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Témoignages

Des témoignages illustrés de zèbres de tous les âges et aux personnalités très variées, car chacun est unique !

Témoignages

Zèbre sénior, le témoignage de Maryvonne, 68 ans.

20 février 2019

Durant de longues années, on parlait des « enfants précoces », sans trop se soucier de ce qu’ils devenaient, une fois adultes. Aujourd’hui, on s’intéresse de plus en plus à ces adultes. Les livres, blogs ou articles à leur sujet sont de plus en plus nombreux, et tant mieux ! Mais récemment, j’ai reçu un message d’une lectrice du blog, une adulte, oui, mais une adulte de plus de 70 ans. Elle me racontait que les articles sur la vie amoureuse ou la vie professionnelle lui permettaient de relire différemment sa vie, mais elle me racontait aussi qu’aujourd’hui, elle est retraitée, et bien que ces interrogations sur la place au travail l’intéressent tout de même, ce ne sont pas ses principales préoccupations.

Elle, du haut de ses 77 ans, se demande plutôt comment supporter le fait que la tête tourne à toute vitesse alors que le corps ralentit, comment calmer son hypersensibilité pour rester forte tout en voyant ses proches partir, les uns après les autres, comment ne pas être angoissée par la mort, ou par la possibilité que la tête ne fonctionne plus comme avant. Ses interrogations m’ont touchée. Je n’y avais pas pensé. Alors, j’ai cherché des informations, rencontré quelques zèbres « sénior », discuté avec eux, et j’ai eu envie de vous partager tout cela.

La lectrice avec laquelle j’ai discuté n’a pas souhaité témoigner, c’était encore trop frais pour elle. Mais d’autres zèbres sénior ont répondu à mon appel. Parmi eux, Maryvonne, 68 ans.

Maryvonne, 68 ans, surdouée, témoigne.

Elle vient tout juste de mettre un nom sur sa différence, et m’a raconté un petit bout de sa vie. Pas tout, car sa vie est un roman, comme elle dit ! Nous avons échangé par email, c’était plus facile pour elle, ça lui permettait d’aller boire un petit café entre deux mails pour calmer les émotions. J’avais l’impression d’écouter ma grand-mère me raconter la vie, le passé. C’était un partage inspirant. Un partage, parce que si j’avais l’impression qu’elle me donnait beaucoup en me racontant son parcours, elle m’expliquait qu’elle recevait aussi. Car « ça fait du bien, ce sentiment d’intéresser quelqu’un ».

Voici donc quelques réflexions partagées par Maryvonne, qui vient tout juste de mettre un nom sur sa différence, après « 68 ans d’errance malheureuse ».  

Maryvonne s’est toujours sentie différente, inadaptée, décalée, et ce décalage, elle n’était pas seule à le percevoir. Elle a toujours été décrite comme :

Et surtout :

Mais c’était une autre époque. A l’époque, elle devait écouter les adultes, se taire, être polie, à ses nombreuses questions existentielles on lui répondait « cesse de poser des questions idiotes », et à ses « pourquoi ? » on lui répondait… :

Enfant surdouée dans les années 1950

C’était comme ça. Elle en a beaucoup voulu à sa mère, la figure dominante de la famille, qui lui répétait sans cesse qu’elle n’était pas comme les autres. Qu’elle n’était pas normale. Mais si Maryvonne se savait décalée, elle ne s’est pas demandé pourquoi. Parce qu’elle était certaine d’en être responsable, d’être coupable de la situation.

« J’ai toujours pensé que je devais faire des efforts, et je les ai faits… seulement plus je faisais des efforts plus j’étais mal. »

C’est après 68 ans de mal-être avec elle-même et avec les autres, après 9 enfants (4 de « fabrication maison » comme elle dit, et 5 enfants handicapés adoptés), un alcoolisme actif (27 ans de sobriété désormais !), des psychothérapies et traitements divers pour dépression, bipolarité ou troubles borderline, que Maryvonne décide d’essayer de comprendre les raisons de ses difficultés, en se reconnaissant dans le profil de certains de ses petits-enfants, détectés zèbres, autistes Asperger, ou ayant des troubles dys ou de l’hyperactivité. A 68 ans, elle se rend dans un centre spécialisé dans le Haut Potentiel et les troubles du spectre autistique, et là : « BADABOUM », comme elle m’écrit.

Elle est détectée à Haut Potentiel Intellectuel, et les tests pour définir son appartenance aux troubles du spectre autistique sont en cours. Après 68 ans d’errance malheureuse, elle m’écrit : « quelle violence je me suis infligée ! ». Toute sa vie, elle s’est sur-adaptée à ce monde qui n’était pas le sien, a essayé de rentrer dans un costume qui n’était pas le sien non plus, vestimentairement, socialement… Pourtant, elle a réussi sans le savoir à trouver un travail plutôt adapté à son fonctionnement. Elle enseignait dans une classe spéciale pour personnes handicapées lourdes mais non physiques, et me racontait avec un sourire que je devine derrière ses mots à quel point c’était une véritable histoire d’amour, ses élèves et elle. Car ils avaient besoin de rituels, comme elle. La communication était vraie, juste, sans filtre. Et ça lui allait bien. Elle adorait son métier, dans sa classe, porte fermée, avec ses  « poussins », sans ses collègues.

Institutrice bien dans sa classe, porte fermée, avec ses élèves handicapés.

Ils se comprenaient mutuellement. Elle avait le sentiment d’être acceptée, sans masque. Et en retour, elle faisait tout pour que ses élèves se sentent aimés avec leur différences. Ses collègues la taxaient d’originale, encore, et se demandaient comment elle tenait dans cette classe.  

Aujourd’hui, elle comprend pourquoi elle était si bien là-bas. Et si mal ailleurs. Depuis qu’elle SAIT, elle a accepté, fait la paix avec elle-même, avec sa mère aussi, bien qu’elle ne soit plus là, elle s’accepte avec ses différences, et surtout, elle comprend. Elle avait besoin de m’écrire dans ses mails qu’aujourd’hui elle savait. Qu’elle n’était pas folle. Pas méchante. Elle est seulement zèbre, peut-être Asperger, mais normale dans sa différence.

A 69 ans maintenant, elle apprend à se connaître, et surtout, avec l’aide d’un psy, elle apprend à se respecter. Et ça, ça n’a pas de prix, je crois. Pour tous ceux qui seraient tenté d’en savoir plus sur leur fonctionnement mais qui ne le font pas car « à mon âge, à quoi bon ? », j’ai envie de leur faire lire cette petite phrase.

Comprendre son fonctionnement à 68 ans, relire sa vie avec ces nouvelles données, j’imaginais bien que ça devait bouleverser pas mal de choses. Et je me demandais comment l’entourage, ses enfants en l’occurence, pouvaient le percevoir. Est-ce qu’ils verraient ça comme une lubie ? Comme quelque chose d’inutile ? Est-ce qu’ils seraient heureux pour leur maman ? J’ai posé la question à Maryvonne. Elle m’a répondu qu’elle avait souhaité en parler à ses enfants « fabrication maison », mais que soit ils ne veulent pas en parler, soit ils lui en veulent, car pensent que c’est à cause d’elle que leurs enfants à eux sont « comme ça ». J’ai trouvé ça triste. Mais elle était plus forte que moi. Elle m’écrivait avec une profonde sagesse qu’elle comprenait qu’avoir une maman hors normes, difficile à suivre, alcoolique durant un temps, n’était pas facile à accepter.

