Caractéristiques de zèbres

    Retour sur l’autoédition du livre.

    4 décembre 2018

    C’est un article un peu différent des autres. Plus une note de blog un peu personnelle qu’un article sur les zèbres.

    Il y a tout juste 8 mois, je paniquais avant le lancement de la campagne Ulule qui allait me permettre de publier le livre “Rayures et Ratures” avec vous. Aujourd’hui, maintenant que le livre est bien au chaud sur votre étagère, je prends le temps d’écrire cet article que je vous ai promis : un retour d’expérience sur cette folle aventure de l’auto-édition. Retex, comme on dit dans le jargon d’entreprise. Pour voir l’envers du décor, et partager quelques réflexions et ressentis sur ces mois de folie.

    L’auto-édition pour mon premier livre, je l’ai faite par choix, et non par refus d’éditeurs traditionnels. Au tout début du projet, quand ce n’était encore qu’une idée parmi tant d’autres dans ma tête, j’ai contacté des éditeurs, et des auteurs auto-édités. J’ai longuement discuté avec eux, et le choix de l’auto-édition a fini par s’imposer.

    Je n’avais pas envie de faire le livre sans les lecteurs du blog. De le conformer aux attentes d’un éditeur et non des lecteurs, puisque les lecteurs, j’ai la chance de les connaître. C’était un parti pris, vous avez pu donner votre avis, ajouter des petits bouts aux articles, voter pour le choix de la couverture sur Instagram, suivre toute l’aventure, du tout début, de l’idée jusqu’à la réception des palettes et la préparation des colis. Un livre tiré d’un blog, ce serait dommage de ne pas le faire en auto-édition. Je ne regrette pas du tout mon choix ! Mais l’auto-édition, c’est beaucoup de travail, et ça ne se prête pas à tous les projets.

    1. Ce que j’ai fait pour auto-éditer le livre

    Pour transformer le blog en livre, j’ai repris tous les articles pour retravailler le ton, refaire les illustrations moches du début, vérifier les sources, j’en ai écrit de nouveaux, exclusifs pour le livre, je l’ai envoyé en correction, puis j’ai modifié, réécrit, créé la maquette du livre après des heures d’apprentissage du logiciel, j’ai défini les contreparties, négocié avec différents imprimeurs, cherché les informations juridiques pour le statut, les mentions légales, etc. J’ai du refaire des chapitres, aussi, parce que j’ai mal sauvegardé mes fichiers, et j’en ai perdu certains…

    Et puis la campagne approchait, alors il m’a fallu vaincre ma peur de montrer ma tête sur Internet, et réaliser une vidéo de présentation du projet. Puis la page de présentation sur la plateforme Ulule, pour que ce soit le plus simple possible pour la personne qui la lira, qu’elle ait toutes les informations en mains pour prendre sa décision de soutenir ou non le projet. J’ai préparé du contenu à l’avance pour remercier les contributeurs, parce qu’une fois que c’est lancé, on n’a plus trop le temps, les sollicitations sont nombreuses et je comptais vraiment remercier chaque personne qui participe, partage ou fait parler du projet. J’ai rangé ma timidité encore une fois pour accepter de parler du livre à la radio, à la télé ou dans les journaux. Ce mois de campagne a été très intense physiquement au niveau du rythme de travail (je travaillais à 100% sur le projet, j’avais mis de côté mon autre travail), mais aussi émotionnellement. Je vous expliquerai pourquoi un peu après.  

    Une fois la campagne terminée, pas le temps de se reposer. J’ai voulu faire le livre sans éditeur, et l’envoyer au plus vite aux lecteurs, alors j’assume la charge de travail ! Une fois le nombre d’exemplaires à imprimer défini, on peut demander le numéro ISBN, le transformer en code EAN pour le mettre au dos du livre, bien calculer les coûts de production, les charges et la marge des distributeurs pour définir le prix unique du livre, convertir les illustrations au profil colorimétrique de l’imprimeur choisi, valider la maquette après avis de leur équipe PAO, envoyer en impression, et stresser un peu (beaucoup).

