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Haut potentiel, harcelé, passionné. Le témoignage d’Hugo, 19 ans.

16 mai 2018

Haut Potentiel, harcelé, passionné.

J’ai rencontré Hugo par hasard, à l’été 2017, au détour d’une formation en ligne sur la construction de sites internet. Nous avions échangé brièvement sur nos projets respectifs (lui sur une association pour lutter contre le harcèlement scolaire, moi sur Rayures et Ratures) et, allez savoir pourquoi, je n’ai pas été très étonnée lorsqu’il m’a dit que ça lui parlait, qu’il avait été identifié “haut potentiel”.

Le sachant très impliqué dans la lutte contre le harcèlement scolaire sans pour autant connaître son histoire personnelle, j’ai tout de suite pensé à lui pour témoigner sur le sujet, et apporter un peu de concret à mes articles. Je ne vous souhaite pas forcément de vous reconnaître dans son témoignage, mais j’espère qu’il pourra inspirer ceux d’entre vous qui ont été, sont ou seront victimes de harcèlement.

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Hugo a été harcelé à l’école depuis tout petit. Il ne sait plus trop quand ça a commencé. Aux alentours de 6 ans, sûrement. Il subissait des moqueries, car il louchait d’un oeil.

C’est à peu près au même moment qu’on commence à s’interroger sur sa douance. Il sait lire avant le CP, il a appris tout seul. Il a du mal à se faire des amis, et se demande pourquoi. Est-ce qu’il est bizarre ? Différent ? Il consulte un psychologue scolaire, qui lui propose de sauter une classe, mais il refuse. De classe en classe, les choses évoluent. Il passe du “bigleux” à l’”intello”, mais les insultes sont toujours là. Le harcèlement provoque chez lui des troubles du comportement alimentaire et une prise de poids, et d’”intello”, on le nomme alors le “gros de service”.

Puis plus il avance dans son parcours scolaire, plus les insultes se transforment en coups, et en menaces. Du harcèlement moral des petites classes, on passe au harcèlement physique au collège. Scolarisé dans une petite école de campagne, il n’y a qu’une seule classe par niveau, alors il fait quasiment toute sa scolarité avec ses harceleurs. Il change d’établissement en 4ème (pour des raisons familiales, non liées au harcèlement), mais cela ne change rien. “Le nouvel établissement n’était pas très loin de l’ancien, donc la réputation reste”. Durant un voyage scolaire, ses nouveaux camarades l’ont filmé en train de ronfler, et ont diffusé la vidéo sur les réseaux sociaux. Juste comme ça, pour se moquer. Cela dépasse même le cercle scolaire. Il me raconte comment, en marchant dans les rues de son village, les gens se moquaient. Et lui ne savait pas pourquoi. Insultes, menaces, coups puis exclusion, réputation entachée, isolement… Le harcèlement se manifeste de façons variées.

Quand je lui demande s’il se rendait compte qu’il s’agissait d’harcèlement, et que c’était grave, il ne sait pas trop quoi répondre. Et puis ça vient. Au début, non, il ne se rendait pas compte. Il n’a jamais réussi à créer de lien avec ceux de son âge, mais il ressentait le besoin d’appartenir à un groupe. Alors pour se sentir intégré, il était prêt à tout supporter. Puis il finit par se rendre compte que ce n’est pas normal de subir ces insultes et ces coups, mais dit que c’est compliqué car il est “addict” au harcèlement.

En fait, pendant les vacances scolaires, loin de ses harceleurs, il trouve “bizarre” de ne pas être harcelé. Ce qui montre à quel point ces insultes, coups et menaces faisaient partie intégrante de son quotidien.

Pendant les vacances…

Le harcèlement a des conséquences dramatiques sur ses victimes. Les chocs psychologiques et les troubles alimentaires provoquent chez lui un diabète, qui le mène jusqu’à un coma diabétique. Pour des raisons médicales, il quitte alors le système scolaire, et va à l’hôpital. Il passe son bac avec succès à distance, via le CNED. Sortir du système lui a permis de sortir de la spirale de harcèlement scolaire, mais “ce n’est pas une solution”.

 

La déscolarisation ne doit pas être une solution, c’est un dernier recours. Fuir un harcèlement n’est pas une bonne idée.”

 


Aujourd’hui, Hugo ne subit plus de harcèlement, mais conserve des séquelles, et notamment cette grande souffrance. Car il n’a pas vécu une enfance dans l’insouciance. Il n’a pas vécu une enfance “normale”. Et à Noël ou aux anniversaires, là où la magie de l’enfance ressurgit normalement, il y repense.

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Ce qui lui a permis de tenir toutes ses années face au harcèlement scolaire, c’est la passion. Une véritable passion pour l’audiovisuel et le cinéma. Il a écrit son premier scénario de long métrage à 6 ans (OUI OUI, 6 ans, pendant que moi je jouais aux playmobils). Le scénario d’un long métrage historique, avec des chapeaux haut-de-forme et des cannes, dans le Londres des années 1830.