« J’ai élevé mes 9 enfants seule. Ils me permettaient de garder la tête hors de l’eau. Tant que j’avais mes enfants autour de moi, je ne pensais qu’à eux, ça m’évitait de penser à moi. J’ai vécu une belle histoire avec eux. Pas facile, sans doute, mais riche en expériences humaines. Et puis, un jour, la vie s’arrange pour que vous vous retrouviez face-à-face avec vous-même. Depuis quelques mois, je veux m’occuper de moi (parce que je le vaux bien), et ils sont adultes. Chacun son tour… Ils feront leur chemin. »

Maintenant qu’elle est en paix avec elle-même, nous avons quitté le passé pour discuter un peu du présent. De la vieillesse. Et même de la mort. C’est toujours avec une grande sagesse que Maryvonne a répondu à mes questions.  

« Vieillir, c’est tellement difficile. Mon petit corps fatigué ne correspond plus en rien à ce qui tourne dans ma tête ! Je suis artiste peintre, j’adore les formats monumentaux, mais cela devient compliqué physiquement »

Maryvonne est beaucoup plus vite fatiguée, mais son cerveau, lui, est toujours en demande d’apprendre, de chercher, de comprendre. Alors que la concentration est toujours là, elle doit cesser ses recherches un moment pour se reposer, tant elle est assommée par la fatigue.

Elle aime la musique, les concerts à l’orchestre philharmonique, le théâtre, l’opéra… mais les sorties le soir sont désormais payées par des douleurs physiques le lendemain. Et ça, c’est un peu difficile à accepter. Sentir son corps s’essouffler. Ralentir. Voir, peut-être, au bout d’un moment, l’empêcher de faire ce qu’elle aime. Ce qui la rend heureuse.

« J’ai très peur de ne plus pouvoir me nourrir la tête. Cela me fait peur au point d’imaginer arrêter le jeu moi-même si je dois vivre sans pouvoir continuer à assumer mon besoin d’apprendre»

J’ai été très émue par son histoire, par sa sagesse, par ses angoisses aussi. Je trouve que c’est une belle leçon de vie, et j’espère qu’elle vous plaira. Si vous souhaitez lire d’autres témoignages, retrouvez celui d’Angélique, zèbre Asperger, ou celui d’Eric, 49 ans, adulte récemment détecté surdoué, qui a témoigné l’an dernier !

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Témoignages

Zèbre et Asperger. Le témoignage d’Angélique, 27 ans.

6 février 2019

Au départ, Angélique a répondu à mon appel à témoins dans le cadre d’un autre projet visant à sensibiliser sur les maladies invisibles. Mais en discutant, ce qui a un impact sur sa vie quotidienne et qui est invisible pour le monde extérieur, c’est son syndrome d’Asperger. Et elle me précise bien que ce n’est pas une maladie, c’est un trouble du spectre autistique. Comme elle est également zèbre, j’ai décidé de publier son témoignage, mais sur Rayures et Ratures. En me disant que, peut-être, d’autres personnes comme elle et comme la blogueuse Alexandra cumuleraient ce que cette dernière appelle « double exception ».

Angélique parle vite, très vite, mais avec une voix posée, et avec assurance. Tout en me parlant, elle marche, chez elle. Sur la pointe des pieds. Elle me raconte que suite à la lecture de Rayures et Ratures, elle a consulté puis passé le test WAIS pour mieux se comprendre. On lui a officiellement annoncé qu’elle était zèbre (c’est le terme qu’elle préfère employer), et expliqué son fonctionnement. Elle s’est reconnue également dans le blog d’Alexandra, Les tribulations d’une Aspergirl, mais me dit que le délai est beaucoup plus important pour avoir un diagnostic officiel de syndrome d’Asperger. Je me permets d’employer le mot diagnostic car c’est le sien. Celui qu’elle utilise, et qui résonne en elle. Pour les adultes, elle m’explique il y a une liste d’attente de plusieurs mois avant d’être officiellement diagnostiqué(e). La priorité est faite aux enfants, car un diagnostic d’Asperger leur permet d’adapter leur éducation.

Quand on se pose la question de savoir si l’on a un syndrome d’Asperger à l’âge adulte, cela vient souvent d’un livre, d’une lecture sur internet, ou d’une rencontre avec quelqu’un.

Découverte Autisme Asperger

On se reconnaît, on s’interroge, puis on le fait confirmer par un psychologue ou un psychiatre. Ensuite, seulement, on fait les démarches CRA pour un diagnostic officiel. Il n’est pas forcément nécessaire d’aller jusqu’à ce diagnostic officiel, me dit-elle, mais celui-ci sert souvent à considérer un aménagement professionnel particulier. Parfois, certains vont jusqu’au bout parce qu’ils ont vraiment besoin de savoir, aussi. D’avoir une preuve. Angélique, elle, sait déjà.

« Je n’ai pas vraiment besoin d’un diagnostic officiel, je sais ce que je suis, la thérapie m’a permis de faire le point et surtout de faire la paix. Je sais maintenant que ce n’est pas de ma faute, et ça, c’est hyper important. Ce n’est pas quelque chose que l’on décide, on ne fait pas exprès d’être « comme ça », ce n’est pas de l’ordre du décisionnel ou du culturel. On est comme ça, c’est tout. Et ça, c’est difficile à comprendre pour l’entourage. C’est un soulagement aussi de savoir qui je suis, car que ce soit la douance ou l’autisme, pour mes parents j’étais un problème. Je ne suis pas un problème, je suis différente, c’est tout. »

Je connaissais très peu le syndrome d’Asperger. Je le connaissais de nom, de loin, j’avais lu des témoignages à ce sujet, mais j’avais envie de comprendre. De me rendre compte des manifestations de ce syndrome dans la vie quotidienne. Alors j’ai demandé à Angélique de me raconter un peu comment elle le perçoit.

Déjà, il y a des points commun avec la douance. Elle a une hypersensibilité, une empathie émotionnelle, une hyperesthésie, une très bonne mémoire. Mais elle a aussi un besoin absolu de rituels, d’habitudes, pour évacuer le stress lié à l’hypersensibilité et l’hyperémotivité. Tous les stimuli reçus du monde extérieur l’agressent. Le bruit, la lumière, les contacts.

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Alors, la routine l’aide à évacuer ces tensions. Elle développe des petites manies qui l’aident à passer outre ces agressions qui se répètent.

Si Angélique a une forte empathie émotionnelle, elle n’a cependant pas d’empathie cognitive. C’est-à-dire qu’elle n’est pas capable de se mettre à la place de l’autre. En fait, quand quelqu’un pleure, elle pleure aussi, mais elle ne comprend pas. Elle a une grande difficulté à comprendre les codes sociaux, est très sensible, mais pas susceptible.

« Rien ne me choque. Pour moi, la susceptibilité, c’est de l’égo, je ne comprends pas pourquoi les gens se fâchent quand je dis quelque chose de vrai ».

