les mettre de côté et d’avancer.

Cette extra lucidité fragilise le zèbre.

Car quand on analyse tout ce qui nous entoure et que l’on perçoit avec discernement les faiblesses des gens et du monde en général, comment ne pas douter de soi ? De ce qu’on est capable de faire ? Comment ne pas se focaliser sur ses propres faiblesses ? Comment ne pas se sentir impuissant ?

***

Souvent, pour se protéger de cette fragilité, les zèbres développent ce que j’appelle une « personnalité de camouflage ». Ils s’obligent à ignorer ce qu’il se passe autour d’eux pour ne plus être submergés par les émotions et angoisses qui découlent de ce qu’ils ont vu et compris, ils se forcent à paraître insensibles. Leur personnalité de camouflage peut paraître hautaine et méprisante mais cherche en fait à cacher leur vulnérabilité.

C’est une méthode de défense.

Dans la littérature, on appelle ça le « faux self ». J’ai trouvé que c’était un concept intéressant, alors je vous en parlerai la prochaine fois !

Vie de Zèbre

Chapitre 9 – l’autorité

30 juin 2016

 

Quand on sait que les zèbres ont un besoin vital de sens et qu’ils questionnent sans cesse les règles pour en comprendre le but exact, on peut imaginer que lorsqu’il sera soumis à l’autorité, le zèbre risque d’avoir une réaction…assez forte.

Et c’est le cas. Beaucoup estiment avoir un rapport conflictuel avec l’autorité, que ce soit l’autorité parentale, l’autorité d’un professeur à l’école, ou celle d’un supérieur hiérarchique au travail. Le zèbre conteste, corrige, contourne la règle s’il la juge injuste ou illogique. Et puisqu’il est très impliqué émotionnellement dans absolument TOUT, il défendra ses convictions avec frénésie, se rebellera peut-être ou fera preuve d’esprit de contradiction avec une force assez impressionnante.

 

Dans tous les cas, ces réactions ne semblent pas très appropriées et provoquent de fortes tensions entre eux, leurs parents, enseignants, supérieurs ou autres figures d’autorité.

 

Mais POURQUOI est-ce si difficile pour un zèbre de respecter l’autorité ?

***

 

Bon à savoir pour comprendre leur réaction :

 

  • Le zèbre est très attaché à ses valeurs morales, il est très très à cheval sur ce qui se fait, et ce qui ne se fait pas, sur ce qui est bien, et ce qui est mal. Il va constamment défendre les minorités, les défavorisés, combattre les injustices… Aussi, lorsqu’une figure d’autorité lui demande de faire quelque chose qui semble négliger ou aller à l’encontre de ses valeurs morales, qui aura une conséquence défavorable pour le « bien », il refusera net. Souvent, il préfèrera même perdre son travail ou rater une matière à l’école plutôt que de compromettre ses valeurs.

chap 9 demission1

  • Le zèbre ne fait pas de différence entre l’opinion d’une autorité formelle (supérieur hiérarchique par exemple) et celle des autres personnes (collègues de même niveau). Pourquoi ? Parce que depuis tout petit, il s’est rendu compte que ce que disait l’autorité n’était pas forcément vrai. Il a donc du mal à reconnaître les différences de statut et aura tendance à faire confiance à celui qu’il trouve juste et compétent plutôt qu’à celui qui dirige. « Normal » me direz-vous, on va tous dans le sens de ce que l’on trouve juste. Eh bien non. En société ou à l’école, il vaut parfois mieux écouter et faire ce que nous demande de faire le chef, même si on ne trouve pas que ce soit une très bonne idée. Si un bon chef trouve constructif et est prêt à écouter la remise en question de son autorité, la majorité interprète cela comme de l’arrogance, de la provocation ou du doute envers ses capacités, et cela provoque très souvent un conflit entre le zèbre et son supérieur. 

chap 9 demission 2

 

NB : Il faut savoir que ceci est également valable lorsque le zèbre lui-même exerce une figure d’autorité. Il ne va pas forcément réussir à occuper la position d’autorité que les gens attendent de lui quand c’est nécessaire. Autant il va faire preuve d’une autorité naturelle lorsqu’il s’agit d’une cause ou d’un sujet qui lui tient vraiment à cœur, autant faire preuve d’autorité formelle sera difficile pour lui et nécessitera de s’adapter aux besoins de leur équipe.

*

*

*

  • En fait, le zèbre ne respecte pas l‘autorité non fondée, les décisions prises arbitrairement, pas très logiques pour lui, sans consistance. Même si elle proviennent de quelqu’un qui par son statut fait figure d’autorité. Il pense comme ça : « Si tu ne m’expliques pas pourquoi, alors je ne t’écouterai pas. Si tu as eu tort lors de la discussion précédente et que tu as pourtant essayé d’imposer ton point de vue, convaincu que tu avais raison, alors pourquoi est ce que je te ferai confiance maintenant et t’écouterai ? » A l’école, il s’oppose souvent aux directives suite à une mauvaise expérience de l’autorité. S’il a été forcé un jour de rentrer dans le moule, si on ne l’a pas autorisé à faire ce qui l’intéressait (lire plus tôt, apprendre ce que faisait la classe d’au dessus par exemple) et que la conséquence a été pour lui l’ennui, alors il va perdre confiance en cette autorité et aura beaucoup plus de mal à la respecter par la suite.