A 14 ans, il réalise le trailer de ce projet de film, réussit à mobiliser plus d’une centaine de figurants, et passe sur France 3. En parallèle, et malgré son jeune âge, il développe de nombreux projets audiovisuels (dont une web-série qu’il réalise) et fait de très belles rencontres.

Cette passion lui permet de tenir le coup. A travers le cinéma, il peut s’exprimer.

Je ne serais pas forcément en vie aujourd’hui si je n’avais pas eu cette passion.”

 

En mai 2017, alors hospitalisé pour ses problèmes de diabète, Hugo a la volonté de faire du harcèlement qu’il a subi une force. C’est impossible pour lui de ne rien faire. Il a su tenir bon grâce à sa passion pour le cinéma, et compte bien aider les autres. Alors depuis sa chambre d’hôpital, il réfléchit à une association pour lutter contre le harcèlement scolaire, et publie des vidéos sur les réseaux sociaux pour expliquer son projet. A chaque nouvelle vidéo, son audience grandit. De plus en plus de personnes les regardent. Le sujet parle à beaucoup de gens, et cela le conforte dans son projet, qu’il mûrit tranquillement. Il est convaincu qu’avant d’apprendre aux jeunes à se défendre, il faut les aider à se reconstruire. Il faut restaurer leur confiance.

 

En se défendant, en répondant, on règle peut-être le problème à l’instant T, mais en réalité on le cache. Il faut traiter le problème dans le fond, et redonner confiance aux jeunes. Qu’ils retrouvent le fond d’eux-mêmes”.

 

Et c’est ce qu’il fait aujourd’hui grâce à son association Harassers U GO! (HUGO), créée début 2018 et qui comporte 4 pôles :

 

Le pôle sensibilisation au scolaire, pour sensibiliser de manière interactive, ludique, avec un débat et des témoignages concrets.

Le pôle “accompagnement”, pour accompagner des jeunes victimes de harcèlement à travers une passion, que ce soit un art, un sport, un loisir. Le but est de définir une passion avec les jeunes (s’ils n’en ont pas identifié une), puis de les guider dans ce projet, pour qu’ils concentrent leur énergie là dessus. Car la passion peut, comme Hugo, les sauver.

Le pôle projet artistique, pour sensibiliser grâce à des court-métrages ou autres supports.

Et enfin le pôle recherche et formation, avec la création d’un comité d’étude virtuel sur toute la France et la formation des enseignants et du personnel éducatif.

 

Son association a une présence en ligne très importante. Car aujourd’hui, le harcèlement scolaire ne s’arrête plus à la classe ou à la cour d’école, il continue de plus en plus à travers les réseaux sociaux. De nombreux jeunes sont victimes de cyber-harcèlement, et c’est important que ces personnes harcelées sur les réseaux sociaux puissent aussi y trouver des alliés. Comme Harassers U GO.

 

Liens utiles : 

Le lien vers l’association d’Hugo pour lutter contre le harcèlement scolaire : http://www.asso-hugo.fr

Pour soutenir son association et faire un don : https://www.donnerenligne.fr/harassers-u-go/faire-un-don

Et pour adhérer : hugo.fr/campagne-adhesion

* Et n’oubliez pas que la campagne Ulule pour sortir Rayures et Ratures en livre est encore en ligne pour 10 jours 🙂 Si vous avez envie de soutenir mon travail ou de pré-commander un livre et plein de petits cadeaux illustrés juste pour vous, c’est par là ! 

 

Témoignages

Témoignage – Maya, 38 ans.

30 mars 2018


Maya est une personne très complexe avec qui j’ai échangé l’été dernier, grâce au blog. Elle m’a contactée, et nous avons passé plusieurs heures sur Skype. Nos échanges ont été si riches et intenses que mes petits papiers sont restés longtemps sur mon bureau sans que je sache comment rédiger ce témoignage. Par quoi commencer, dans quelle direction aller, quel angle choisir, quels sujets traiter… Son enfance, son expérience professionnelle, la dimension internationale et la spiritualité sont 4 thèmes qui m’ont marquée dans son témoignage, et je ne savais pas autour duquel bâtir mon article. D’autant qu’elle a un débit de parole à la hauteur de son intensité, et que ma main avait du mal à suivre pour tout noter !

Douance.