Elle n’a pas les codes de la politesse, la notion de conventions sociales, ne sait pas ce qu’il faut dire, ou ce qu’il ne faut surtout pas dire en société.

Ensemble, nous avons parlé de ses rituels, ses habitudes, ses petites manies, des petites choses qu’elle aime ou à l’inverse qu’elle ne supporte pas. Parmi ces petites choses, il y a le supermarché. Malgré le bruit, les néons et le concept même du supermarché, Angélique adore cet endroit. Ou plutôt, elle adore le fait que tout soit bien aligné.

“J’y vais quand il n’y a personne, parce qu’il n’y a personne, oui, mais ce qui me fascine, c’est que je puisse visiter seule de très grands espaces organisés pour la foule. J’ai l’impression que tout le monde est parti, j’adore ! Je me sens comme une petite souris en vadrouille chez les humains, je comprends mieux comment marche le monde”.


Elle aime aussi les librairies, les musées. Là où les gens se taisent, où tout est aligné, droit, rangé.

stylos papeterie autisme toc surdoué

Ses petites manies se manifestent aussi au niveau alimentaire. Elle a ce qu’elle appelle « des petites curiosités ». Elle aime les aliments natures, mais déteste les mélanges. Elle adore les fruits, mais ne supporte pas les salades de fruits, car tout est mélangé. Je l’imaginais devant sa salade de fruits, et j’ai trouvé cette image touchante.

Angélique m’explique aussi que l’un des traits majeurs pour les personnes ayant un trouble du spectre autistique, c’est la spécificité des intérêts. Là où le zèbre va creuser et dévorer un sujet puis passer à un autre, Angélique sélectionne quelques sujets bien spécifiques, et se plonge dedans. Elle se passionne pour un sujet, ou un endroit. Par exemple, le voyage (ou les bijoux, qu’elle confectionne depuis toujours). Sachant comme le monde extérieur agresse les personnes atteintes d’un TSA, j’ai toujours eu l’impression que voyager relevait de l’impossible pour elles. Encore une idée reçue. Angélique m’a prouvé le contraire. Ses deux spécificités ne l’empêchent pas d’aller à la rencontre d’autres cultures. Pour elle, le voyage est salvateur. C’est sa passion, et elle y investit tout ce qu’elle a. Elle n’a jamais eu le mal du pays. Son habitude, qui la rassure, aussi, c’est justement de voyager. Elle adore ça. Et avec son métier de mannequin, elle voyage beaucoup.

“Je vis littéralement pour traverser des frontières”

Mais comme le monde extérieur l’agresse, même en voyage, elle est souvent seule, dans sa bulle. Et elle est bien.

Elle ne vit pas le fait d’être solitaire comme un isolement, bien au contraire. Elle m’explique qu’elle vit seule depuis qu’elle a 17 ans, que ça ne l’a pas dérangée, mais que ce qui la dérange, c’est d’avoir des voisins. Qu’il y ait du bruit. Des sons désagréables. Elle ne ressent pas du tout le fait d’être seule comme un isolement, elle est très bien toute seule. Et puis elle sociabilise quand même, grâce à Internet, une fenêtre sur le monde qui lui permet de se renseigner, d’échanger, sans être agressée, en contrôlant les stimuli.

Le fait de vouloir être seule peut ne pas être compris. L’autre se sent rejeté, alors qu’elle n’avait pas la volonté de le rejeter.

« J’avais juste la volonté de ne pas être avec, d’être seule ».

Car finalement, Angélique est tout à fait en paix avec ses particularités. Avec son fonctionnement. Sa personnalité. Ce qui est difficile, c’est que les gens ne comprennent pas que chacun est différent, et perçoivent négativement ses réactions.

Elle m’expliquait par exemple que si beaucoup de manifestations de son syndrome d’Asperger semblent invisibles, les gens peuvent se rendre compte de certaines choses. Une démarche peu ancrée, qui paraît étrange, car elle est si sensible qu’elle ne peut pas poser tout son pied par terre. Des petits mouvements, aussi, car elle a un besoin vital d’avoir son corps en mouvement. Elle se balance. Marche. Tape des mains. Joue avec ses cheveux, ses doigts. Sur la scène sociale, ça peut être perçu comme négatif, ou dérangeant.

Enfin, comme Angélique n’a pas la capacité de se mettre à la place des autres, elle n’est pas touchée par certaines histoires, et peut faire une remarque mal interprétée socialement. On lui répondra « mais tu te rends pas compte de ce que tu dis ? ». Non. Elle ne s’en rend pas compte. Et comme elle est intelligente, et zèbre, les gens ne peuvent pas comprendre qu’elle ne se rende vraiment pas compte. Alors ils pensent qu’elle fait exprès.

En fait, ce qui la dérange vraiment, ce qu’elle perçoit comme un handicap, c’est le fait que les autres ne soient pas capables de comprendre que chacun est différent, et de s’adapter un minimum pour que l’on vive tous ensemble. Parler moins fort, tamiser la lumière, changer son quotidien pour faire attention à ces petites choses lorsque l’on côtoie une personne hypersensible. Angélique aimerait qu’on apprenne dès le plus jeune âge à vivre ensemble, quelle que soit la différence, le genre, la couleur, l’origine sociale, etc. C’est ce qui l’anime, et qui est beaucoup ressorti dans son témoignage. Elle tient à sensibiliser les gens à ce qu’ils comprennent que tout le monde n’est pas comme eux. L’autre est un monde à part entière. On ne sait pas comment il fonctionne. Chacun est différent. Le fonctionnement de l’autre ne doit pas être pris pour acquis. L’autre n’est pas un miroir de ce que l’on est.

D’ailleurs, elle termine son témoignage en me disant que l’autisme est une bénédiction pour elle.

« Ça me rend vraiment alerte et sensible au fait que chacun est un cas particulier, il n’y a rien qui soit normal, on devrait tout le temps se sentir en voyage. »

Partir à la découverte de quelqu’un d’autre, c’est partir en voyage.

Pour en savoir plus sur l’autisme (les formes sans déficience intellectuelle), je vous conseille ce beau podcast qui reçoit Séverine Leduc, sur les Intelligences Atypiques. Fabienne, de Toulouzebre, a partagé le lien sur son site afin que vous puissiez l’écouter ! Et si vous souhaitez lire d’autres témoignages de zèbres, je conseille celui de Cédric, Maya, Benjamin, Eric

Témoignages

Témoignage – Aurélia, 43 ans. « Mon cerveau m’a sauvé la vie ! »

30 décembre 2018

C’est en racontant son accident à ses amis, à son entourage, et aux policiers, qu’Aurélia s’est rendu compte que son cerveau lui avait sauvé la vie. Lorsqu’elle détaillait ses réactions, sa perception du moment, ce qu’elle a vu, entendu, pensé en 3 secondes à peine, les gens lui ont rétorqué :

Pourtant, ce qu’elle raconte, c’est réellement son ressenti.  Libre aux autres de la croire ou non.