    En attendant de recevoir les livres, j’ai reçu les colis de contreparties, dessiné les portraits personnalisés des contributeurs concernés, je me suis penchée un long moment sur la logistique parce que je n’ai pas beaucoup d’esprit pratique et c’était assez laborieux… Et puis, le 21 Août 2018, le livreur m’a appelée, il était en bas de mon immeuble, avec deux énormes palettes de livres ! Je pouvais enfin voir le livre, en vrai, le sentir, puis commencer à préparer les envois : tamponner chaque enveloppe, imprimer puis coller les étiquettes au bon endroit, mettre le bon contenu selon les contreparties choisies par les contributeurs. Quelques semaines plus tard, tout était prêt, plus qu’à envoyer, gérer le suivi des envois parce qu’il y a forcément des loupés, et les sollicitations !

    2. Et émotionnellement alors, comment je l’ai vécu ?

    J’ai adoré faire tout ce travail (bon sauf tamponner les enveloppes il faut l’avouer) mais ça a été vraiment épuisant physiquement et j’ai mis de longs mois à m’en remettre (je m’en remets toujours).

    Donc si vous avez envie de vous lancer dans une aventure comme celle-ci, et que vous n’aimez pas faire les choses à moitié, rechargez bien vos batteries avant ! Je dois avouer que mon incapacité à déléguer parce que j’avais en tête exactement ce que je voulais et j’étais incapable de l’expliquer à d’autres, ou le fait d’être à 300% dans chaque tâche même la plus petite et de vouloir que tout soit absolument parfait, ne m’a pas aidée 🙂 Au final, ce n’est pas parfait, mais j’ai fait de mon mieux, je reçois beaucoup de messages de lecteurs contents, alors je suis contente aussi !

    Mais ma sensibilité a été mise à rude épreuve durant la campagne.

    Déjà, parce que pour autopublier son livre, il faut oser en parler, et oser se mettre en avant. Pour que le projet qui tient tant à coeur puisse voir le jour, il faut en parler. Le diffuser. Le promouvoir. Pour avoir suffisamment de lecteurs et pouvoir lancer les impressions.

    Je n’étais pas très à l’aise avec l’aspect “commercial”, surtout sur un sujet aussi personnel. Cela a été difficile au début pour moi de mettre le blog en ligne, d’en parler, d’expliquer aux gens, alors expliquer le “pourquoi” et mon histoire personnelle sur les réseaux et dans la presse pour parler du projet, c’était vraiment difficile. D’autant que la presse aime les titres qui attirent les gens et ont joué des clichés sur les surdoués comme jamais. Du coup, j’ai eu du mal à assumer que mon nom et ma photo soient diffusés dans ces publications. (Mais bon c’était trop tard).

    Ensuite, comme tout projet même un tout petit peu exposé dans les médias, et principalement sur les réseaux sociaux, surtout s’il fonctionne bien, et qu’il accumule de l’argent (comme une campagne de crowdfunding, puisque le but est de financer une impression, donc forcément, il est question d’argent, et ça, l’argent c’est un sujet qui déclenche des passions), on fait face à des critiques assez dures, souvent peu constructives, des insultes gratuites de gens qui ne savent même pas de quoi on parle. Ceux qui ont vu passer cela dans leur fil d’actualité et qui s’ennuyaient tellement qu’ils ont décidé de le commenter. D’autres, qui connaissent bien le blog car ils écrivent sur le même sujet, mais qui, pour une raison qui me dépasse, m’ont envoyé des messages plus personnels qui m’ont beaucoup touchée, me demandant qui j’étais pour écrire un livre sur ce sujet, questionnant ma légitimité puisque je ne suis pas psychologue.

    Je n’ai jamais prétendu être psychologue, et lorsqu’il ne s’agit pas d’un témoignage, toutes mes sources sont citées à la fin de l’ouvrage, comme sur le blog. Je me suis sentie attaquée personnellement, et malgré les conseils de mon entourage (et les vôtres, car j’en ai parlé sur Instagram et vous m’avez bien soutenue, merci merci merci), je n’ai pas réussi à les ignorer. Ils m’ont blessée, puisque cela me renvoyait à mes propres doutes lorsque j’ai commencé ce blog. Qui suis-je pour écrire là-dessus ?

