Témoignages

Témoignage – Eric, 49 ans

18 mai 2017

 

Témoignage d’adulte surdoué

Quand j’ai demandé à Eric de me raconter son histoire, il m’a répondu qu’elle était probablement semblable à d’autres. Parce qu’il y a un avant, le Eric en proie à un mal être cyclique inexpliqué, un pendant, la découverte de son fonctionnement (et de sa douance) grâce à une psychologue, et un après, le nouvel Eric qui reprend confiance, assume et entreprend de nouveaux projets avec beaucoup d’espoir.

Avant.

Enfant, il s’adaptait aux autres. Il voyait bien qu’il était plus curieux que ses camarades, moins à l’aise en groupe, mais le décalage ne se faisait pas tant sentir. Scolairement, il était dans la moyenne. Sans effort mais avec beaucoup d’ennui, il a poursuivi une scolarité « normale » allant jusqu’à la licence de droit. Ni en difficulté, ni brillant.

C’est à l’âge adulte que le décalage s’est révélé, et s’est creusé. L’ennui, déjà, était toujours là. Lors de notre échange, Eric m’a écrit « L’ennui est aussi créateur de décalage, les autres ne comprennent pas qu’à certains moments je deviens silencieux et n’ai plus rien à leur dire. Je les aime mais ils m’ennuient ». Un zèbre cherche inconsciemment à être constamment stimulé, à apprendre, à se nourrir intellectuellement, sinon il s’ennuie. C’est ce qui lui a d’ailleurs posé problème lors de ses relations amoureuses. Il avait tendance à s’ennuyer très vite, et à abréger.

Ensuite, Eric, comme de très nombreux zèbres, a cette particularité si précieuse mais si difficile à assumer parfois qu’est l’hypersensibilité. Pour un homme, avoir une empathie sur-développée et une sensibilité exacerbée, traits de personnalité trop souvent perçus comme « féminins », n’est pas toujours compris ni accepté.

Enfin, il m’avouait lors de nos échanges avoir toujours été très « embêté » par sa pensée envahissante, qui ne s’arrête jamais et l’empêche de dormir.

Révélation.

Face à cet ennui, à ce mal-être et à ses déboires, Eric s’est décidé à consulter une psychologue il y a quelques mois. Il croyait consulter pour dépression, pourtant, après quelques semaines de discussion, le moment venu, elle lui a conseillé un livre, celui de Jeanne Siaud-Facchin sur l’adulte surdoué. Eric l’a lu, relu, surligné, et s’est retrouvé si bien décrit et analysé qu’il en a pleuré. Ce n’est pas le seul à m’avoir fait cette confidence. Pour beaucoup de novices en la matière, d’adultes incompris par eux-mêmes, ce livre a été le point de départ d’un long chemin vers la compréhension de soi.

Pourtant, comme beaucoup d’adultes surdoués se découvrant tardivement, sa première réaction a été « Moi, surdoué ? C’est de moi que l’on parle ? Serais-je intelligent ? Comment ça, les autres ne pensent pas comme moi ? ». Lorsque l’on fonctionne et que l’on réagit d’une certaine façon depuis toujours, on ne se pense pas singulier. Le déni n’a pas duré longtemps, Eric a fait confiance à sa psychologue, elle-même surdouée, et des lectures de témoignages et de livres sur le sujet, dans lesquels il se retrouvait entièrement, ont fini de le convaincre.

Les phases de révélation puis de déni et d’acceptation passées, Eric a rebalayé sa vie, et compris beaucoup de choses.

Après.

Le nouvel Eric. En quelques mois, il a repris peu à peu confiance, en lui et en ses capacités. Il dit même qu’avec l’acceptation et la compréhension de soi, ses capacités se sont « aiguisées ». Il s’est remis à l’écriture, une passion abandonnée depuis longtemps, et a commencé à écrire un livre (enfin à l’heure où j’écris cet article, il l’a déjà terminé !). Il assume dorénavant son hypersensibilité à 100%, et cherche, à travers la méditation, à canaliser sa pensée galopante plutôt que de la freiner. Il a fait de sa pensée envahissante, qui autrefois lui posait problème, une force créatrice qu’il utilise dans l’écriture.

Aujourd’hui, il assume tout. Sa singularité, il en a fait une force.

Voici d’ailleurs ses propres mots pour clore le témoignage :

« J’entame la deuxième partie de ma vie, seul avec moi-même mais avec beaucoup d’espoir. Être précoce est une richesse, et l’ayant compris, j’espère en faire quelque chose ! »

Son conseil aux autres zèbres :

« Il faut se dire que notre différence est une force et que l’on peut se rapprocher des autres tout en ne se niant pas,  en apportant notre pierre à l’édifice ! »

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18 Comments

  • Reply Audrey 18 mai 2017 at 8 h 27 min

    Ce témoignage me fait me dire que ce pourrait être moi dont on parle . Merci à Eric pour sa contribution et à toi Chloé pour le partage !