1. L’accident

Un dimanche midi de septembre, Aurélia rentre du marché avec son mari. Ils s’arrêtent dans une petite rue, pour aller chercher du pain. Lui reste dans la voiture. Elle traverse la petite rue et le boulevard pour rejoindre la boulangerie, qui fait l’angle. Avant de traverser, elle regarde des deux côtés. Et voit une voiture au loin. Mais loin. Son regard se fixe alors sur les gâteaux dans la vitrine de la boulangerie, puis vers la droite, sur le présentoir à journaux. Et là, dans son angle mort, elle a comme un flash, une image fixe avec des dames en train de discuter, des gâteaux, des journaux et une voiture près d’elle.

Mais vraiment près.

A ce moment-là, elle sait que la voiture va la percuter.

Alors son cerveau se met en mode “survie”, dans ce qu’elle définit comme une hyper-présence intellectuelle. Pour minimiser l’impact et minimiser les blessures, elle se focalise sur son plan de survie. Une procédure s’affiche dans son cerveau, étape par étape. Elle ne réfléchit pas, elle suit la procédure.

Elle se protège la tête. Se met en boule. Saute pour protéger ses jambes. Se met en position foetale, en “boule élargie” pour amortir l’impact.

« Je ne peux pas expliquer pourquoi j’ai fait ça. A ce moment-là, je le savais, c’est tout. »

Elle arrive sur le capot et le pare-brise, et là son cerveau lui dit “accroche-toi pour ne pas passer au dessus de la voiture, c’est pas bon”. Elle ne sait pas pourquoi, elle sait juste que c’est pas bon. Elle sait qu’elle voit la roue. Elle sait qu’elle ne doit pas mettre de poids en avant car elle va passer dessous. Alors elle essaye de compenser. Elle sent que ça part en avant. Ca veut dire qu’il freine. Donc elle peut lâcher, elle le sait. Elle ne doit pas résister pour pouvoir être projetée le plus loin possible de la voiture. Puis il faut atterrir. Elle essaye de surveiller si la voiture roule toujours. Si elle atterrit et qu’il avance, elle se fait écraser. Donc elle se projette en avant, pour quitter la chaussée. Elle est par terre. Un scan intérieur se fait. La main gauche bouge. OK. La main droite ne bouge pas. La tête a tapé. L’épaule droite fait mal. Elle interpelle les gens.

« J’ai donné des ordres à tout le monde, quand j’y repense. »

Elle est incapable de donner la date, mais elle sait qu’on est dimanche, et  elle sait aussi que jeudi, c’est le 13 septembre, et c’est les 15 ans de son fils. La douleur arrive. Et là, elle pense aux enfants qui attendent à la maison. Il faut les répartir chez des amis, car elle va aller aux urgences. Elle parle. Elle donne des ordres. Elle répond au téléphone des pompiers. La tête commence à tourner. Le médecin lui demande de s’allonger. Elle ne veut pas, car elle a peur de tomber dans les pommes, de ne plus maîtriser. Alors elle organise toute sa semaine.

Son cerveau organise tout. Tout seul.

2. L’après.

A l’hôpital, après l’opération, il faut gérer le stress et la douleur. C’est le cerveau qui dirige, encore, qui prend tout en main. Quand elle m’explique cela, l’accident a eu lieu il y a tout juste 3 semaines. Et 3 semaines après, son cerveau commence tout juste à ralentir, à se poser. A l’hôpital, elle écoute toutes les conversations, sait quelle équipe est présente, connaît les prénoms, le roulement, les diagnostics de chacun. Elle ressent l’angoisse de la petite mamie qui partage sa chambre. Elle ressent tout.  Et n’a qu’une seule idée en tête : rentrer chez elle, pour ne plus avoir de sollicitations.


Mais de retour chez elle, c’est beaucoup d’émotions. Elle retrouve ses enfants, et se rend compte qu’elle n’est pas passée loin de la mort. Ses deux petits zèbres réagissent différemment. Le grand, très indépendant, vient lui faire des câlins, lui coupe sa viande. Le petit, très câlin d’habitude, exprime lui une vive colère. Il s’énerve.

3. L’injustice.

Peu après l’accident, un ami pompier est arrivé sur les lieux. Il a d’abord vu la voiture. Puis Aurélia. Et lui a dit “Oh tu t’en sors bien. Je viens de voir la voiture, et j’ai eu très très peur”. L’impact sur la voiture témoigne de la violence du choc. Pourtant, la gendarmerie doute de la vitesse excessive de la voiture. Le conducteur a changé plusieurs fois de version. La voiture n’a freiné que lorsqu’Aurélia a sauté sur le capot, elle le sait. Pourtant, ils doutent. Parce qu’elle n’a “qu’un bras cassé”.

Elle n’est pas beaucoup blessée, alors cela remet en cause les conditions de l’accident qu’elle décrivait. Quand elle explique aux gendarmes ce qu’il s’est passé, on lui rétorque “parfois, le cerveau donne des images, mais ce n’est pas la réalité de ce qu’il s’est passé”.

“Je me suis demandé ce qu’ils cherchaient. Pourquoi ils mettaient ma parole en doute.”

Son ami pompier lui confirme qu’elle a eu un réflexe incroyable. Elle a sauté. Ce réflexe lui a sauvé la vie, a évité les dégâts plus importants auxquels s’attendaient les gendarmes. Son cerveau lui a sauvé la vie. Ce n’est pas la réaction de tout le monde. Avec du recul, elle est incapable de dire si elle serait capable de réagir à nouveau comme elle l’a fait là. Ca lui sauvé la vie, mais ça s’est imposé à elle.

Il y a eu la violence du choc, l’opération, la douleur, la rééducation, le truc en métal dans le bras, et maintenant, il y a la violence de la remise en cause. Elle doute déjà pas mal toute seule, alors elle n’avait pas besoin qu’on la fasse douter encore plus. Elle avait surtout besoin de dire qu’elle était en colère, de sortir tout ça. Elle a repensé aux dessins vus sur le blog. Au hamster qui tourne dans la tête. Et elle s’est dit que cette histoire pouvait m’intéresser, et intéresser les lecteurs. Bingo. Son histoire m’intéressait, et j’espère qu’elle vous intéressera aussi.

Elle montre la puissance du cerveau. Et c’est beau !

Vous pensez que votre histoire peut intéresser les lecteurs du blog, et vous souhaitez que je rédige votre portrait ? Vous pouvez lire cette page pour savoir comment faire !

Témoignages

Témoignage : Cédric, 27 ans.