    Mais au delà de tout cela, ce que je retiens, ce sont les messages adorables, les commentaires encourageants, les mots doux, les courriers même (dont un colis de nougat, il se reconnaîtra!), et vos avis sur le livre que je reçois chaque jour. Parce que la grande force de l’auto-édition est là. C’est d’être en contact direct avec les lecteurs. Avec le blog, la page Facebook ou le compte Instagram, je peux être très proche de vous, et quand j’ai l’un(e) d’entre vous au téléphone pour un témoignage, j’ai l’impression de téléphoner à un(e) ami(e) ! Je suis profondément attachée à chacun d’entre vous (cette phrase peut paraître un peu étrange, mais je suis sûre que vous comprenez 🙂 ). Je reçois des centaines de messages adorables, de vidéos, de photos, de commentaires… Et ma légitimé est là. Quand je lis vos messages, j’ôte mes doutes. Alors merci merci merci, cette relation avec les lecteurs, je n’aurais pas pu l’avoir en passant par l’édition traditionnelle, et c’est ce qu’il y a de plus beau.

    Chaque jour, je prépare vos colis de livres de manière artisanale, parce que j’adore ça, et je prends quelques heures pour répondre à vos messages (j’ai un peu de retard car j’en reçois de plus en plus, mais je réponds toujours!), parce que j’adore ça aussi.

    Alors vraiment, merci.

    Questions en vrac :

    Et après ?

    Est-ce que je repasserai pour l’auto-édition pour un deuxième livre ? Je ne sais pas. Je pense que oui, car j’ai vraiment adoré cette proximité avec les lecteurs, et le fait de pouvoir vous intégrer dans le livre. Pour cela, un grand oui. Je préfère adapter le contenu à vos attentes, plutôt qu’à celles d’un éditeur que je ne connais pas. En revanche, je pense que je réfléchirais à comment améliorer ou déléguer la logistique pour ne pas non plus tuer ma santé, et parce que je ne suis pas très douée en logistique 🙂

    Comment commander le livre, si on a loupé la campagne ?

    Grâce à la mobilisation des lecteurs du blog, le livre a pu être imprimé en 2000 exemplaires. Il m’en reste encore un peu, et ils sont disponibles à la vente sur Amazon (pour la France). Pour un envoi à l’étranger, vous pouvez me contacter directement ! Il n’est pas possible d’avoir un exemplaire dédicacé par respect pour les contributeurs qui avaient choisi la contrepartie “livre dédicacé”, mais je les dédicace avec plaisir lors de rencontres “en vrai”.

    Et puis aussi, pourquoi Amazon, puisque j’aime ce qui est artisanal et indépendant ?

    Je ne pensais pas vendre le livre sur Amazon, mais plutôt dans des librairies indépendantes, puisque j’achète souvent mes livres là-bas, et j’admire leur travail. Oui mais voilà, en auto-éditant mon livre, je ne savais pas qu’il serait automatiquement refusé de la base de référencement utilisée par grand nombre de libraires, à savoir Electre. Et je ne souhaite pas payer pour un service qui est gratuit pour les auteurs édités. Je trouve que ce n’est pas très juste de considérer qu’un livre auto-édité est forcément de mauvaise qualité, et qu’un livre édité par une grande maison est forcément une pépite. Donc j’ai décidé de le distribuer sur la plateforme qui accepte et met même en valeur l’autoédition, et qui me permet de mieux rémunérer mon travail (la commission est moins élevée qu’en librairie), Amazon.  C’est un choix très personnel et assumé. Maintenant, pour ceux que cela dérange de passer par Amazon, ce que je peux comprendre aussi, je prends quelques commandes en direct, donc vous pouvez m’envoyer un email ! Et je ne ferme pas la porte aux librairies, elles ne peuvent pas commander le livre via leur base, mais si elles sont intéressées, elles peuvent me contacter directement par email à chloe@rayuresetratures.fr ! Quelques livres viennent d’ailleurs de partir pour une librairie à Annecy, et d’autres seront prochainement déposés dans une librairie lyonnaise.

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