Témoignages

Témoignage – Aurélia, 43 ans. « Mon cerveau m’a sauvé la vie ! »

30 décembre 2018

C’est en racontant son accident à ses amis, à son entourage, et aux policiers, qu’Aurélia s’est rendu compte que son cerveau lui avait sauvé la vie. Lorsqu’elle détaillait ses réactions, sa perception du moment, ce qu’elle a vu, entendu, pensé en 3 secondes à peine, les gens lui ont rétorqué :

Pourtant, ce qu’elle raconte, c’est réellement son ressenti.  Libre aux autres de la croire ou non.

1. L’accident

Un dimanche midi de septembre, Aurélia rentre du marché avec son mari. Ils s’arrêtent dans une petite rue, pour aller chercher du pain. Lui reste dans la voiture. Elle traverse la petite rue et le boulevard pour rejoindre la boulangerie, qui fait l’angle. Avant de traverser, elle regarde des deux côtés. Et voit une voiture au loin. Mais loin. Son regard se fixe alors sur les gâteaux dans la vitrine de la boulangerie, puis vers la droite, sur le présentoir à journaux. Et là, dans son angle mort, elle a comme un flash, une image fixe avec des dames en train de discuter, des gâteaux, des journaux et une voiture près d’elle.

Mais vraiment près.

A ce moment-là, elle sait que la voiture va la percuter.

Alors son cerveau se met en mode “survie”, dans ce qu’elle définit comme une hyper-présence intellectuelle. Pour minimiser l’impact et minimiser les blessures, elle se focalise sur son plan de survie. Une procédure s’affiche dans son cerveau, étape par étape. Elle ne réfléchit pas, elle suit la procédure.

Elle se protège la tête. Se met en boule. Saute pour protéger ses jambes. Se met en position foetale, en “boule élargie” pour amortir l’impact.

« Je ne peux pas expliquer pourquoi j’ai fait ça. A ce moment-là, je le savais, c’est tout. »

Elle arrive sur le capot et le pare-brise, et là son cerveau lui dit “accroche-toi pour ne pas passer au dessus de la voiture, c’est pas bon”. Elle ne sait pas pourquoi, elle sait juste que c’est pas bon. Elle sait qu’elle voit la roue. Elle sait qu’elle ne doit pas mettre de poids en avant car elle va passer dessous. Alors elle essaye de compenser. Elle sent que ça part en avant. Ca veut dire qu’il freine. Donc elle peut lâcher, elle le sait. Elle ne doit pas résister pour pouvoir être projetée le plus loin possible de la voiture. Puis il faut atterrir. Elle essaye de surveiller si la voiture roule toujours. Si elle atterrit et qu’il avance, elle se fait écraser. Donc elle se projette en avant, pour quitter la chaussée. Elle est par terre. Un scan intérieur se fait. La main gauche bouge. OK. La main droite ne bouge pas. La tête a tapé. L’épaule droite fait mal. Elle interpelle les gens.

« J’ai donné des ordres à tout le monde, quand j’y repense. »

Elle est incapable de donner la date, mais elle sait qu’on est dimanche, et  elle sait aussi que jeudi, c’est le 13 septembre, et c’est les 15 ans de son fils. La douleur arrive. Et là, elle pense aux enfants qui attendent à la maison. Il faut les répartir chez des amis, car elle va aller aux urgences. Elle parle. Elle donne des ordres. Elle répond au téléphone des pompiers. La tête commence à tourner. Le médecin lui demande de s’allonger. Elle ne veut pas, car elle a peur de tomber dans les pommes, de ne plus maîtriser. Alors elle organise toute sa semaine.

Son cerveau organise tout. Tout seul.