18 octobre 2018

J’ai rencontré Cédric au tout début de sa vie professionnelle. Nous venions tout juste d’être embauchés dans une société de conseil, sur profil, et n’avions pas encore de mission. Du coup, nous étions tous les deux dans un minuscule bureau qui ressemblait plus à un cagibi, sans vraiment de tâche à faire, à lire toute la documentation que l’on pouvait trouver sur les disques durs de nos ordinateurs, et à attendre que ça passe. Notre rencontre commence donc par l’ennui. Un ennui tel que notre plus grande occupation de la journée, c’était ça :

Aller boire des verres d’eau pour aller aux toilettes le plus souvent possible. (Véridique)

A l’époque, nous n’avions jamais parlé de zèbre, de haut potentiel ou de personnes douées. Après quelques semaines d’ennui total et d’hydratation intense, nous avons chacun commencé nos missions de conseil chez différents clients, et nous gardions contact, plus ou moins régulièrement. Cédric avait toujours l’air un peu blasé. Il était drôle, mais pas vraiment très dynamique ni enthousiaste quand il parlait de son travail. Et pourtant. Il y a quelques mois, nous avons beaucoup échangé sur nos nouveaux projets respectifs. Sur notre nouvelle façon de voir les choses. Sur Rayures et Ratures et les zèbres, aussi. Et c’est un Cédric complètement différent que j’ai découvert, ayant mille choses en tête, un but, plein d’idées, plein d’envies et une sérénité assez impressionnante. Du coup, j’ai eu envie de vous présenter un peu son parcours, ce qui l’a fait prendre conscience de ce dont il avait besoin et envie, la meilleure décision de sa vie (à date, du moins ! ), et son rêve, son projet, ce qui le motive aujourd’hui. Car je suis sûre que certains d’entre vous se reconnaîtront un peu dans ses questionnements, et pourront trouver quelques pistes et inspirations dans son témoignage.

Cédric a commencé à me raconter son parcours. Il m’expliquait que tout ce qu’il avait fait dans sa vie, c’était par défaut. Choisir son orientation, surtout. Il n’a jamais su ce qu’il voulait faire de sa vie, alors choisir une université, c’était compliqué.

“Je voyais le futur presque comme un truc qui n’arriverait pas. Je ne pouvais pas me projeter”

Il ne se voyait nulle part, alors il a toujours choisi ce qui était vaste, général, qui permettait de bifurquer à n’importe quel moment, et qui, finalement, faisait en sorte qu’il n’ait jamais à prendre de décision. Il a quand même fini en fac d’éco-gestion, où il me raconte que ses camarades l’appelaient “l’escroc” puisqu’il n’était pas très assidu, usait de son statut de sportif de haut niveau pour louper des cours, travaillait juste avant les examens mais réussissait toujours.

“Je n’aimais pas aller en cours, parce qu’il y a du monde, du bruit, il fait chaud, ou il fait froid, il y a de l’écho, ça pue… Je ne supportais pas d’y aller. On dirait que ce sont des détails, mais pour moi non. Ca me perturbait vraiment. Tout le monde pensait que je n’y arriverais pas, mais j’ai eu ma licence.”

Après sa licence, il s’inscrit en master, juste pour avoir un bac +5, parce qu’il n’avait pas de but précis dans sa vie, et que la société nous presse un peu à obtenir un bac +5. Pour choisir son master, la même méthode que d’habitude : choisir la filière la plus ouverte, sans sélection. Il n’y en avait qu’une seule, et ça s’appelait “Gestion de projet”. Cela veut tout et rien dire, c’était parfait pour Cédric. N’étant plus dans un système de partiel mais de contrôle continu, donc beaucoup plus suivi, il avait de meilleures notes et était plus assidu. Avoir un cadre lui a fait du bien.

Et puis, pendant ses études, il décide de partir faire un stage au Mexique. Une sorte de faux stage dans une agence de tourisme, un tout petit truc qui ne l’occupait pas beaucoup. Il s’est donc retrouvé au Mexique, seul, avec quelques notions scolaires d’espagnol, beaucoup de temps libre, et logé chez une connaissance. Il m’expliquait qu’en arrivant dans un nouveau lieu, un nouveau pays, il a besoin d’un peu de temps pour s’acclimater. Besoin d’être tout seul, le temps de s’adapter. La personne qui l’hébergeait ne l’a pas compris, et l’a mis dehors. Alors, il est parti, en se demandant ce qu’il allait faire. Il a trouvé, grâce à un mexicain rencontré par hasard sur un terrain vague lors d’une partie de football, une toute petite chambre chez l’habitant, avec juste un lit. Il a vécu là, et sa seule activité, c’était d’aller jouer au foot sur le terrain vague.

Un jour, par hasard, il voit qu’une auberge de jeunesse cherche quelqu’un, passe l’entretien avec le gérant, et est embauché pour 10€ par jour, malgré son niveau d’espagnol.

“J’ai hésité. Sur Skype, une amie m’a dit “ Fais-le ! ”. Je l’ai fait, mais c’était dur, parce que je ne comprenais pas grand chose. Mais j’ai appris l’espagnol. Ca m’a permis de changer de logement, j’ai trouvé une coloc, et ma vie a commencé à aller mieux. J’ai pu partir voyager, et ce voyage m’a donné l’envie et l’idée de faire une auberge de jeunesse moi-même. J’ai toujours gardé contact avec les gérants de cette auberge.”

Cette expérience au Mexique et les difficultés qui l’ont accompagnée ont posé les premières pierres, les bases de son futur projet. Les idées fleurissent dans sa tête, et son but, son rêve, ce projet qu’il a envie de poursuivre, se construit. Ce projet, c’est de créer une auberge de jeunesse avec son meilleur pote.

Pourquoi ? Parce qu’on peut faire ça n’importe où dans le monde. Il a beaucoup déménagé, il n’a pas vraiment d’endroit où il se sent chez lui, et il sait qu’il n’est pas le seul. Il veut que cette auberge soit une base, où c’est enfin chez lui, dans un endroit qu’il aime, pour accueillir des gens du monde entier. Il veut en faire un lieu qui lui ressemble. Créer cette auberge, c’est trouver un compromis entre la liberté, avoir un chez-soi, accueillir des gens, et faire quelque chose qu’il aime. Il ne veut pas seulement créer un business, il faut que ça ait du sens. Il veut que les gens qui ne se sentent pas bien dans la société sachent qu’ils peuvent avoir un endroit où aller, et travailler.

Pourtant, des idées plein la tête, il rentre en France terminer ses études. Et il revient au cheminement “normal” d’un étudiant en fin de cursus. Il effectue un stage dans une grande boîte de conseil, à Lyon. Le pire stage de sa vie, avec une ambiance bizarre, aucun cadre, pas d’objectif, où personne ne savait ce qu’il fallait faire. Il a alors repris sa valise, et est parti à Paris, où il a commencé à travailler dans une autre société de conseil, en CDI, là où nous nous sommes rencontrés. Ca ne lui correspondait pas, mais il est resté plus d’un an et demi. Plus longtemps que moi.

Ce n’était pas pour lui. Mais avoir un CDI lui permettait d’avoir des congés, donc la possibilité de partir, de voyager, et il en a profité.

Il est reparti, tout seul, à l’étranger. Il devait partir aux Philippines, mais son vol aller a été annulé. Puis son vol retour. Tant pis. La compagnie le rembourse, et il décide alors de choisir une nouvelle destination à la dernière minute, sans rien avoir programmé. Mais où ? Il repense aux cassettes de safaris qu’il regardait quand il était petit, et décide. Ce sera l’Afrique du Sud. Il n’avait rien planifié du tout, et pourtant, il n’aurait pu rêver meilleur voyage. Encore une fois, cette expérience à l’étranger lui apporte quelques pierres supplémentaires, modèle de façon un peu plus précise ses envies, et son projet.

En rentrant, il rompt son contrat de travail. Quand il m’en parle aujourd’hui, il me répète sans cesse que quitter ce CDI a été la meilleure décision de sa vie.

