Caractéristiques de zèbres

Le harcèlement scolaire

6 mai 2018

Le sujet du harcèlement revient fréquemment dans les échanges que je peux avoir avec les lecteurs du blog, et après un article plus général, j’avais envie de faire un focus sur le harcèlement scolaire. Car d’après l’UNICEF et le Ministère de l’Education Nationale, 1,2 million d’élèves français sont touchés par le harcèlement scolaire. Parmi eux, des petits zèbres. Pas seulement, évidemment.  N’importe qui, à n’importe quel moment, peut être victime de harcèlement scolaire.

Et ce n’est pas toujours facile pour l’entourage de s’en rendre compte.

Parce que nous avons tendance à dire que les enfants sont cruels entre eux. En disant cela, on banalise ce comportement.

Parce que lorsqu’un enfant ou adolescent rapporte une insulte ou une remarque, on se dit parfois que ça va passer, s’arrêter, que ce n’est pas grave, c’est une chamaillerie, c’est le monde des enfants. Mais les enfants ont les mêmes outils que les adultes.

Parce qu’il est facile d’attribuer le mal-être du jeune harcelé à une crise d’adolescence.

Et parce que, bien souvent, il est très difficile pour une personne harcelée de se rendre compte de la gravité des choses et d’oser en parler.

Alors j’ai discuté avec de nombreux enfants et adolescents qui ont été harcelés, avec leurs parents aussi, écouté des conférences, lu des ouvrages, et regardé des reportages et interviews qui reviennent sur le parcours de ces enfants et adolescents qui ont beaucoup souffert. Il est facile de ne pas se rendre compte de la gravité de la situation ou de ce que vit son enfant, pourtant, les conséquences peuvent être dramatiques. Cet article est là pour essayer de reconnaître une situation de harcèlement, montrer que ce n’est pas normal.

Une enseignante anglaise a, il y a quelques années, expliqué les conséquences du harcèlement à ses élèves à l’aide de deux pommes. L’image m’a marquée, et j’ai voulu la reproduire en illustration. Voici l’expérience :

 


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Quand on tape plein de fois dessus, qu’on se défoule sur une pomme, puis qu’on la regarde, elle ressemble à toutes les autres pommes. A l’extérieur, c’est un enfant qui ressemble à tous les enfants. Mais quand on coupe la pomme en deux, elle est toute abîmée à l’intérieur. C’est un enfant qui a plein de blessures.

 

Comment se manifeste le harcèlement scolaire.

Je ne peux pas faire une illustration qui résume le harcèlement scolaire. Car il n’y a pas de situation type, d’image forte. Il se caractérise par la répétition. Cela peut commencer par une insulte, proférée par une personne. Puis 3. Puis 5. Puis toute la classe. Tous les jours. Moqueries, propos rabaissants, dévalorisants, violents, déshumanisants. Insultes, coups, propos injurieux.

 

Chez l’enfant zèbre qui fait très attention au sens des mots et qui est souvent précoce au niveau verbal, ces mots ont un très fort impact.

Dans une situation de harcèlement scolaire, il y a un abus de pouvoir. Un rapport de domination imposé de façon insistante. C’est le plus fort contre le plus faible. Faible non pas car il est plus faible physiquement, mais faible car isolé par le harceleur. C’est comme cela, d’ailleurs, qu’ils arrivent petit à petit à asseoir leur emprise, à tel point qu’ils réussissent à faire croire qu’ils sont les seuls à détenir la vérité sur le harcelé. Alors celui-ci fait tout pour leur plaire, car il espère un compliment, une reconnaissance. Ce compliment n’arrive jamais, évidemment. Mais dans la tête du harcelé, s’il fait tout pour leur plaire, il pourra réussir à obtenir ce compliment. Et si eux, harceleurs, qui détiennent la vérité, le complimentent, son estime de lui-même remontera.

Le harcèlement scolaire a une particularité par rapport aux autres formes de harcèlement, c’est qu’il s’agit presque toujours d’un phénomène de groupe. Le harceleur a besoin de témoins, de rieurs, de spectateurs. Bien qu’il se défende en disant que c’est “pour rire”, il a l’intention de nuire. Nuire et faire mal n’a d’intérêt que dans le regard des autres. Si les témoins cessent de rire, le harcèlement peut diminuer. Et c’est pour ça qu’il est important, pour tout le monde, de repérer une situation de harcèlement. Car un témoin peut aussi agir pour que la situation cesse.