2. L’après.

A l’hôpital, après l’opération, il faut gérer le stress et la douleur. C’est le cerveau qui dirige, encore, qui prend tout en main. Quand elle m’explique cela, l’accident a eu lieu il y a tout juste 3 semaines. Et 3 semaines après, son cerveau commence tout juste à ralentir, à se poser. A l’hôpital, elle écoute toutes les conversations, sait quelle équipe est présente, connaît les prénoms, le roulement, les diagnostics de chacun. Elle ressent l’angoisse de la petite mamie qui partage sa chambre. Elle ressent tout.  Et n’a qu’une seule idée en tête : rentrer chez elle, pour ne plus avoir de sollicitations.


Mais de retour chez elle, c’est beaucoup d’émotions. Elle retrouve ses enfants, et se rend compte qu’elle n’est pas passée loin de la mort. Ses deux petits zèbres réagissent différemment. Le grand, très indépendant, vient lui faire des câlins, lui coupe sa viande. Le petit, très câlin d’habitude, exprime lui une vive colère. Il s’énerve.

3. L’injustice.

Peu après l’accident, un ami pompier est arrivé sur les lieux. Il a d’abord vu la voiture. Puis Aurélia. Et lui a dit “Oh tu t’en sors bien. Je viens de voir la voiture, et j’ai eu très très peur”. L’impact sur la voiture témoigne de la violence du choc. Pourtant, la gendarmerie doute de la vitesse excessive de la voiture. Le conducteur a changé plusieurs fois de version. La voiture n’a freiné que lorsqu’Aurélia a sauté sur le capot, elle le sait. Pourtant, ils doutent. Parce qu’elle n’a “qu’un bras cassé”.

Elle n’est pas beaucoup blessée, alors cela remet en cause les conditions de l’accident qu’elle décrivait. Quand elle explique aux gendarmes ce qu’il s’est passé, on lui rétorque “parfois, le cerveau donne des images, mais ce n’est pas la réalité de ce qu’il s’est passé”.

“Je me suis demandé ce qu’ils cherchaient. Pourquoi ils mettaient ma parole en doute.”

Son ami pompier lui confirme qu’elle a eu un réflexe incroyable. Elle a sauté. Ce réflexe lui a sauvé la vie, a évité les dégâts plus importants auxquels s’attendaient les gendarmes. Son cerveau lui a sauvé la vie. Ce n’est pas la réaction de tout le monde. Avec du recul, elle est incapable de dire si elle serait capable de réagir à nouveau comme elle l’a fait là. Ca lui sauvé la vie, mais ça s’est imposé à elle.

Il y a eu la violence du choc, l’opération, la douleur, la rééducation, le truc en métal dans le bras, et maintenant, il y a la violence de la remise en cause. Elle doute déjà pas mal toute seule, alors elle n’avait pas besoin qu’on la fasse douter encore plus. Elle avait surtout besoin de dire qu’elle était en colère, de sortir tout ça. Elle a repensé aux dessins vus sur le blog. Au hamster qui tourne dans la tête. Et elle s’est dit que cette histoire pouvait m’intéresser, et intéresser les lecteurs. Bingo. Son histoire m’intéressait, et j’espère qu’elle vous intéressera aussi.

Elle montre la puissance du cerveau. Et c’est beau !

Vous pensez que votre histoire peut intéresser les lecteurs du blog, et vous souhaitez que je rédige votre portrait ? Vous pouvez lire cette page pour savoir comment faire !

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7 Comments

  • Reply Duc laeticia 31 décembre 2018 at 11 h 16 min

    Bonjour, j’ai moi aussi été victime d’un accident grave de la circulation. Le fait d’avoir réalisé en une fraction de seconde que le véhicule qui arrivait à vive allure, était sur ma voie de circulation m’a permis de me décaler sur la gauche. Pas suffisamment pour éviter le choc mais assez pour éviter d’être tuée. Ma mobylette à ainsi été éjectée sur le côté. Et pour ma part j’ai tapé côté passager au lieu de taper au milieu du véhicule. Je me souviens de tout comme une hyper conscience. Le craquement des os, le mode survie qui a anesthésie mon corps, une sensation de plénitude extrême quand j’ai été éjecté… Je pense que cela m’a permis d’avoir la vie sauve et de mieux gérer le stress post traumatique.