  • Reply Aurélie 18 mai 2017 at 9 h 10 min

    Je partage à 100 %. Merci !

  • Reply ZébrinusMaximus 18 mai 2017 at 9 h 32 min

    Euh… Bon mis à part l’écriture (j’ai pas encore pris le temps de m’y remettre moi!) ça pourrait être trait pour trait mon histoire!

  • Reply ERIC 18 mai 2017 at 10 h 33 min

    Merci Chloé, du fond du cœur !… tu as su retranscrire mon témoignage avec émotion et justesse, j’en ai les larmes aux yeux !

    • Reply Rayures et Ratures 18 mai 2017 at 11 h 05 min

      Merci à toi d’avoir répondu à mon appel à témoignages 🙂

  • Reply Eric 18 mai 2017 at 11 h 05 min

    Merci Chloé, du fond du cœur ! et tu le sors le jour de la saint Eric en plus ! Quel esprit ! 😉

  • Reply Stéphanie 18 mai 2017 at 13 h 31 min

    Mon histoire également… j’aurai pu écrire ce texte !

  • Reply Cindy 18 mai 2017 at 17 h 35 min

    Je dois dire que je suis interpellée. J’ai appris que mon fils de 10 ans est zèbre en février dernier. J’ai lu un livre (même auteur que cité) à ce sujet et ce sentiment perturbant de me reconnaître. Comme si quelqu’un me décrivait. Moi qui a été traitée comme une ratée enfant , en echec scolaire une partie… J’ai toujours pensé être différente des autres et plus idiote et incapable. Enfant au fond de moi je pensais venir d’une autre planète. L’âge venant et l’expérience m’ont permis d’avoir plus confiance, mais c’est un long chemin. Pour autant j’ai du mal à y croire… Moi ? Peut être aurai je la même avancée qu’Eric…. Merci pour ce témoignage.

    • Reply Cindy 18 mai 2017 at 17 h 37 min

      Je dois dire que je suis interpellée. J’ai appris que mon fils de 10 ans est zèbre en février dernier. J’ai lu un livre (même auteur que cité) à ce sujet et ce sentiment perturbant de me reconnaître. Comme si quelqu’un me décrivait. Moi qui ai été traitée et vue comme une ratée, enfant , en échec scolaire une partie… J’ai toujours pensé être différente des autres et plus idiote. Enfant au fond de moi je pensais venir d’une autre planète. L’âge venant et l’expérience m’ont permis d’avoir plus confiance, mais c’est un long chemin. Pour autant j’ai du mal à y croire… Moi ? Peut être aurai je la même avancée qu’Eric…. Merci pour ce témoignage.

  • Reply Elisia 19 mai 2017 at 21 h 29 min

    L’histoire ne dit pas s’il a passé un test de QI ?

    • Reply Rayures et Ratures 28 mai 2017 at 13 h 22 min

      Non, nous n’avons pas discuté des détails, il a été identifié par une psychologue professionnelle experte du sujet, mais test de QI ou autre, je ne sais pas 🙂

  • Reply fabienne 5 juin 2017 at 20 h 15 min

    Me suis tellement retrouvée dans ce portrait. J’ai consulté pendant des années, jusqu’à ce qu’une psy me dise ça il y a qqs mois … J’ai 49 ans moi aussi. Et j’ai lu ce même livre qui m’a beaucoup émue.
    Merci pour ce témoignage, on se sent moins seul !

  • Reply Christophe 7 juin 2017 at 9 h 04 min

    Même point de départ pour moi. Je me suis découvert zèbre à 51 ans, après avoir lu le bouquin de Jeanne Siaud-Facchin (et l’avoir annoté consciencieusement, comme je ne l’ai jamais fait avec aucun autre livre), puis avoir passé les tests nécessaires. Je savais bien qu’il me manquait une information cruciale à propos de moi-même, pour expliquer ce sentiment de différence, mais ç’aurait été tellement présomptueux de me supposer « surdoué ».