 

*

*

  • Dès qu’il est confronté à un management stupide et rigide, sans justification, le zèbre trouve le moyen de partir. Souvent, il n’arrive pas à y faire face, rumine intérieurement puis craque. En revanche, s’il se trouve face à un manager à l’écoute des initiatives, qui se soucie des valeurs morales (du bien des personnes la plupart du temps en entreprise), et qui motive son équipe pour les mener vers le haut, à ce moment là il aura une totale confiance et foncera à la moindre instruction ! Ca m’est arrivé une fois, et j’étais comme ça :

 

chap9 coeur yeux copie

 

  • Souvent, le zèbre s’oppose donc aux directives données par le supérieur, le parent, l’enseignant. Mais s’il a l’impression qu’elles ne sont pas fondées, ce n’est pas toujours le cas. A la maison par exemple, lorsqu’un parent lui ordonne de ranger ses chaussures qui traînent dans l’entrée, il va estimer que ce n’est pas fondé car il n’y a pas de but. Pourtant, il y en a bien un, et il en plus il concerne le BIEN !

*

***

*

Attention, tout ça ne veut pas dire que le zèbre ne respecte aucune autorité, au contraire. Lorsqu’il a bien compris une règle, qu’il sait pourquoi il doit faire ceci ou cela et que c’est pour le bien de tous, il mettra toute son énergie et son cœur à respecter et faire respecter cette règle. Moi-même, je respecte entièrement l’autorité d’une personne à condition que je sache pourquoi cette personne dit telle chose, et que je sois 100% persuadée qu’elle a raison. Et lorsque je suis convaincue que cette règle est établie pour le BIEN, je fais très attention à la respecter. Mon entourage peut témoigner, je suis convaincue des bienfaits du petit homme vert du passage piéton 🙂

 

*

***

*

Comment faire pour que ça se passe bien ?

Finalement, il n’y a « que » l’autorité non fondée que le zèbre remet en question. Le problème, c’est que lorsqu’une personne se retrouve face à un zèbre qui se rebelle (ça peut être assez violent, hein maman ?:) ), elle ne va pas forcément chercher pourquoi mais va plutôt essayer de discipliner le zèbre, de faire preuve d’encore plus d’autorité ! Et à partir de là… ça monte des deux côtés, et ça finit plus souvent par des pleurs que par un grand sourire !

*

Astuces pour le zèbre :

  • les gens n’aiment pas trop qu’on les corrige, même si c’est par souci de justesse
  • quand tu poses ta question, explique que c’est pour connaître l’objectif de la personne et ainsi y répondre au mieux. Ca permet souvent d’éviter que ton interlocuteur ait l’impression que tu doutes de ses capacités.
  • essaye d’utiliser tes capacités d’analyse pour analyser la situation si tu refuses de faire ce que l’on te demande. Tu en déduiras ce qu’il faut que tu fasses pour éviter les problèmes:)

Astuces pour ceux qui ont besoin de leur demander de faire quelque chose :

  • les écouter
  • répondre à leur question quand ils demandent « mais pourquoi je dois faire ça ? » car ils poseront forcément la question. Il ne s’agit pas d’un doute envers vous et vos capacités, mais toujours de la quête de sens dont le zèbre a besoin
  • Leur expliquer pourquoi faire telle chose avant même qu’ils posent la question

 

A bientôt !

Vie de Zèbre

Chapitre 8 – un besoin vital de sens – partie 2

21 mai 2016

le monde de sophie copie

***

a

a

chap8 v21 copie

« On m’a souvent dit que j’étais fatigante avec mes questions, on m’a aussi souvent demandé pourquoi je me prenais la tête avec toutes ces questions sur l’existence, le monde, que ça ne servait à rien car personne ne connaît la réponse. Pourtant, ce que je sais, moi, c’est qu’il EXISTE une réponse. Il y a forcément une réponse !

Alors j’ai arrêté de poser ces questions aux autres, et même si je pense que tout le monde devrait se demander qui nous sommes, pourquoi nous sommes là, et d’où vient le monde (c’est quand même hyper important non?), j’ai arrêté d’en parler. Pourtant, ces préoccupations et la sensation de vertige qui va avec ne m’ont jamais quittée. Je cherche mes réponses toute seule, je lis des livres ou des articles, de science, d’histoire, de philo, de socio, je lis ce que d’autres personnes ont pensé et écrit sur ces mêmes questions, et ça m’aide à me forger une opinion. Je n’ai pas pour autant trouvé la réponse (on le saurait 😉 ), mais la philosophie aide à apaiser mon questionnement incessant.

