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Témoignage : Cédric, 27 ans.

18 octobre 2018

J’ai rencontré Cédric au tout début de sa vie professionnelle. Nous venions tout juste d’être embauchés dans une société de conseil, sur profil, et n’avions pas encore de mission. Du coup, nous étions tous les deux dans un minuscule bureau qui ressemblait plus à un cagibi, sans vraiment de tâche à faire, à lire toute la documentation que l’on pouvait trouver sur les disques durs de nos ordinateurs, et à attendre que ça passe. Notre rencontre commence donc par l’ennui. Un ennui tel que notre plus grande occupation de la journée, c’était ça :

Aller boire des verres d’eau pour aller aux toilettes le plus souvent possible. (Véridique)

A l’époque, nous n’avions jamais parlé de zèbre, de haut potentiel ou de personnes douées. Après quelques semaines d’ennui total et d’hydratation intense, nous avons chacun commencé nos missions de conseil chez différents clients, et nous gardions contact, plus ou moins régulièrement. Cédric avait toujours l’air un peu blasé. Il était drôle, mais pas vraiment très dynamique ni enthousiaste quand il parlait de son travail. Et pourtant. Il y a quelques mois, nous avons beaucoup échangé sur nos nouveaux projets respectifs. Sur notre nouvelle façon de voir les choses. Sur Rayures et Ratures et les zèbres, aussi. Et c’est un Cédric complètement différent que j’ai découvert, ayant mille choses en tête, un but, plein d’idées, plein d’envies et une sérénité assez impressionnante. Du coup, j’ai eu envie de vous présenter un peu son parcours, ce qui l’a fait prendre conscience de ce dont il avait besoin et envie, la meilleure décision de sa vie (à date, du moins ! ), et son rêve, son projet, ce qui le motive aujourd’hui. Car je suis sûre que certains d’entre vous se reconnaîtront un peu dans ses questionnements, et pourront trouver quelques pistes et inspirations dans son témoignage.

Cédric a commencé à me raconter son parcours. Il m’expliquait que tout ce qu’il avait fait dans sa vie, c’était par défaut. Choisir son orientation, surtout. Il n’a jamais su ce qu’il voulait faire de sa vie, alors choisir une université, c’était compliqué.

 

“Je voyais le futur presque comme un truc qui n’arriverait pas. Je ne pouvais pas me projeter”

 

Il ne se voyait nulle part, alors il a toujours choisi ce qui était vaste, général, qui permettait de bifurquer à n’importe quel moment, et qui, finalement, faisait en sorte qu’il n’ait jamais à prendre de décision. Il a quand même fini en fac d’éco-gestion, où il me raconte que ses camarades l’appelaient “l’escroc” puisqu’il n’était pas très assidu, usait de son statut de sportif de haut niveau pour louper des cours, travaillait juste avant les examens mais réussissait toujours.

“Je n’aimais pas aller en cours, parce qu’il y a du monde, du bruit, il fait chaud, ou il fait froid, il y a de l’écho, ça pue… Je ne supportais pas d’y aller. On dirait que ce sont des détails, mais pour moi non. Ca me perturbait vraiment. Tout le monde pensait que je n’y arriverais pas, mais j’ai eu ma licence.”

 

Après sa licence, il s’inscrit en master, juste pour avoir un bac +5, parce qu’il n’avait pas de but précis dans sa vie, et que la société nous presse un peu à obtenir un bac +5. Pour choisir son master, la même méthode que d’habitude : choisir la filière la plus ouverte, sans sélection. Il n’y en avait qu’une seule, et ça s’appelait “Gestion de projet”. Cela veut tout et rien dire, c’était parfait pour Cédric. N’étant plus dans un système de partiel mais de contrôle continu, donc beaucoup plus suivi, il avait de meilleures notes et était plus assidu. Avoir un cadre lui a fait du bien.

Et puis, pendant ses études, il décide de partir faire un stage au Mexique. Une sorte de faux stage dans une agence de tourisme, un tout petit truc qui ne l’occupait pas beaucoup. Il s’est donc retrouvé au Mexique, seul, avec quelques notions scolaires d’espagnol, beaucoup de temps libre, et logé chez une connaissance. Il m’expliquait qu’en arrivant dans un nouveau lieu, un nouveau pays, il a besoin d’un peu de temps pour s’acclimater. Besoin d’être tout seul, le temps de s’adapter. La personne qui l’hébergeait ne l’a pas compris, et l’a mis dehors. Alors, il est parti, en se demandant ce qu’il allait faire. Il a trouvé, grâce à un mexicain rencontré par hasard sur un terrain vague lors d’une partie de football, une toute petite chambre chez l’habitant, avec juste un lit. Il a vécu là, et sa seule activité, c’était d’aller jouer au foot sur le terrain vague.