  • Reply David 31 décembre 2018 at 11 h 25 min

    Très belle histoire, drôlement illustrée, triste aussi. L’essentiel est que cette personne soit vivante. Et avertissement pour nous tous en traversant la rue même dans les moments de la vie les plus anodins.

  • Reply Val 10 janvier 2019 at 9 h 39 min

    Bravo à Aurélia pour ce témoignage et merci à Chloé de l’avoir recueilli. Je salue le courage d’Aurélia et lui souhaite un bon rétablissement. C’est très courageux de décrire cet évenement traumatisant et qui plus est sous cet angle là. Elle est un exemple que notre cerveau a beaucoup plus à donner que ce qu’on veut souvent croire, et, n’en déplaise aux forcenés de la rationalisation, oui certaines choses ne peuvent pas être encore expliquées par la sacro-sainte science occidentale moderne. La précognition est un domaine qui est toujours considéré comme du charlatanisme, et pourtant, sans tomber dans des dérives « new age », nous avons tous les jours des preuves qu’elle existe. Le dernier exemple en date pour notre civilisation : qui n’a jamais ressenti qu’il/elle allait recevoir un message ou un appel, et, dans les 5 secondes qui suivent, le téléphone sonne…

  • Reply Sylvain 22 janvier 2019 at 21 h 25 min

    Bonjour, et merci pour ce blog sympa que je découvre tout juste !
    Si les mystères du cerveau (ou de la Conscience… ) vous intéresse, voici un petit partage… un truc un peu à la Star Trek, que j’ai vécu il y a quelques temps… Une petite expérience, un truc qui m’est tombé dessus comme ça, un jour, sans crier gare… En même temps, je ne risquai pas d’imaginer qu’un truc pareil était possible…

    Le contexte : une matinée tennis de table… je précise que je suis une quiche qui ne peut que progresser !

    Ce jour là, comme d’hab je me prends la pâtée, je ne rattrape pas grand chose…

    Mais à un moment, je remarque qu’avant chacun de mes services, j’ai une image mentale qui est là. Alors je me dis « tiens, je vais faire comme cette image qui me vient… ».

    L’image était fixe, comme une photo de la raquette au moment de servir. Sauf que je ressentais en l’observant qu’elle contenait TOUTE l’information en elle : la direction de frappe, la force de frappe, le mouvement de la raquette, la position de mon corps… tout ça dans une image dont je n’ai fais que prendre conscience (ce qui est déjà pas mal !).

    Et là, ben c’est parti en live… non seulement ma « réussite » est montée direct (sans pour autant devenir un killer, hein, je reste un éternel débutant !), mais le plus étrange, c’est qu’à un instant, alors que je croyais juste être très concentré, il y a eu une étape supplémentaire…

    Je voyais l’image mentale, je frappais la balle, et au même instant j’avais une deuxième image mentale qui se superposait à l’ensemble… et j’y voyais, en avance et « en vue plongeante depuis le plafond », la trajectoire et l’endroit exact où la balle allait se poser en face…

    Sachant que si on me demande de viser un endroit de particulier sur la table, il y a une chance sur dix mille que j’y parvienne…

    Mais là, tout était hyper précis et en avance… et vu d’au-dessus…

    Et comme le temps n’est plus le même dans ce drôle d’état, je voyais ensuite, dans le « monde réel », ce que je venais de voir depuis le plafond…

    C’était extraordinaire à vivre… mais ce n’est arrivé qu’une fois…

    On m’a parlé du « flow », mais je doute que cela corresponde à mon cas, car il concerne ceux qui ont un haut niveau d’entraînement.

    Non là, c’était… chelou… mais kiffant, grave !

    Bon, voilà, c’est dit, vous pouvez m’appeler Spock si vous voulez !

  • Reply Alessandra 17 février 2019 at 17 h 28 min

    Je souhaite à Aurélia un très bon rétablissement et me sent également en colère face à cette violence psychologique de la remise en cause des circonstances de son accident. Moi, je la crois!

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