“Tu signes, et on te dit, voilà, c’est ça ta vie, tu vas évoluer, monter en grade dans l’entreprise. C’est horrible. Je ne peux pas imaginer ça comme vie. Ca ne me fait pas du tout rêver. En CDI, je ne voyais pas le bout. Je me sentais hypocrite par rapport à moi-même. Quand j’ai quitté mon CDI, je me suis senti libéré. ”

Pourtant, il continue à travailler, puisque son projet d’auberge n’est pas encore totalement prêt. Mais il travaille en interim, ou en CDD. Avec une date de fin, il se sent mieux. Il ne se sent plus enfermé. Il sait qu’il peut s’arrêter pour partir sur d’autres projets. Et entre deux contrats, il repart à l’étranger. Mais cette fois, avec des amis, en Asie. Ce voyage lui permet de clarifier ses idées, de se rendre compte qu’il n’aime pas voyager en groupe tout le temps, qu’il a besoin de voyager seul aussi, et surtout, qu’il n’aime pas voyager en touriste. Aller visiter un pays, dépenser de l’argent, être au dessus de la population locale avec son salaire parisien, il n’aime pas ça. En Asie, avec ses amis, il était accueilli, mais pas intégré. Ce qu’il veut, c’est travailler, avoir des projets dans le pays, être intégré à la population locale, créer un rituel, des habitudes avec des gens. Créer une routine, pour vivre et expérimenter le pays.

Fort de ce nouveau voyage et des enseignements sur lui-même et sur ses choix qu’il a pu en tirer, il rentre à Paris, recommence à travailler, en portage salarial cette fois, afin d’avoir un plus gros salaire et de mettre de côté pour son projet d’auberge qui devient de plus en plus concret. Il ne mène pas la grande vie, il met tout de côté. Il n’a pas non plus d’appartement. Il a changé 10 fois en 3 ans. Il a juste son vélo, son sac à dos, et vit comme un backpacker, mais dans Paris, avec un travail bien payé. Trouver un logement à Paris sans CDI, c’est de la débrouille et du bric à brac. Et il aime ça. Ça le stimule. Ca le met dans un équilibre instable, et il ne s’ennuie pas.

“Je me mets volontairement dans ces situations, car je serais obligé d’y arriver. Je ne me laisse plus le choix que d’y arriver. Si je ne faisais pas ça, je serais le type le plus flemmard de l’univers !”

Quitter son CDI, vivre comme un backpacker dans Paris, ce n’est pas toujours très bien perçu dans la société, et dans le monde du travail. C’est perçu comme de l’instabilité. Pourtant, Cédric se sent plus stable personnellement et émotionnellement maintenant, parce qu’il a un but, un cap.

“Je ne me suis jamais senti aussi stable que depuis que les gens me trouvent instable”

En fait, le plus dur, c’est le premier pas. Prendre conscience que l’on s’ennuie, dire non, dire stop, avoir envie de changer, prendre la décision de le faire. On ne peut jamais être sûr de ce que l’on retrouvera. Ce sera toujours instable, incertain. Mais il faut se faire confiance. Il y a une sorte de courant de la vie. Parfois, on nage à contre-courant, on force et on se fatigue. C’est ce qu’il faisait avant. Là, il se laisse porter, sans être passif, puisqu’il a des milliers de projets en cours, mais en faisant confiance. “On verra”, dit-il, “Je n’ai pas besoin d’avoir de certitudes pour le futur. Je ne veux pas tout programmer. J’ai confiance en ce qui va arriver. On verra. Je me débrouillerai”. Cette sérénité, il l’a acquise en voyageant, en se faisant mettre dehors dans un pays qu’il ne connaissait pas, en vivant des moments difficiles, et en s’en sortant quand même. Par lui-même. En se débrouillant.

“Vouloir tout programmer, c’est un poison. Il faut juste faire confiance. Quand tu prends le chemin de ce que tu veux faire, ça se passe bien. ”

Il arrête de se torturer l’esprit pour tout. Il ne cherche plus à batailler. Il rumine beaucoup moins qu’avant. Il laisse couler. Alors, avec son petit air nonchalant, les gens ont l’impression qu’il se fout de tout. Pourtant, il est beaucoup plus présent qu’avant, et très impliqué dans tout ce qu’il fait. Il a un but, plein de projets en cours, il est passionné, très actif, curieux, intéressé par tellement de sujets. Nos dernières discussions étaient bien loin des premières. Exit la fontaine à eau comme distraction principale de la journée. Dans un petit bistrot d’un quartier cosmopolite de Paris, nous avons discuté projet, cryptomonnaies, êtres humains, valeur, temps, avenir, monde, voyage, envies, travail, k-way, relations amoureuses, applications, livres, entrepreneuriat… Pris par la passion de nos projets respectifs, nous n’avons plus le temps de nous ennuyer, comme avant. Mais nous pensons tout de même à nous hydrater 😉

“Quitter mon CDI a été la meilleure décision personnelle, professionnelle, et financière. Depuis que je l’ai quitté, je suis alerte sur plein de choses. J’étais résigné, je ne voyais pas d’issue. Là je suis heureux, curieux. Tant que j’ai ce projet en tête, tout va bien pour moi.”

Et ce projet, on va le suivre ensemble. Je vous donnerai des nouvelles. Fin Août, il a terminé son contrat à Paris. Et dans quelques semaines, il s’envole pour le Canada puis la Colombie, où il a déjà commencé à repérer de potentielles maisons qui pourraient devenir son auberge. Il veut expérimenter le pays, l’ambiance.

Et, ensuite, il verra.

Si vous pensez que votre histoire peut intéresser les lecteurs du blog, et que vous souhaitez que je rédige votre portrait, vous pouvez aller lire cette page !

Témoignages

Haut potentiel, harcelé, passionné. Le témoignage d’Hugo, 19 ans.

16 mai 2018

Haut Potentiel, harcelé, passionné.

J’ai rencontré Hugo par hasard, à l’été 2017, au détour d’une formation en ligne sur la construction de sites internet. Nous avions échangé brièvement sur nos projets respectifs (lui sur une association pour lutter contre le harcèlement scolaire, moi sur Rayures et Ratures) et, allez savoir pourquoi, je n’ai pas été très étonnée lorsqu’il m’a dit que ça lui parlait, qu’il avait été identifié “haut potentiel”.

Le sachant très impliqué dans la lutte contre le harcèlement scolaire sans pour autant connaître son histoire personnelle, j’ai tout de suite pensé à lui pour témoigner sur le sujet, et apporter un peu de concret à mes articles. Je ne vous souhaite pas forcément de vous reconnaître dans son témoignage, mais j’espère qu’il pourra inspirer ceux d’entre vous qui ont été, sont ou seront victimes de harcèlement.

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Hugo a été harcelé à l’école depuis tout petit. Il ne sait plus trop quand ça a commencé. Aux alentours de 6 ans, sûrement. Il subissait des moqueries, car il louchait d’un oeil.