Un jour, par hasard, il voit qu’une auberge de jeunesse cherche quelqu’un, passe l’entretien avec le gérant, et est embauché pour 10€ par jour, malgré son niveau d’espagnol.

“J’ai hésité. Sur Skype, une amie m’a dit “ Fais-le ! ”. Je l’ai fait, mais c’était dur, parce que je ne comprenais pas grand chose. Mais j’ai appris l’espagnol. Ca m’a permis de changer de logement, j’ai trouvé une coloc, et ma vie a commencé à aller mieux. J’ai pu partir voyager, et ce voyage m’a donné l’envie et l’idée de faire une auberge de jeunesse moi-même. J’ai toujours gardé contact avec les gérants de cette auberge.”

Cette expérience au Mexique et les difficultés qui l’ont accompagnée ont posé les premières pierres, les bases de son futur projet. Les idées fleurissent dans sa tête, et son but, son rêve, ce projet qu’il a envie de poursuivre, se construit. Ce projet, c’est de créer une auberge de jeunesse avec son meilleur pote.

Pourquoi ? Parce qu’on peut faire ça n’importe où dans le monde. Il a beaucoup déménagé, il n’a pas vraiment d’endroit où il se sent chez lui, et il sait qu’il n’est pas le seul. Il veut que cette auberge soit une base, où c’est enfin chez lui, dans un endroit qu’il aime, pour accueillir des gens du monde entier. Il veut en faire un lieu qui lui ressemble. Créer cette auberge, c’est trouver un compromis entre la liberté, avoir un chez-soi, accueillir des gens, et faire quelque chose qu’il aime. Il ne veut pas seulement créer un business, il faut que ça ait du sens. Il veut que les gens qui ne se sentent pas bien dans la société sachent qu’ils peuvent avoir un endroit où aller, et travailler.

Pourtant, des idées plein la tête, il rentre en France terminer ses études. Et il revient au cheminement “normal” d’un étudiant en fin de cursus. Il effectue un stage dans une grande boîte de conseil, à Lyon. Le pire stage de sa vie, avec une ambiance bizarre, aucun cadre, pas d’objectif, où personne ne savait ce qu’il fallait faire. Il a alors repris sa valise, et est parti à Paris, où il a commencé à travailler dans une autre société de conseil, en CDI, là où nous nous sommes rencontrés. Ca ne lui correspondait pas, mais il est resté plus d’un an et demi. Plus longtemps que moi.

Ce n’était pas pour lui. Mais avoir un CDI lui permettait d’avoir des congés, donc la possibilité de partir, de voyager, et il en a profité.

Il est reparti, tout seul, à l’étranger. Il devait partir aux Philippines, mais son vol aller a été annulé. Puis son vol retour. Tant pis. La compagnie le rembourse, et il décide alors de choisir une nouvelle destination à la dernière minute, sans rien avoir programmé. Mais où ? Il repense aux cassettes de safaris qu’il regardait quand il était petit, et décide. Ce sera l’Afrique du Sud. Il n’avait rien planifié du tout, et pourtant, il n’aurait pu rêver meilleur voyage. Encore une fois, cette expérience à l’étranger lui apporte quelques pierres supplémentaires, modèle de façon un peu plus précise ses envies, et son projet.

En rentrant, il rompt son contrat de travail. Quand il m’en parle aujourd’hui, il me répète sans cesse que quitter ce CDI a été la meilleure décision de sa vie.

“Tu signes, et on te dit, voilà, c’est ça ta vie, tu vas évoluer, monter en grade dans l’entreprise. C’est horrible. Je ne peux pas imaginer ça comme vie. Ca ne me fait pas du tout rêver. En CDI, je ne voyais pas le bout. Je me sentais hypocrite par rapport à moi-même. Quand j’ai quitté mon CDI, je me suis senti libéré. ”

 

Pourtant, il continue à travailler, puisque son projet d’auberge n’est pas encore totalement prêt. Mais il travaille en interim, ou en CDD. Avec une date de fin, il se sent mieux. Il ne se sent plus enfermé. Il sait qu’il peut s’arrêter pour partir sur d’autres projets. Et entre deux contrats, il repart à l’étranger. Mais cette fois, avec des amis, en Asie. Ce voyage lui permet de clarifier ses idées, de se rendre compte qu’il n’aime pas voyager en groupe tout le temps, qu’il a besoin de voyager seul aussi, et surtout, qu’il n’aime pas voyager en touriste. Aller visiter un pays, dépenser de l’argent, être au dessus de la population locale avec son salaire parisien, il n’aime pas ça. En Asie, avec ses amis, il était accueilli, mais pas intégré. Ce qu’il veut, c’est travailler, avoir des projets dans le pays, être intégré à la population locale, créer un rituel, des habitudes avec des gens. Créer une routine, pour vivre et expérimenter le pays.