 

Pourquoi l’enfant se tait :

Beaucoup d’enfants harcelés n’en parlent pas. Il arrive même, parfois, que les parents apprennent la situation endurée par leur enfant très – trop – longtemps après. Voici quelques éléments pour comprendre pourquoi, d’après le témoignage d’adolescents qui ont réussi à sortir de la spirale du harcèlement et qui ont déjà un sacré recul sur leur expérience malgré leur jeune âge. (Les prénoms ont été modifiés)

 

 

« Au début, on ne se rend pas compte que c’est pas normal. On se dit que ça va passer, on minimise. On ne se rend pas compte que c’est grave. Le harcèlement se met en place par de petites touches. Ce ne sont pas des choses anodines, mais qui paraissent anodines. On se dit que ça va passer, qu’on peut supporter ça. On ne sait pas que ça va durer. Alors on se tait. On ne pense pas forcément à demander de l’aide parce qu’on ne sait pas forcément que ce n’est pas normal. »

 

 

 

 

« Au début on comprend pas, on se demande ce qu’on a fait pour mériter ça, puis au bout d’un moment, on finit par penser qu’on est responsable de ce qu’on subit. Si ça m’arrive à moi et pas aux autres, c’est que c’est de ma faute, quelque part. Si tout le monde est d’accord, c’est bien qu’il y a quelque chose qui ne va pas. »

 

 

 

« Je pensais que j’allais pouvoir devenir ami avec la personne qui me harcelait. Alors je la laissais faire, je pensais qu’on allait devenir amis. Je me suis rendu compte trop tard que j’avais laissé faire trop longtemps. A l’adolescence, c’est important d’être valorisé et intégré dans un groupe. On donne une place très importante aux copains, beaucoup plus qu’aux parents, donc l’estime de soi prend un sérieux coup quand on n’a pas de copains. Je voulais rester dans le groupe, et être harcelé, finalement, ça me permettait d’être “intégré” et important dans le groupe, comme si j’étais l’élément qui fédère. Tout le monde est contre nous, et ça crée un lien. Je ne m’en rendais pas compte, sur le moment. J’avais juste l’impression que si je me rebellais, je serais rejeté. Alors qu’en fait, j’étais déjà rejeté. »

 

 

La personne harcelée cherche en elle la raison de ce harcèlement, tente de cacher cette différence, de corriger ce défaut qu’elle pense responsable de ce traitement. Mais malgré un changement de comportement, cela ne change rien. Elle est déjà prise pour cible. Quand on pense que c’est de sa faute, quand on culpabilise pour ce qui nous arrive, c’est grave.

 

« Si on m’insultait, c’était pour mon bien, pour que je change, en mieux. »

 

 

 

 

 

 

« Je ne voulais pas en parler à mes parents. J’avais honte d’être une victime, honte qu’ils découvrent ce qui m’arrivait. Je n’avais pas envie de les faire souffrir avec cette histoire, et puis, à 11 ans, c’est à moi de gérer mes relations. J’avais honte de pas être capable de me défendre, de pas savoir comment réagir. Du coup, j’ai rien dit. Je me dis que si c’est moi le problème, je pourrai le changer. Alors que leur violence, je pourrai pas. »

 

 

 

 

« J’ai peur d’en parler parce que j’ai peur qu’on me comprenne pas. Un jour, j’en ai parlé à un de mes professeurs, qui m’a dit qu’il allait être plus attentif à ce qui se passait en classe, mais comme il ne se passe pas grand chose en classe, c’est surtout en dehors, il ne m’en a jamais reparlé. Je crois qu’il voulait rester en dehors de ces petites histoires d’adolescents. J’avais beaucoup pris sur moi pour lui parler, il ne l’a pas vraiment pris au sérieux, du coup j’ai eu honte de l’avoir dit. Et je n’en ai plus jamais reparlé. »

 

 

 

 

 

 

« A l’école, c’est compliqué d’en parler aux parents, ou à d’autres adultes. On sait très bien que si on en parle, on nous traitera de balance, et du coup, ça sera pire. Il y aura des représailles, c’est sûr. »

 

 

 

 

 

Quelques signes du harcèlement, quand l’enfant rentre à la maison :

Maux de ventre, maux de tête, angoisses.