Bon, ça ne m’empêche pas d’angoisser encore. En ce moment, je suis perturbée parce que je n’arrive pas à me représenter la dimension du temps. A chaque fois que j’y pense (donc souvent), j’ai l’impression d’être emportée dans un tourbillon, de flotter, de ressentir un malaise et la tête qui tourne.

vertige copie


Depuis aussi longtemps que je me souvienne, je me suis toujours un peu plus intéressée à ces questions autour de l’univers et de la vie que mes camarades, mais j’ai toujours été aussi un peu plus terrorisée qu’eux à l’idée de recevoir une météorite sur la tête. 

Ils me disaient «ben c’est pas de chance, mais si une météorite tombe sur la Terre on ne sentira rien et on sera tous morts ». Hum…  Ça ne me rassure pas du tout ! Personne ne se demande ce que sera le monde après ? Quand il n’y aura plus de Terre mais que les autres planètes seront encore là? Et puis ça ne résout pas mon problème de ce qu’il y a au delà… Alors ça m’angoisse encore plus et je me pose encore plus de questions » 

chap8 v2 copie

a

a

***

Si le zèbre est aussi intéressé par les mystères de la vie, par la mort, par les limites de l’existence, par le langage, par les hommes, par la création du cosmos, c’est parce qu’il veut comprendre le monde.

Comprendre pourquoi la vie existe.

Quel est son intérêt.

Pourquoi il est là.

Ce qu’il doit faire de sa vie.

Comment sauver le monde.

Ce qu’il y a ailleurs.

Ce qu’il y a au-delà.

Ces questions posées sans limite sont bien souvent laissées sans réponse, et le zèbre se retrouve frustré, et surtout, anxieux.

Car si personne ne sait vraiment, si personne n’a de certitude, comment faire ?

chap8 2 copie

Pour faire un choix, le zèbre a besoin d’avoir en possession absolument toutes les données, car évidemment, il envisage simultanément et en profondeur toutes les hypothèses avant de choisir. Ne pas savoir, ne pas connaître le sens de la vie, ça le plonge dans un état d’anxiété avancée dès lors qu’il faut faire un choix, car il manque une donnée.

Ca veut dire qu’il faut faire un choix arbitraire alors, n’est ce pas ?

Et ça, c’est inconcevable.

Cette anxiété et ce doute permanents fragilisent énormément l’équilibre psychologique du zèbre.

Puisque souvent, le zèbre est frustré car il n’a pas obtenu les réponses qu’il espérait à ses questions, il va les chercher lui-même.

detective copie

C’est encore une caractéristique assez répandue chez les zèbres, le fait d’être autodidacte.

Pour satisfaire sa soif d’apprendre, il lit et se renseigne sur des sujets très spécifiques (merci Internet 🙂 ), souvent métaphysiques d’ailleurs. A l’école, il apprend souvent mieux ce qu’il apprend tout seul. Non seulement parce qu’il apprend à son rythme, mais aussi et surtout parce que ça l’intéresse, et donc parce qu’il sait pourquoi il l’apprend.

Ah, savoir pourquoi il l’apprend. Toujours ce besoin de sens et d’intérêt.

Pour accepter une consigne, que ce soit à la maison, à l’école, ou au travail, il faut d’abord qu’il sache et qu’il comprenne pourquoi on lui demande de faire ceci. Et comment il doit le faire. Alors, pour avoir ces informations, il va constamment demander des précisions et des justifications.

pourquoiii copie

Et s’il n’est pas convaincu de la raison pour laquelle on lui demande de faire ceci ou cela, il va argumenter, négocier, demander des explications, aller toujours plus loin, creuser, et voudra souvent avoir le dernier mot pour s’assurer qu’il a bien compris et qu’il a raison.

Malheureusement pour lui, c’est souvent mal perçu pour quelqu’un qui ne pense pas comme lui, car c’est souvent perçu comme de la provocation ou de la prétention.

Pourtant, le zèbre voulait juste être rassuré.

On ne s’en rend pas forcément compte, dit comme ça, mais ça peut créer des joutes verbales très violentes, très intenses et très blessantes pour tout le monde.

De la même manière, lorsqu’il est confronté à une règle ou une loi, il en discutera tous les détails. Il remettra sans cesse en question les règles qui lui semblent souvent impertinentes, montrera d’ailleurs du doigt toutes les impertinences, posera des milliers de questions afin de savoir le pourquoi du comment, et éventuellement, finira par respecter la règle s’il la comprend. Si on lui prouve qu’il faut la respecter.

 

Vous imaginez bien que ça pose un sérieux problème quant au respect de l’autorité, mais ça, on le développera la prochaine fois 🙂