Fort de ce nouveau voyage et des enseignements sur lui-même et sur ses choix qu’il a pu en tirer, il rentre à Paris, recommence à travailler, en portage salarial cette fois, afin d’avoir un plus gros salaire et de mettre de côté pour son projet d’auberge qui devient de plus en plus concret. Il ne mène pas la grande vie, il met tout de côté. Il n’a pas non plus d’appartement. Il a changé 10 fois en 3 ans. Il a juste son vélo, son sac à dos, et vit comme un backpacker, mais dans Paris, avec un travail bien payé. Trouver un logement à Paris sans CDI, c’est de la débrouille et du bric à brac. Et il aime ça. Ça le stimule. Ca le met dans un équilibre instable, et il ne s’ennuie pas.

“Je me mets volontairement dans ces situations, car je serais obligé d’y arriver. Je ne me laisse plus le choix que d’y arriver. Si je ne faisais pas ça, je serais le type le plus flemmard de l’univers !”

Quitter son CDI, vivre comme un backpacker dans Paris, ce n’est pas toujours très bien perçu dans la société, et dans le monde du travail. C’est perçu comme de l’instabilité. Pourtant, Cédric se sent plus stable personnellement et émotionnellement maintenant, parce qu’il a un but, un cap.

 

“Je ne me suis jamais senti aussi stable que depuis que les gens me trouvent instable”

 

En fait, le plus dur, c’est le premier pas. Prendre conscience que l’on s’ennuie, dire non, dire stop, avoir envie de changer, prendre la décision de le faire. On ne peut jamais être sûr de ce que l’on retrouvera. Ce sera toujours instable, incertain. Mais il faut se faire confiance. Il y a une sorte de courant de la vie. Parfois, on nage à contre-courant, on force et on se fatigue. C’est ce qu’il faisait avant. Là, il se laisse porter, sans être passif, puisqu’il a des milliers de projets en cours, mais en faisant confiance. “On verra”, dit-il, “Je n’ai pas besoin d’avoir de certitudes pour le futur. Je ne veux pas tout programmer. J’ai confiance en ce qui va arriver. On verra. Je me débrouillerai”. Cette sérénité, il l’a acquise en voyageant, en se faisant mettre dehors dans un pays qu’il ne connaissait pas, en vivant des moments difficiles, et en s’en sortant quand même. Par lui-même. En se débrouillant.

“Vouloir tout programmer, c’est un poison. Il faut juste faire confiance. Quand tu prends le chemin de ce que tu veux faire, ça se passe bien. ”

Il arrête de se torturer l’esprit pour tout. Il ne cherche plus à batailler. Il rumine beaucoup moins qu’avant. Il laisse couler. Alors, avec son petit air nonchalant, les gens ont l’impression qu’il se fout de tout. Pourtant, il est beaucoup plus présent qu’avant, et très impliqué dans tout ce qu’il fait. Il a un but, plein de projets en cours, il est passionné, très actif, curieux, intéressé par tellement de sujets. Nos dernières discussions étaient bien loin des premières. Exit la fontaine à eau comme distraction principale de la journée. Dans un petit bistrot d’un quartier cosmopolite de Paris, nous avons discuté projet, cryptomonnaies, êtres humains, valeur, temps, avenir, monde, voyage, envies, travail, k-way, relations amoureuses, applications, livres, entrepreneuriat… Pris par la passion de nos projets respectifs, nous n’avons plus le temps de nous ennuyer, comme avant. Mais nous pensons tout de même à nous hydrater 😉

“Quitter mon CDI a été la meilleure décision personnelle, professionnelle, et financière. Depuis que je l’ai quitté, je suis alerte sur plein de choses. J’étais résigné, je ne voyais pas d’issue. Là je suis heureux, curieux. Tant que j’ai ce projet en tête, tout va bien pour moi.”

Et ce projet, on va le suivre ensemble. Je vous donnerai des nouvelles. Fin Août, il a terminé son contrat à Paris. Et dans quelques semaines, il s’envole pour le Canada puis la Colombie, où il a déjà commencé à repérer de potentielles maisons qui pourraient devenir son auberge. Il veut expérimenter le pays, l’ambiance.

Et, ensuite, il verra.

 

 

 

Témoignages

Haut potentiel, harcelé, passionné. Le témoignage d’Hugo, 19 ans.

16 mai 2018

Haut Potentiel, harcelé, passionné.