Plus envie d’aller à l’école.

Agressivité à la maison. Car l’agressivité qu’on reçoit, on l’exprime sur d’autres personnes.

Chute des notes.

Changement notable du comportement.

Troubles alimentaires.

Troubles du sommeil.

Verrues, eczéma, etc.

Larmes et colère en rentrant.

Il parle de moins en moins d’amis.

Comme un état de stress post traumatique : fuyant, évitant, inquiet, avec des insomnies, des angoisses, des ruminations, des cauchemars.

 

Le harcèlement a des conséquences dramatiques. Manifestations psychosomatiques, dépression, désinvestissement scolaire, absentéisme, dégoût profond de soi-même, et conduit même trop souvent au suicide.

 

Alors comment faire, comment aider ?

Les parents se sentent souvent impuissants. Il est difficile de se rendre compte d’une situation de harcèlement, et de se rendre compte de son ampleur, tant il s’installe de manière insidieuse, et tant l’enfant a souvent du mal à en parler. Mais lorsque l’on s’en rend compte, il y a quelques petites choses que l’on peut faire pour aider.

Restaurer l’estime de soi. L’enfant harcelé est sous emprise. Il laisse son harceleur lui dire ce qu’il vaut. Le harcèlement détruit l’estime de soi, qui est fondamental pour se construire. Avant d’apprendre à se défendre, il faut restaurer l’estime de soi. C’est la clé. L’association Marion La main tendue a d’ailleurs instauré un atelier à cet effet, l’atelier Stop and Go, pour les enfants et les parents.

Essayer de trouver des alliés sur les lieux du harcèlement, à l’école, puis sur Internet, lorsque cela continue en cyber harcèlement.

Nommer le harcèlement. C’est important de nommer le harcèlement, de prendre le temps d’expliquer ce qu’il se passe, et de dire que ce n’est pas normal, car c’est confus dans la tête de l’enfant. Il ne se rend pas toujours compte que ce qui lui arrive n’est pas normal. Il a parfois besoin qu’une figure vécue comme figure d’autorité lui dise que ce qu’il vit n’est pas normal.

Cette figure d’autorité peut être la gendarmerie. Porter plainte peut déclencher une prise de conscience chez l’enfant. Entendre quelqu’un dire qu’il ne mérite pas ça, écrire noir sur blanc le mot “violence”, voire “violence aggravée”, tout cela peut faire comprendre à l’enfant que c’est grave, et lui permettre de se débarrasser de cette honte et cette culpabilité. C’est important de dire que les harceleurs n’ont pas le droit de faire ce qu’ils lui ont fait.

Rappeler les règles, les droits de l’homme. L’enfant harcelé ne sait plus ce qui est acceptable ou non. Il faut insister sur le fait que chacun doit être respecté dans sa dignité. La violence n’a aucune justification. Personne ne mérite ça.  

 

Si tu es victime de violence :

 

Qui contacter ?

N° vert : 3020

Service et appel gratuit, ouvert du lundi au vendredi de 9h à 18h (sauf jours fériés)

 

N° Net Ecoute :

0 800 200 000

Numéro vert gratuit, national, anonyme, confidentiel et ouvert du lundi au vendredi 9h/19h

Ce numéro à contacter en cas de cyber harcèlement est géré par l’association E-Enfance.

Au delà de l’écoute et du conseil, elle peut vous aider au retrait d’images ou de propos blessants, voire de comptes le cas échéant.

Parce que je crois au pouvoir des histoires, j’ai décidé de vous partager un témoignage sur le harcèlement scolaire. Hugo, zèbre de 19 ans, a accepté de me raconter son histoire, et je vous la partagerai dans un prochain article !

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1 Comment

  • Reply Revue du web #2 – OUMMA POTEN'CIEL 12 mai 2018 at 21 h 51 min

    […] Le harcèlement scolaire […]

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