Caractéristiques de zèbres

Chapitre 13/2 – la peur de l’échec

21 février 2017

A la fin de la première partie sur la peur de l’échec, nous nous posions cette question :

Et si on changeait d’attitude face à l’échec ? Si on arrêtait de stigmatiser nos erreurs ?

 

Attention, je ne parle pas de toutes les erreurs. Il faut bien évidemment distinguer avant toute chose les erreurs à sanctionner (un comportement irrespectueux, une atteinte à la liberté d’autrui ou une atteinte physique par exemple), des erreurs d’apprentissage, à corriger. Celles qui font que l’on a tenté quelque chose mais que l’on n’a pas eu le résultat escompté pour diverses raisons. Ce sont ces “échecs” qui méritent que l’on s’arrête dessus, que l’on réfléchisse, et qui nous permettent de nous améliorer. Il faut bien différencier corriger et sanctionner.

 

L’échec, c’est d’abord une question de point de vue. Une question de mentalité. Si en France on stigmatise l’échec, ce n’est heureusement pas le cas partout. Se pencher sur les autres façons de considérer ses erreurs peut permettre au zèbre de prendre du recul.


Dans la mentalité anglo saxonne par exemple, échouer, c’est apprendre. Echouer, c’est expérimenter. Bien loin d’être considéré comme l’ennemi de la réussite, l’échec est au contraire un passage obligé vers la réussite. Tous les grands leaders le disent aujourd’hui. S’ils ont pu devenir leaders, c’est justement parce qu’ils ont réussi à surmonter les obstacles, appris de leurs erreurs et persévéré. C’est en prenant des risques, en entreprenant, en tombant puis en se relevant qu’ils ont pu accéder au chemin de la réussite.

La réussite est bâtie sur des échecs.

La société ne reconnaît pas seulement les brillants résultats de leur entreprise aujourd’hui ou leur formidable innovation technologique, elle reconnaît également leur parcours et leur persévérance. On ne demande pas à tout le monde d’être un grand leader, mais peut-être que si nous pensions comme cela, nous aussi, nous serions moins bloqués par la peur de l’échec. Car derrière nos peurs, il y a nos envies et nos rêves.

Un résultat, ça se change. Ca évolue. Un rêve, en général, reste, lui, bien ancré dans notre tête, tant qu’il n’est pas réalisé.

La réussite finalement, c’est se donner les moyens de faire ce qui nous plaît. De réaliser nos envies. Pas se soumettre à un travail qui ne nous épanouit pas totalement sous prétexte qu’il est stable, bien rémunéré, conforme aux attentes de la société ou de l’entourage, en adéquation avec ce que l’on a fait “avant”, ou valorisé socialement. Si on ne travaille que ce que l’on sait faire, on ne progresse pas. On s’éteint. Réussir, c’est donner le maximum de ses capacités, prendre du recul, analyser ce qui doit être amélioré, persévérer. Entreprendre au risque de se tromper, c’est une occasion unique d’apprendre. Pour le zèbre qui a une curiosité insatiable et soif d’apprendre, ça peut justement être un moyen de lui faire comprendre qu’il faut oser, et faire des efforts.

Note : il est essentiel de prendre des risques, mais il faut évidemment les mesurer ! Mon but n’est pas de vous pousser à prendre des risques inconsidérés, mais de vous faire réfléchir à un équilibre entre vos envies et le prix à payer.

 

L’échec est loin d’être le résultat d’un manque d’intelligence ou d’un manque d’attention comme on le voyait dans la première partie de ce chapitre. Il est plutôt le signe d’un manque d’expérience. Et un manque d’expérience se comble facilement par la motivation, l’effort, la persévérance.

Tout ceci est assez théorique, j’en conviens. Changer de mentalité, en théorie, cela résoudrait notre blocage. Mais c’est facile à dire. En pratique, on ne change pas du jour au lendemain. Moi-même, je me suis lancée dans plusieurs projets. Et si mes amis américains me motivent en valorisant ma volonté, le courage d’oser et en me disant que réussir, c’est ça, la mentalité française est tout de même bien ancrée en moi et m’empêche souvent d’avancer.

(aucun cliché dans l’illustration à suivre… non non 😉 )

Je remets constamment en question mon choix et je me bloque toute seule. Mais au moins, lorsqu’on en prend conscience, lorsqu’on met le doigt sur ce qui nous bloque, ça crée une porte de sortie. Une porte qui va vers la réussite.

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Certes, si on essaye de changer de mentalité et que l’on arrive à se convaincre que faire des erreurs, rater, c’est expérimenter et apprendre, on a plus de chances de réussir à surmonter cette peur de l’échec.
Mais il n’y a pas que cela qui bloque le zèbre. Souvent, l’hypersensibilité du zèbre fait qu’il a tendance a tout prendre très fort et surtout de manière très personnelle, ce qui rend très difficile pour lui la distinction entre l’échec d’un de ses projets ou d’un devoir, et l’échec de sa personne. Un résultat ne définit personne. Un individu qui se trompe et rate son objectif n’est pas un raté.

°

 

Si l’hypersensibilité des zèbres accentue le risque de blocage lié à la peur de l’échec, ils disposent en revanche, par leurs caractéristiques intrinsèques, d’atouts indéniables pour réussir dans la vie. Ils ne s’en sont pas forcément rendu compte car ce sont ces mêmes qualités qui font que souvent, ils échouent à l’école.

En effet, la curiosité du zèbre est souvent récompensée en classe par un “hors sujet” sur ses copies. Avide de savoir dans les matières qui l’intéressent, le zèbre s’est informé davantage et répond au sujet en incluant ce qu’il a appris par ses recherches personnelles au lieu de se contenter de l’information dans ses cours.