J’ai rencontré Hugo par hasard, à l’été 2017, au détour d’une formation en ligne sur la construction de sites internet. Nous avions échangé brièvement sur nos projets respectifs (lui sur une association pour lutter contre le harcèlement scolaire, moi sur Rayures et Ratures) et, allez savoir pourquoi, je n’ai pas été très étonnée lorsqu’il m’a dit que ça lui parlait, qu’il avait été identifié “haut potentiel”.

Le sachant très impliqué dans la lutte contre le harcèlement scolaire sans pour autant connaître son histoire personnelle, j’ai tout de suite pensé à lui pour témoigner sur le sujet, et apporter un peu de concret à mes articles. Je ne vous souhaite pas forcément de vous reconnaître dans son témoignage, mais j’espère qu’il pourra inspirer ceux d’entre vous qui ont été, sont ou seront victimes de harcèlement.

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Hugo a été harcelé à l’école depuis tout petit. Il ne sait plus trop quand ça a commencé. Aux alentours de 6 ans, sûrement. Il subissait des moqueries, car il louchait d’un oeil.

C’est à peu près au même moment qu’on commence à s’interroger sur sa douance. Il sait lire avant le CP, il a appris tout seul. Il a du mal à se faire des amis, et se demande pourquoi. Est-ce qu’il est bizarre ? Différent ? Il consulte un psychologue scolaire, qui lui propose de sauter une classe, mais il refuse. De classe en classe, les choses évoluent. Il passe du “bigleux” à l’”intello”, mais les insultes sont toujours là. Le harcèlement provoque chez lui des troubles du comportement alimentaire et une prise de poids, et d’”intello”, on le nomme alors le “gros de service”.

Puis plus il avance dans son parcours scolaire, plus les insultes se transforment en coups, et en menaces. Du harcèlement moral des petites classes, on passe au harcèlement physique au collège. Scolarisé dans une petite école de campagne, il n’y a qu’une seule classe par niveau, alors il fait quasiment toute sa scolarité avec ses harceleurs. Il change d’établissement en 4ème (pour des raisons familiales, non liées au harcèlement), mais cela ne change rien. “Le nouvel établissement n’était pas très loin de l’ancien, donc la réputation reste”. Durant un voyage scolaire, ses nouveaux camarades l’ont filmé en train de ronfler, et ont diffusé la vidéo sur les réseaux sociaux. Juste comme ça, pour se moquer. Cela dépasse même le cercle scolaire. Il me raconte comment, en marchant dans les rues de son village, les gens se moquaient. Et lui ne savait pas pourquoi. Insultes, menaces, coups puis exclusion, réputation entachée, isolement… Le harcèlement se manifeste de façons variées.

Quand je lui demande s’il se rendait compte qu’il s’agissait d’harcèlement, et que c’était grave, il ne sait pas trop quoi répondre. Et puis ça vient. Au début, non, il ne se rendait pas compte. Il n’a jamais réussi à créer de lien avec ceux de son âge, mais il ressentait le besoin d’appartenir à un groupe. Alors pour se sentir intégré, il était prêt à tout supporter. Puis il finit par se rendre compte que ce n’est pas normal de subir ces insultes et ces coups, mais dit que c’est compliqué car il est “addict” au harcèlement.

En fait, pendant les vacances scolaires, loin de ses harceleurs, il trouve “bizarre” de ne pas être harcelé. Ce qui montre à quel point ces insultes, coups et menaces faisaient partie intégrante de son quotidien.

Pendant les vacances…

Le harcèlement a des conséquences dramatiques sur ses victimes. Les chocs psychologiques et les troubles alimentaires provoquent chez lui un diabète, qui le mène jusqu’à un coma diabétique. Pour des raisons médicales, il quitte alors le système scolaire, et va à l’hôpital. Il passe son bac avec succès à distance, via le CNED. Sortir du système lui a permis de sortir de la spirale de harcèlement scolaire, mais “ce n’est pas une solution”.

 

 

La déscolarisation ne doit pas être une solution, c’est un dernier recours. Fuir un harcèlement n’est pas une bonne idée.”

 


Aujourd’hui, Hugo ne subit plus de harcèlement, mais conserve des séquelles, et notamment cette grande souffrance. Car il n’a pas vécu une enfance dans l’insouciance. Il n’a pas vécu une enfance “normale”. Et à Noël ou aux anniversaires, là où la magie de l’enfance ressurgit normalement, il y repense.

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Ce qui lui a permis de tenir toutes ses années face au harcèlement scolaire, c’est la passion. Une véritable passion pour l’audiovisuel et le cinéma. Il a écrit son premier scénario de long métrage à 6 ans (OUI OUI, 6 ans, pendant que moi je jouais aux playmobils). Le scénario d’un long métrage historique, avec des chapeaux haut-de-forme et des cannes, dans le Londres des années 1830.