    • Reply Rayures et Ratures 7 juin 2017 at 10 h 25 min

      C’est le cas de beaucoup de gens, d’autant que le mot « surdoué » reste, je trouve, très connoté, et du coup on a du mal à s’imaginer « être surdoué ». Moi la première 😉
      Je suis contente que vous ayez fini par trouver cette information cruciale qu’il vous manquait 🙂

  • Reply Armelle 20 novembre 2017 at 15 h 55 min

    Bonjour,

    Je ne sais pas si quelqu’un a la réponse à ma question, mais peut-être que tu auras un début de réponse. Je viens de découvrir ce qu’est un zèbre, je suis très choquée parce que je partage certains aspects, je me reconnais tout entier dans le témoignage d’Eric par exemple. Je viens de parcourir le blog, je n’ai pas tous les aspects et j’ai la certitude de ne pas en être une. Donc ma question : est-il possible d’avoir certaines caractéristiques de zèbres, sans en être un ? Je veux dire, est-ce qu’on a déjà vu ça, que quelqu’un réagisse sur certains points comme un zèbre, mais qu’en fait c’est tout autre chose ?
    Super blog en tout cas, j’adore les illustrations, c’est vraiment top.

    • Reply Rayures et Ratures 20 novembre 2017 at 16 h 36 min

      Bonjour Armelle !
      Merci beaucoup pour tes encouragements 🙂

      Il est tout à fait possible d’avoir certaines caractéristiques des zèbres sans en être un, ce sont des caractéristiques humaines avant tout et n’importe qui peut se retrouver dans l’hypersensibilité, la pensée divergente, etc, etc. Le zèbre aura tendance à les cumuler, mais tout le monde peut se retrouver dans certains chapitres, c’est normal.

      Se retrouver dans les caractéristiques ne veut pas dire que tu es forcément un zèbre, mais peut-être l’es tu tout de même ! En quoi as-tu la certitude de ne pas en être ?

      A bientôt !

      Chloé

  • Reply Armelle 22 novembre 2017 at 10 h 55 min

    Merci beaucoup d’avoir pris le temps de répondre, c’est super gentil !
    A vrai dire je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai la certitude de ne pas en être.
    En fait, ça fait 5 jours que j’ai découvert ce que c’est. Ça a été un grand choc. Depuis j’oscille entre euphorie totale et remise en question. D’un côté j’ai l’impression d’avoir trouvé quelque chose qui me correspond totalement, de l’autre je me dis que je me force peut-être à entrer dans un nouveau moule, que c’est peut-être l’effet Barnum ou autre. Deux minutes après je me dis non c’est pas possible, il y a trop de coïncidences. Je t’avoue que j’en ai plus qu’assez d’y penser, en essayant de penser à autre chose je fini par y revenir, ça fait 5 jours non stop, je suis épuisée et complètement perdue …
    Sans parler de mes proches qui me disent que je perds mon temps, que je cherche des problèmes où il n’y en a pas.
    Bref je raconte un peu ma vie mais bon…
    Pour répondre à ta question, je pense ne pas en être parce que je ne me sens pas super forte dans ma tête, j’ai pas l’impression d’être une foudre (j’ai lu un peu partout que ça ne veut rien dire, mais je ne sais pas, le doute total). J’ai rendez-vous avec une psy, mais j’ai pas la patience d’attendre, je voudrais être vite fixée. Je voudrais un diagnostic quel qu’il soit. J’ai lu des tas de témoignages d’adultes qui se sont découverts tardivement, je n’arrête pas de me dire : « mais c’est fou ! c’est moi ! » puis 5 minutes après je lis autre chose et je me dis « ah non peut-être pas en fait », et rebelote.
    Et puis je me compare au monde entier, et je me dis : « mais tout le monde fait ça en fait ! pour qui je me suis prise encore !?! « , puis je me dis mais alors pourquoi est-ce que personne n’a l’air de se remettre en cause et de se trouver anormal, il y a vraiment quelque chose qui m’échappe…
    Et là en écrivant tout ça je me sens tout à fait ridicule, parce que je ne sais pas trop ce que tu vas me répondre, que tu vas peut-être juste penser que je suis une folle hésitante et puis c’est tout (si c’est le cas tu peux me le dire ). Egoïstement, j’aimerais vraiment ton avis ou celui d’autres personnes – même si je me dis que vous allez me dire d’attendre l’avis de la psy, ou de faire les tests- Bref je m’arrête là …
    Encore merci de ton retour.
    Armelle

    • Reply Rayures et Ratures 23 novembre 2017 at 9 h 48 min

      Bonjour Armelle !
      Parfois, effet Barnum ou pas, se reconnaître dans des écrits, témoignages, caractéristique, ça fait juste du bien ! Que l’on soit zèbre ou non. Se reconnaître rassure.
      Je ne te prends pas du tout pour une folle hésitante 😉 Mais je pense que si tu te poses la question, il faut effectivement attendre l’avis du psy ! Zèbre ou non, il pourra t’expliquer comment tu fonctionnes et tes propres caractéristiques !
      Bon courage pour l’attente !

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