Sa passion, elle, se matérialise par un intérêt très fort pour certaines matières, et un désintérêt tout aussi fort pour d’autres. Il travaille ce qui l’intéresse. Ce qui est rarement source de bonnes appréciations.

Enfin, le zèbre est créatif. Innovant. Mais on ne nous demande pas de répondre avec originalité dans un devoir, on vérifie nos connaissances. Il faut savoir restituer.

Pourtant, curiosité, passion et créativité sont de sacrés trésors à préserver.

Car une fois arrivé à l’âge adulte, il faut être passionné par ce que l’on fait pour en tirer satisfaction et exceller, il faut être curieux, chercher et ne jamais se contenter de ce qu’on nous demande pour avancer dans notre vie professionnelle, et on nous répète constamment qu’il faut être créatif.

Alors il faut que les zèbres prennent bien soin de ces qualités qu’ils ont la chance d’avoir, et qu’ils ne laissent pas le système les brider. D’où l’importance d’essayer de changer de vision face à l’échec. 

°

On ne pourra pas changer le monde ni le système en un article de blog, mais si on prend conscience de sa peur de l’échec, de sa cause, de son ampleur, de ses impacts sur ses choix personnels, de l’impact dans notre jugement des autres, et que l’on arrive à percevoir l’échec autrement, alors c’est bénéfique. C’est en essayant, en faisant des efforts que l’on est respecté et que l’on peut être fier.

 

A retenir :

° Il faut changer de vision sur l’échec. Pour soi et pour les autres. Dans sa vie personnelle et dans sa vie professionnelle.

° Echouer, c’est expérimenter.

° Les réussites sont bâties sur des échecs.

° Rater quelque chose ne veut pas dire être raté.

° Curiosité, passion et créativité sont réprimées dans le système scolaire mais indispensables dans la vie 🙂

PS : lorsque je critique le système scolaire, je tiens à préciser que je ne critique pas tous les enseignants 🙂 En réalité, je reçois beaucoup de messages d’enseignants qui lisent mes articles, s’intéressent au sujet et voudraient  justement changer les choses, et prendre en considération les besoins spécifiques des enfants précoces (et des autres évidemment) qui se trouvent en difficulté (ils ne le sont pas tous). Malheureusement, ce même système leur met des bâtons dans les roues.


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7 Comments

  • Reply Tithouan 21 février 2017 at 18 h 47 min

    Merci pour ce beau témoignage. Je suis dans les même démarches … changer d’approche pour les émotions (celles en rapport à la peur de l’échec en fait partie).
    J’ai eu la « chance » d’avoir quelques passions « préservées » où j’ai pu m’épanouir et je vois maintenant à quel point nos émotions nous brident.
    Il suffit de penser en version j’en suis capable, je peux apprendre et réussir au lieu de « c’est dur, ça va être un gros boulot etc. »
    Les mots employés envers soi même et les autres ont une importance phénoménale !
    Oui quelque chose peut-être grand à appréhender mais partir d’office avec un c’est trop … c’est s’auto-saboter.
    Je vois à quel point le travail sur soi est important … j’en ressent maintenant le positif.
    MErci encore de partager tout ceci avec humour et simplicité.

    • Reply Rayures et Ratures 21 février 2017 at 22 h 41 min

      Merci beaucoup beaucoup d’avoir pris le temps de me donner votre avis 🙂
      Ce n’est pas une démarche facile à faire, hein, de changer de vision… Mais si au moins on essaye, je pense que c’est déjà pas mal 🙂 Je suis contente que vous ressentiez le positif du travail sur soi !
      En écrivant l’article je me disais « quand même, tu écris ça et tu es la première à paniquer à l’idée de « rater » ! » 😉

  • Reply WYD 22 février 2017 at 7 h 43 min

    Merci pour cet article

  • Reply Celipia (Céline ) 1 mars 2017 at 23 h 36 min

    Tu as une capacité à rendre les choses didactiques et claires impressionnante! Que d’esprit de profondeur et de justesse… c’est un très bon blog Chloé, vraiment! ^^ 🙂

    • Reply Rayures et Ratures 1 mars 2017 at 23 h 53 min

      Oh merci merci merci Céline !
      Il me reste plus qu’à trouver le temps de faire la même chose sur la maladie de Lyme 😉 !

  • Reply Schobyn Pierre 17 avril 2017 at 17 h 40 min

    Très bon et beau travail, Demoiselle. L’illustration est efficace, claire et bien sûr le texte aussi. Une remarque dans un groupe que je fréquente m’a poussé à me pencher sur le sujet. Je dois dire qu’il y a un an, venant sur ce site comme tu nous y avais engagé de le faire je n’avais pas compris qui on appelait « zèbre ». Cette après-midi j’ai tout lu. J’avais juste déjà eu un petit aperçu chez Isabelle Bary, auteure belge qui a publié « Zebraska », un roman très documenté sur la question puisqu’elle est elle-même maman d’un « zèbre ». Je te conseille de taper son nom sur google. Bien merci à toi pour ce texte. Mais je ne vois pas encore bien ce qu’est une pensée linéaire (chez moi, ça foisonne), ni une pensée en arborescence. (peut-on penser à deux choses à la fois, je doute, voire « unicité de l’idée claire »). Cadeau: la spirale est la seule représentation (vue centrifuge) valable du temps (depuis la nuit des temps, ah, ah, ah). A méditer. Bien cordialement à toi.

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