A 14 ans, il réalise le trailer de ce projet de film, réussit à mobiliser plus d’une centaine de figurants, et passe sur France 3. En parallèle, et malgré son jeune âge, il développe de nombreux projets audiovisuels (dont une web-série qu’il réalise) et fait de très belles rencontres.

Cette passion lui permet de tenir le coup. A travers le cinéma, il peut s’exprimer.

 

Je ne serais pas forcément en vie aujourd’hui si je n’avais pas eu cette passion.”

 

En mai 2017, alors hospitalisé pour ses problèmes de diabète, Hugo a la volonté de faire du harcèlement qu’il a subi une force. C’est impossible pour lui de ne rien faire. Il a su tenir bon grâce à sa passion pour le cinéma, et compte bien aider les autres. Alors depuis sa chambre d’hôpital, il réfléchit à une association pour lutter contre le harcèlement scolaire, et publie des vidéos sur les réseaux sociaux pour expliquer son projet. A chaque nouvelle vidéo, son audience grandit. De plus en plus de personnes les regardent. Le sujet parle à beaucoup de gens, et cela le conforte dans son projet, qu’il mûrit tranquillement. Il est convaincu qu’avant d’apprendre aux jeunes à se défendre, il faut les aider à se reconstruire. Il faut restaurer leur confiance.

 

 

En se défendant, en répondant, on règle peut-être le problème à l’instant T, mais en réalité on le cache. Il faut traiter le problème dans le fond, et redonner confiance aux jeunes. Qu’ils retrouvent le fond d’eux-mêmes”.

 

Et c’est ce qu’il fait aujourd’hui grâce à son association Harassers U GO! (HUGO), créée début 2018 et qui comporte 4 pôles :

 

Le pôle sensibilisation au scolaire, pour sensibiliser de manière interactive, ludique, avec un débat et des témoignages concrets.

Le pôle “accompagnement”, pour accompagner des jeunes victimes de harcèlement à travers une passion, que ce soit un art, un sport, un loisir. Le but est de définir une passion avec les jeunes (s’ils n’en ont pas identifié une), puis de les guider dans ce projet, pour qu’ils concentrent leur énergie là dessus. Car la passion peut, comme Hugo, les sauver.

Le pôle projet artistique, pour sensibiliser grâce à des court-métrages ou autres supports.

Et enfin le pôle recherche et formation, avec la création d’un comité d’étude virtuel sur toute la France et la formation des enseignants et du personnel éducatif.

 

Son association a une présence en ligne très importante. Car aujourd’hui, le harcèlement scolaire ne s’arrête plus à la classe ou à la cour d’école, il continue de plus en plus à travers les réseaux sociaux. De nombreux jeunes sont victimes de cyber-harcèlement, et c’est important que ces personnes harcelées sur les réseaux sociaux puissent aussi y trouver des alliés. Comme Harassers U GO.

 

Liens utiles : 

Le lien vers l’association d’Hugo pour lutter contre le harcèlement scolaire : http://www.asso-hugo.fr

Pour soutenir son association et faire un don : https://www.donnerenligne.fr/harassers-u-go/faire-un-don

Et pour adhérer : hugo.fr/campagne-adhesion

 

 

Témoignages

Témoignage – Maya, 38 ans.

30 mars 2018


Maya est une personne très complexe avec qui j’ai échangé l’été dernier, grâce au blog. Elle m’a contactée, et nous avons passé plusieurs heures sur Skype. Nos échanges ont été si riches et intenses que mes petits papiers sont restés longtemps sur mon bureau sans que je sache comment rédiger ce témoignage. Par quoi commencer, dans quelle direction aller, quel angle choisir, quels sujets traiter… Son enfance, son expérience professionnelle, la dimension internationale et la spiritualité sont 4 thèmes qui m’ont marquée dans son témoignage, et je ne savais pas autour duquel bâtir mon article. D’autant qu’elle a un débit de parole à la hauteur de son intensité, et que ma main avait du mal à suivre pour tout noter !

Douance.

Le fait d’être surdouée ou pas a accompagné Maya tout au long de sa vie. Depuis toute petite. Pourtant, sa famille savait, mais a décidé de ne pas lui en parler. Maya a seulement quelques vagues souvenirs d’une rencontre avec des gens d’un organisme spécialisé, qui la faisaient jouer avec des jouets conçus pour faire réfléchir. Suite à cette rencontre, elle a été prise dans cet organisme, mais sa mère a finalement refusé de l’y envoyer, car elle trouvait l’endroit “triste”. Ils n’avaient pas la même façon de voir la vie, et surtout pas la même façon de voir l’enfance. Elle a refusé également le saut de classe qu’on proposait à sa fille, ayant elle-même mal vécu ses sauts de classe.