C’est à peu près au même moment qu’on commence à s’interroger sur sa douance. Il sait lire avant le CP, il a appris tout seul. Il a du mal à se faire des amis, et se demande pourquoi. Est-ce qu’il est bizarre ? Différent ? Il consulte un psychologue scolaire, qui lui propose de sauter une classe, mais il refuse. De classe en classe, les choses évoluent. Il passe du “bigleux” à l’”intello”, mais les insultes sont toujours là. Le harcèlement provoque chez lui des troubles du comportement alimentaire et une prise de poids, et d’”intello”, on le nomme alors le “gros de service”.

Puis plus il avance dans son parcours scolaire, plus les insultes se transforment en coups, et en menaces. Du harcèlement moral des petites classes, on passe au harcèlement physique au collège. Scolarisé dans une petite école de campagne, il n’y a qu’une seule classe par niveau, alors il fait quasiment toute sa scolarité avec ses harceleurs. Il change d’établissement en 4ème (pour des raisons familiales, non liées au harcèlement), mais cela ne change rien. “Le nouvel établissement n’était pas très loin de l’ancien, donc la réputation reste”. Durant un voyage scolaire, ses nouveaux camarades l’ont filmé en train de ronfler, et ont diffusé la vidéo sur les réseaux sociaux. Juste comme ça, pour se moquer. Cela dépasse même le cercle scolaire. Il me raconte comment, en marchant dans les rues de son village, les gens se moquaient. Et lui ne savait pas pourquoi. Insultes, menaces, coups puis exclusion, réputation entachée, isolement… Le harcèlement se manifeste de façons variées.

Quand je lui demande s’il se rendait compte qu’il s’agissait d’harcèlement, et que c’était grave, il ne sait pas trop quoi répondre. Et puis ça vient. Au début, non, il ne se rendait pas compte. Il n’a jamais réussi à créer de lien avec ceux de son âge, mais il ressentait le besoin d’appartenir à un groupe. Alors pour se sentir intégré, il était prêt à tout supporter. Puis il finit par se rendre compte que ce n’est pas normal de subir ces insultes et ces coups, mais dit que c’est compliqué car il est “addict” au harcèlement.

En fait, pendant les vacances scolaires, loin de ses harceleurs, il trouve “bizarre” de ne pas être harcelé. Ce qui montre à quel point ces insultes, coups et menaces faisaient partie intégrante de son quotidien.

Pendant les vacances…

Le harcèlement a des conséquences dramatiques sur ses victimes. Les chocs psychologiques et les troubles alimentaires provoquent chez lui un diabète, qui le mène jusqu’à un coma diabétique. Pour des raisons médicales, il quitte alors le système scolaire, et va à l’hôpital. Il passe son bac avec succès à distance, via le CNED. Sortir du système lui a permis de sortir de la spirale de harcèlement scolaire, mais “ce n’est pas une solution”.

 

 

La déscolarisation ne doit pas être une solution, c’est un dernier recours. Fuir un harcèlement n’est pas une bonne idée.”

 


Aujourd’hui, Hugo ne subit plus de harcèlement, mais conserve des séquelles, et notamment cette grande souffrance. Car il n’a pas vécu une enfance dans l’insouciance. Il n’a pas vécu une enfance “normale”. Et à Noël ou aux anniversaires, là où la magie de l’enfance ressurgit normalement, il y repense.

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Ce qui lui a permis de tenir toutes ses années face au harcèlement scolaire, c’est la passion. Une véritable passion pour l’audiovisuel et le cinéma. Il a écrit son premier scénario de long métrage à 6 ans (OUI OUI, 6 ans, pendant que moi je jouais aux playmobils). Le scénario d’un long métrage historique, avec des chapeaux haut-de-forme et des cannes, dans le Londres des années 1830.

A 14 ans, il réalise le trailer de ce projet de film, réussit à mobiliser plus d’une centaine de figurants, et passe sur France 3. En parallèle, et malgré son jeune âge, il développe de nombreux projets audiovisuels (dont une web-série qu’il réalise) et fait de très belles rencontres.

Cette passion lui permet de tenir le coup. A travers le cinéma, il peut s’exprimer.

 

Je ne serais pas forcément en vie aujourd’hui si je n’avais pas eu cette passion.”

 

En mai 2017, alors hospitalisé pour ses problèmes de diabète, Hugo a la volonté de faire du harcèlement qu’il a subi une force. C’est impossible pour lui de ne rien faire. Il a su tenir bon grâce à sa passion pour le cinéma, et compte bien aider les autres. Alors depuis sa chambre d’hôpital, il réfléchit à une association pour lutter contre le harcèlement scolaire, et publie des vidéos sur les réseaux sociaux pour expliquer son projet. A chaque nouvelle vidéo, son audience grandit. De plus en plus de personnes les regardent. Le sujet parle à beaucoup de gens, et cela le conforte dans son projet, qu’il mûrit tranquillement. Il est convaincu qu’avant d’apprendre aux jeunes à se défendre, il faut les aider à se reconstruire. Il faut restaurer leur confiance.

 

 

En se défendant, en répondant, on règle peut-être le problème à l’instant T, mais en réalité on le cache. Il faut traiter le problème dans le fond, et redonner confiance aux jeunes. Qu’ils retrouvent le fond d’eux-mêmes”.

 

Et c’est ce qu’il fait aujourd’hui grâce à son association Harassers U GO! (HUGO), créée début 2018 et qui comporte 4 pôles :

 

Le pôle sensibilisation au scolaire, pour sensibiliser de manière interactive, ludique, avec un débat et des témoignages concrets.

Le pôle “accompagnement”, pour accompagner des jeunes victimes de harcèlement à travers une passion, que ce soit un art, un sport, un loisir. Le but est de définir une passion avec les jeunes (s’ils n’en ont pas identifié une), puis de les guider dans ce projet, pour qu’ils concentrent leur énergie là dessus. Car la passion peut, comme Hugo, les sauver.

Le pôle projet artistique, pour sensibiliser grâce à des court-métrages ou autres supports.

Et enfin le pôle recherche et formation, avec la création d’un comité d’étude virtuel sur toute la France et la formation des enseignants et du personnel éducatif.

 

Son association a une présence en ligne très importante. Car aujourd’hui, le harcèlement scolaire ne s’arrête plus à la classe ou à la cour d’école, il continue de plus en plus à travers les réseaux sociaux. De nombreux jeunes sont victimes de cyber-harcèlement, et c’est important que ces personnes harcelées sur les réseaux sociaux puissent aussi y trouver des alliés. Comme Harassers U GO.

 

Liens utiles : 

Le lien vers l’association d’Hugo pour lutter contre le harcèlement scolaire : http://www.asso-hugo.fr

Pour soutenir son association et faire un don : https://www.donnerenligne.fr/harassers-u-go/faire-un-don

Et pour adhérer : hugo.fr/campagne-adhesion

 

 

Témoignages

Témoignage – Eric, 49 ans

18 mai 2017

 

Témoignage d’adulte surdoué

Quand j’ai demandé à Eric de me raconter son histoire, il m’a répondu qu’elle était probablement semblable à d’autres. Parce qu’il y a un avant, le Eric en proie à un mal être cyclique inexpliqué, un pendant, la découverte de son fonctionnement (et de sa douance) grâce à une psychologue, et un après, le nouvel Eric qui reprend confiance, assume et entreprend de nouveaux projets avec beaucoup d’espoir.