 

Sa douance se manifeste par une explosion d’idées, des doutes, une excellente mémoire qui lui permet de ressortir des phrases exactes dites il y a 15 ans (à la stupéfaction de son entourage), une hyperémotivité (mais elle ajoute qu’aujourd’hui cela ne la désarme plus comme avant grâce à la pratique de la sophrologie), une hypersensibilité avec un odorat très fin (surtout pour les odeurs qui l’indisposent) et une ouïe très développée, un sens de l’esthétique très important… “Si ce n’est pas beau, ça me dérange, et je n’arrive pas à penser à autre chose”.


Quand on discute de sa douance aujourd’hui, elle répond qu’elle veut refaire le test, maintenant. “Pour que cette chose soit établie. Pas pour moi mais pour les autres. Pour qu’ils comprennent”. Elle veut apprivoiser définitivement cette douance.

 

Ecole

 

Petite, on disait de Maya “Elle est dans la lune”. Ou “Elle ne fera jamais d’études, car elle n’est pas capable de sociabiliser”. Pourtant, c’est dans le milieu universitaire qu’elle s’épanouit petite. Née d’une mère réfugiée politique chilienne et d’un père musicien, elle a grandi à la Cité Internationale à Paris, dans la Maison du Brésil, entourée de thésards, dans un milieu de gens jeunes, cultivés. Entourée aussi des papiers, articles de géologie et études de son beau-père, qui lui apprend tout, de la science à la spiritualité. Elle dit “La vie c’était ça, là j’avais des amis. C’était mon monde, j’étais bien”.


L’école était un milieu relativement hostile pour elle. Elle n’y allait pas avec le sourire. Elle se sentait différente, en décalage avec les gens de son âge. Elle les trouvait bizarres, et violents. Et eux soulignaient sa différence, en permanence. Chaque jour, elle voyait ses petites camarades se disputer à 12h dans la cour de récré, puis se réconcilier à 16h. Et ça recommençait le lendemain. Elle trouvait ça stupide, s’asseyait dans un coin, et les regardait. Elle ne voulait pas jouer, n’était pas à l’aise avec les autres. Et dès la fin de l’école, elle s’échappait pour rejoindre son monde, la Maison du Brésil, là où elle se sentait bien, chez elle.

 

Le collectif est quelque chose qu’elle a toujours vu comme une menace, elle préfère les relations “bilatérales”. A la maternelle déjà, elle s’échappait durant la sieste pour aller jouer toute seule avec tous les jouets. “Et là c’était l’éclate !”. “Sociabiliser” n’était pas naturel pour elle, et aujourd’hui encore elle se contracte en voyant une assemblée. Pourtant, ça ne l’a jamais empêché de faire des études, bien au contraire, puisque jeune adulte, elle rejoint les bancs de Science Po. Le sentiment d’être différente demeure, mais elle fait des efforts et se sociabilise. Et lorsque l’on discute de ses études, elle raconte que Sciences Po est le seul endroit où elle ne s’est jamais ennuyée.

 

Ennui, ouverture sur le monde et spiritualité.

Une fois diplômée, Maya occupe différents postes et passe beaucoup de temps à l’étranger. Elle s’intéresse à mille choses, et commence en tant que journaliste freelance, puis avocate, mais n’aime pas ces milieux. Elle est soit moyennement satisfaite intellectuellement, soit gênée par un cadre trop rigide. Elle s’ennuie, et l’ennui la terrorise. Alors elle devient diplomate, et s’éclate pendant 3 ans en travaillant sur le changement climatique. Elle a “une super boss”, un environnement constamment changeant et pas une minute pour s’ennuyer. Elle est stimulée. L’ennui est un thème qui revient constamment dans nos échanges. Elle me dit d’ailleurs aujourd’hui “Je me demande si je ne dois pas devenir entrepreneur pour fuir l’ennui à jamais”.

En tant que diplomate, elle a travaillé en Angola, en Norvège, et vit actuellement en Russie. Cette vie à l’étranger lui permet d’ailleurs de se rendre compte que les mentalités ne sont pas les mêmes partout, et que là où en France on considère encore trop souvent que l’on garde un métier toute sa vie, ce n’est pas le cas partout. Ailleurs, ça bouge, et en tant que zèbre, ça fait du bien de le réaliser.

Elle m’a raconté ses différentes expériences, mais surtout celle en Angola, qui l’a particulièrement marquée et dont elle parle comme une véritable “leçon de vie”. Elle y a vu le monde, la misère, les ravages de la guerre. Elle explique que toutes ses ressources, y compris celles de surdouée, ont été mobilisées pour survivre. Avec les Angolais, elle a appris l’intelligence émotionnelle. Elle s’est forcée à sociabiliser en groupe et dit que “ce n’est pas si mal, après tout, mais j’ai dû faire beaucoup d’efforts”.

C’est en Angola aussi qu’elle a appris qu’il faut trouver un équilibre entre le sens (l’observation), le cerveau (l’intellect), et le coeur (comment tu te sens). “Si on aligne tout ça, on devient une personne puissante”. Elle se familiarise avec la sophrologie, qui l’aide beaucoup. “C’est très créatif et puis ça aide les gens”. Aujourd’hui, en parallèle de son travail, elle vient de terminer un diplôme de sophrologie, “comme ça, par curiosité, parce que cela a un côté un peu magique”.

C’est là-bas aussi qu’elle a développé sa spiritualité. Elle a toujours été spirituelle, jamais athée, toujours agnostique, en quête de sens. Mais c’est en Angola que sa spiritualité s’est le plus développée. Quand je lui demande si elle “croit”, elle me répond “non, je ne crois pas, je sais”. C’est là-bas que tout a pris sens.

 

Quand je lui demande d’ailleurs si elle a un conseil à donner aux autres zèbres, ou quelque chose à leur dire, elle répond “être votre meilleur ami”. Elle répond que la vie est un beau mystère, qu’on en sait toujours plus, mais jamais assez. Et que lorsque l’on est humain, il faut absolument développer sa spiritualité, quelle qu’elle soit.

 

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Grâce à vos témoignages, je souhaite montrer la diversité des profils de zèbres, bien loin des clichés. Si vous souhaitez témoigner (de manière anonyme ou non), n’hésitez pas à me contacter. Je suis un peu en retard dans les témoignages, mais je réponds toujours 🙂 Et si vous souhaitez lire d’autres témoignages de zèbres aux profils très différents, c’est ici

 

Témoignages

Témoignage – Eric, 49 ans

18 mai 2017

 

Témoignage d’adulte surdoué

Quand j’ai demandé à Eric de me raconter son histoire, il m’a répondu qu’elle était probablement semblable à d’autres. Parce qu’il y a un avant, le Eric en proie à un mal être cyclique inexpliqué, un pendant, la découverte de son fonctionnement (et de sa douance) grâce à une psychologue, et un après, le nouvel Eric qui reprend confiance, assume et entreprend de nouveaux projets avec beaucoup d’espoir.

Avant.

Enfant, il s’adaptait aux autres. Il voyait bien qu’il était plus curieux que ses camarades, moins à l’aise en groupe, mais le décalage ne se faisait pas tant sentir. Scolairement, il était dans la moyenne. Sans effort mais avec beaucoup d’ennui, il a poursuivi une scolarité « normale » allant jusqu’à la licence de droit. Ni en difficulté, ni brillant.

C’est à l’âge adulte que le décalage s’est révélé, et s’est creusé. L’ennui, déjà, était toujours là. Lors de notre échange, Eric m’a écrit « L’ennui est aussi créateur de décalage, les autres ne comprennent pas qu’à certains moments je deviens silencieux et n’ai plus rien à leur dire. Je les aime mais ils m’ennuient ». Un zèbre cherche inconsciemment à être constamment stimulé, à apprendre, à se nourrir intellectuellement, sinon il s’ennuie. C’est ce qui lui a d’ailleurs posé problème lors de ses relations amoureuses. Il avait tendance à s’ennuyer très vite, et à abréger.

Ensuite, Eric, comme de très nombreux zèbres, a cette particularité si précieuse mais si difficile à assumer parfois qu’est l’hypersensibilité. Pour un homme, avoir une empathie sur-développée et une sensibilité exacerbée, traits de personnalité trop souvent perçus comme « féminins », n’est pas toujours compris ni accepté.

Enfin, il m’avouait lors de nos échanges avoir toujours été très « embêté » par sa pensée envahissante, qui ne s’arrête jamais et l’empêche de dormir.

Révélation.

Face à cet ennui, à ce mal-être et à ses déboires, Eric s’est décidé à consulter une psychologue il y a quelques mois. Il croyait consulter pour dépression, pourtant, après quelques semaines de discussion, le moment venu, elle lui a conseillé un livre, celui de Jeanne Siaud-Facchin sur l’adulte surdoué. Eric l’a lu, relu, surligné, et s’est retrouvé si bien décrit et analysé qu’il en a pleuré. Ce n’est pas le seul à m’avoir fait cette confidence. Pour beaucoup de novices en la matière, d’adultes incompris par eux-mêmes, ce livre a été le point de départ d’un long chemin vers la compréhension de soi.