Avant.

Enfant, il s’adaptait aux autres. Il voyait bien qu’il était plus curieux que ses camarades, moins à l’aise en groupe, mais le décalage ne se faisait pas tant sentir. Scolairement, il était dans la moyenne. Sans effort mais avec beaucoup d’ennui, il a poursuivi une scolarité « normale » allant jusqu’à la licence de droit. Ni en difficulté, ni brillant.

C’est à l’âge adulte que le décalage s’est révélé, et s’est creusé. L’ennui, déjà, était toujours là. Lors de notre échange, Eric m’a écrit « L’ennui est aussi créateur de décalage, les autres ne comprennent pas qu’à certains moments je deviens silencieux et n’ai plus rien à leur dire. Je les aime mais ils m’ennuient ». Un zèbre cherche inconsciemment à être constamment stimulé, à apprendre, à se nourrir intellectuellement, sinon il s’ennuie. C’est ce qui lui a d’ailleurs posé problème lors de ses relations amoureuses. Il avait tendance à s’ennuyer très vite, et à abréger.

Ensuite, Eric, comme de très nombreux zèbres, a cette particularité si précieuse mais si difficile à assumer parfois qu’est l’hypersensibilité. Pour un homme, avoir une empathie sur-développée et une sensibilité exacerbée, traits de personnalité trop souvent perçus comme « féminins », n’est pas toujours compris ni accepté.

Enfin, il m’avouait lors de nos échanges avoir toujours été très « embêté » par sa pensée envahissante, qui ne s’arrête jamais et l’empêche de dormir.

Révélation.

Face à cet ennui, à ce mal-être et à ses déboires, Eric s’est décidé à consulter une psychologue il y a quelques mois. Il croyait consulter pour dépression, pourtant, après quelques semaines de discussion, le moment venu, elle lui a conseillé un livre, celui de Jeanne Siaud-Facchin sur l’adulte surdoué. Eric l’a lu, relu, surligné, et s’est retrouvé si bien décrit et analysé qu’il en a pleuré. Ce n’est pas le seul à m’avoir fait cette confidence. Pour beaucoup de novices en la matière, d’adultes incompris par eux-mêmes, ce livre a été le point de départ d’un long chemin vers la compréhension de soi.

Pourtant, comme beaucoup d’adultes surdoués se découvrant tardivement, sa première réaction a été « Moi, surdoué ? C’est de moi que l’on parle ? Serais-je intelligent ? Comment ça, les autres ne pensent pas comme moi ? ». Lorsque l’on fonctionne et que l’on réagit d’une certaine façon depuis toujours, on ne se pense pas singulier. Le déni n’a pas duré longtemps, Eric a fait confiance à sa psychologue, elle-même surdouée, et des lectures de témoignages et de livres sur le sujet, dans lesquels il se retrouvait entièrement, ont fini de le convaincre.

Les phases de révélation puis de déni et d’acceptation passées, Eric a rebalayé sa vie, et compris beaucoup de choses.

Après.

Le nouvel Eric. En quelques mois, il a repris peu à peu confiance, en lui et en ses capacités. Il dit même qu’avec l’acceptation et la compréhension de soi, ses capacités se sont « aiguisées ». Il s’est remis à l’écriture, une passion abandonnée depuis longtemps, et a commencé à écrire un livre (enfin à l’heure où j’écris cet article, il l’a déjà terminé !). Il assume dorénavant son hypersensibilité à 100%, et cherche, à travers la méditation, à canaliser sa pensée galopante plutôt que de la freiner. Il a fait de sa pensée envahissante, qui autrefois lui posait problème, une force créatrice qu’il utilise dans l’écriture.

Aujourd’hui, il assume tout. Sa singularité, il en a fait une force.

Voici d’ailleurs ses propres mots pour clore le témoignage :

« J’entame la deuxième partie de ma vie, seul avec moi-même mais avec beaucoup d’espoir. Être précoce est une richesse, et l’ayant compris, j’espère en faire quelque chose ! »

Son conseil aux autres zèbres :

« Il faut se dire que notre différence est une force et que l’on peut se rapprocher des autres tout en ne se niant pas,  en apportant notre pierre à l’édifice ! »

Témoignages

Témoignage – Benjamin, 26 ans

15 avril 2017

 

 

Benjamin a toujours eu du mal à trouver sa place. Enfant, personne ne lui a parlé de précocité, mais il avait toujours l’impression d’être en décalage à l’école, avec une vision et une conception du monde très différentes de celles des autres. Une sensibilité particulière, aussi. Et un esprit très créatif.

Pourtant, jeune adulte, il a commencé par essayer de se conformer au standard général. 5 ans d’études en management, la signature d’un CDI, 3 ans en entreprise. Puis c’est le déclic. Choqué par la vacuité des tâches à réaliser, il ne trouve pas de sens à suivre le traditionnel « métro boulot dodo ». Il explique que ses collègues ressemblent à des machines programmées pour faire des tâches ridicules, comme s’ils avaient perdu toute capacité de questionnement et d’émerveillement.

Profondément déprimé, il n’a cessé de questionner son décalage. Pourquoi lui ne peut pas faire comme tout le monde ? Qu’est ce qui ne tourne pas rond chez lui ? Pourquoi ce qui semble convenir à une majorité ne le satisfait pas ?

Alors, il s’est dit qu’il fallait trouver autre chose, qui lui correspondrait plus, une nouvelle voie où il pourrait s’épanouir. Il avait désespérément besoin d’apercevoir autre chose. La possibilité d’autre chose. Il s’ensuivit de longues heures en tête à tête avec son ami Google, qui malheureusement n’a pas trouvé la solution miracle, le job miracle.

C’est par hasard, en cherchant des informations sur un jeu, que Benjamin a trouvé une rubrique sur les différents métiers du jeu vidéo et découvert le métier de Game Designer.

Révélation ! C’est un métier qui demande curiosité, ouverture d’esprit et créativité. Tout ce qu’il recherche. Il s’occuperait de la conceptualisation des règles et des niveaux de jeux, de la narration et du ressenti du joueurs, tandis que les graphistes s’occuperaient du dessin et de la 3D.

Après une série de péripéties, Benjamin réussit à intégrer une école de game design dans laquelle il est toujours aujourd’hui. Lors de nos échanges, il m’écrivait « Je me sens maître de mon destin et j’ai la conviction de trouver une place pouvant me convenir ».

Trouver sa place. Enfin. Car « le Game Design nécessite à la fois de la technique, du management, de la culture ». Il a trouvé ce qui lui permettait d’utiliser sa passion, sa créativité et sa curiosité. Il a trouvé un secteur qui l’intéressait, qui lui offrait de nombreuses possibilités différentes, et dans lequel il sent qu’il peut s’y faire une place. Il a essayé de trouver un juste milieu entre raison et passion, et d’après nos échanges, il semblerait qu’il ne change de secteur pour rien au monde !

Son conseil :

« Il ne faut pas désespérer de penser et voir le monde différemment, il faut oser faire des choix un peu fous, même si ils ne sont pas évidents dans notre société formatée. »

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