Pourtant, comme beaucoup d’adultes surdoués se découvrant tardivement, sa première réaction a été « Moi, surdoué ? C’est de moi que l’on parle ? Serais-je intelligent ? Comment ça, les autres ne pensent pas comme moi ? ». Lorsque l’on fonctionne et que l’on réagit d’une certaine façon depuis toujours, on ne se pense pas singulier. Le déni n’a pas duré longtemps, Eric a fait confiance à sa psychologue, elle-même surdouée, et des lectures de témoignages et de livres sur le sujet, dans lesquels il se retrouvait entièrement, ont fini de le convaincre.

Les phases de révélation puis de déni et d’acceptation passées, Eric a rebalayé sa vie, et compris beaucoup de choses.

Après.

Le nouvel Eric. En quelques mois, il a repris peu à peu confiance, en lui et en ses capacités. Il dit même qu’avec l’acceptation et la compréhension de soi, ses capacités se sont « aiguisées ». Il s’est remis à l’écriture, une passion abandonnée depuis longtemps, et a commencé à écrire un livre (enfin à l’heure où j’écris cet article, il l’a déjà terminé !). Il assume dorénavant son hypersensibilité à 100%, et cherche, à travers la méditation, à canaliser sa pensée galopante plutôt que de la freiner. Il a fait de sa pensée envahissante, qui autrefois lui posait problème, une force créatrice qu’il utilise dans l’écriture.

Aujourd’hui, il assume tout. Sa singularité, il en a fait une force.

Voici d’ailleurs ses propres mots pour clore le témoignage :

« J’entame la deuxième partie de ma vie, seul avec moi-même mais avec beaucoup d’espoir. Être précoce est une richesse, et l’ayant compris, j’espère en faire quelque chose ! »

Son conseil aux autres zèbres :

« Il faut se dire que notre différence est une force et que l’on peut se rapprocher des autres tout en ne se niant pas,  en apportant notre pierre à l’édifice ! »

Témoignages

Témoignage – Benjamin, 26 ans

15 avril 2017

 

 

Benjamin a toujours eu du mal à trouver sa place. Enfant, personne ne lui a parlé de précocité, mais il avait toujours l’impression d’être en décalage à l’école, avec une vision et une conception du monde très différentes de celles des autres. Une sensibilité particulière, aussi. Et un esprit très créatif.

Pourtant, jeune adulte, il a commencé par essayer de se conformer au standard général. 5 ans d’études en management, la signature d’un CDI, 3 ans en entreprise. Puis c’est le déclic. Choqué par la vacuité des tâches à réaliser, il ne trouve pas de sens à suivre le traditionnel « métro boulot dodo ». Il explique que ses collègues ressemblent à des machines programmées pour faire des tâches ridicules, comme s’ils avaient perdu toute capacité de questionnement et d’émerveillement.

Profondément déprimé, il n’a cessé de questionner son décalage. Pourquoi lui ne peut pas faire comme tout le monde ? Qu’est ce qui ne tourne pas rond chez lui ? Pourquoi ce qui semble convenir à une majorité ne le satisfait pas ?

Alors, il s’est dit qu’il fallait trouver autre chose, qui lui correspondrait plus, une nouvelle voie où il pourrait s’épanouir. Il avait désespérément besoin d’apercevoir autre chose. La possibilité d’autre chose. Il s’ensuivit de longues heures en tête à tête avec son ami Google, qui malheureusement n’a pas trouvé la solution miracle, le job miracle.

C’est par hasard, en cherchant des informations sur un jeu, que Benjamin a trouvé une rubrique sur les différents métiers du jeu vidéo et découvert le métier de Game Designer.

Révélation ! C’est un métier qui demande curiosité, ouverture d’esprit et créativité. Tout ce qu’il recherche. Il s’occuperait de la conceptualisation des règles et des niveaux de jeux, de la narration et du ressenti du joueurs, tandis que les graphistes s’occuperaient du dessin et de la 3D.

Après une série de péripéties, Benjamin réussit à intégrer une école de game design dans laquelle il est toujours aujourd’hui. Lors de nos échanges, il m’écrivait « Je me sens maître de mon destin et j’ai la conviction de trouver une place pouvant me convenir ».

Trouver sa place. Enfin. Car « le Game Design nécessite à la fois de la technique, du management, de la culture ». Il a trouvé ce qui lui permettait d’utiliser sa passion, sa créativité et sa curiosité. Il a trouvé un secteur qui l’intéressait, qui lui offrait de nombreuses possibilités différentes, et dans lequel il sent qu’il peut s’y faire une place. Il a essayé de trouver un juste milieu entre raison et passion, et d’après nos échanges, il semblerait qu’il ne change de secteur pour rien au monde !

Son conseil :

« Il ne faut pas désespérer de penser et voir le monde différemment, il faut oser faire des choix un peu fous, même si ils ne sont pas évidents dans notre société formatée. »