Le fait d’être surdouée ou pas a accompagné Maya tout au long de sa vie. Depuis toute petite. Pourtant, sa famille savait, mais a décidé de ne pas lui en parler. Maya a seulement quelques vagues souvenirs d’une rencontre avec des gens d’un organisme spécialisé, qui la faisaient jouer avec des jouets conçus pour faire réfléchir. Suite à cette rencontre, elle a été prise dans cet organisme, mais sa mère a finalement refusé de l’y envoyer, car elle trouvait l’endroit “triste”. Ils n’avaient pas la même façon de voir la vie, et surtout pas la même façon de voir l’enfance. Elle a refusé également le saut de classe qu’on proposait à sa fille, ayant elle-même mal vécu ses sauts de classe.

 

Sa douance se manifeste par une explosion d’idées, des doutes, une excellente mémoire qui lui permet de ressortir des phrases exactes dites il y a 15 ans (à la stupéfaction de son entourage), une hyperémotivité (mais elle ajoute qu’aujourd’hui cela ne la désarme plus comme avant grâce à la pratique de la sophrologie), une hypersensibilité avec un odorat très fin (surtout pour les odeurs qui l’indisposent) et une ouïe très développée, un sens de l’esthétique très important… “Si ce n’est pas beau, ça me dérange, et je n’arrive pas à penser à autre chose”.


Quand on discute de sa douance aujourd’hui, elle répond qu’elle veut refaire le test, maintenant. “Pour que cette chose soit établie. Pas pour moi mais pour les autres. Pour qu’ils comprennent”. Elle veut apprivoiser définitivement cette douance.

 

Ecole

 

Petite, on disait de Maya “Elle est dans la lune”. Ou “Elle ne fera jamais d’études, car elle n’est pas capable de sociabiliser”. Pourtant, c’est dans le milieu universitaire qu’elle s’épanouit petite. Née d’une mère réfugiée politique chilienne et d’un père musicien, elle a grandi à la Cité Internationale à Paris, dans la Maison du Brésil, entourée de thésards, dans un milieu de gens jeunes, cultivés. Entourée aussi des papiers, articles de géologie et études de son beau-père, qui lui apprend tout, de la science à la spiritualité. Elle dit “La vie c’était ça, là j’avais des amis. C’était mon monde, j’étais bien”.


L’école était un milieu relativement hostile pour elle. Elle n’y allait pas avec le sourire. Elle se sentait différente, en décalage avec les gens de son âge. Elle les trouvait bizarres, et violents. Et eux soulignaient sa différence, en permanence. Chaque jour, elle voyait ses petites camarades se disputer à 12h dans la cour de récré, puis se réconcilier à 16h. Et ça recommençait le lendemain. Elle trouvait ça stupide, s’asseyait dans un coin, et les regardait. Elle ne voulait pas jouer, n’était pas à l’aise avec les autres. Et dès la fin de l’école, elle s’échappait pour rejoindre son monde, la Maison du Brésil, là où elle se sentait bien, chez elle.

 

Le collectif est quelque chose qu’elle a toujours vu comme une menace, elle préfère les relations “bilatérales”. A la maternelle déjà, elle s’échappait durant la sieste pour aller jouer toute seule avec tous les jouets. “Et là c’était l’éclate !”. “Sociabiliser” n’était pas naturel pour elle, et aujourd’hui encore elle se contracte en voyant une assemblée. Pourtant, ça ne l’a jamais empêché de faire des études, bien au contraire, puisque jeune adulte, elle rejoint les bancs de Science Po. Le sentiment d’être différente demeure, mais elle fait des efforts et se sociabilise. Et lorsque l’on discute de ses études, elle raconte que Sciences Po est le seul endroit où elle ne s’est jamais ennuyée.

 

Ennui, ouverture sur le monde et spiritualité.

Une fois diplômée, Maya occupe différents postes et passe beaucoup de temps à l’étranger. Elle s’intéresse à mille choses, et commence en tant que journaliste freelance, puis avocate, mais n’aime pas ces milieux. Elle est soit moyennement satisfaite intellectuellement, soit gênée par un cadre trop rigide. Elle s’ennuie, et l’ennui la terrorise. Alors elle devient diplomate, et s’éclate pendant 3 ans en travaillant sur le changement climatique. Elle a “une super boss”, un environnement constamment changeant et pas une minute pour s’ennuyer. Elle est stimulée. L’ennui est un thème qui revient constamment dans nos échanges. Elle me dit d’ailleurs aujourd’hui “Je me demande si je ne dois pas devenir entrepreneur pour fuir l’ennui à jamais”.

En tant que diplomate, elle a travaillé en Angola, en Norvège, et vit actuellement en Russie. Cette vie à l’étranger lui permet d’ailleurs de se rendre compte que les mentalités ne sont pas les mêmes partout, et que là où en France on considère encore trop souvent que l’on garde un métier toute sa vie, ce n’est pas le cas partout. Ailleurs, ça bouge, et en tant que zèbre, ça fait du bien de le réaliser.

Elle m’a raconté ses différentes expériences, mais surtout celle en Angola, qui l’a particulièrement marquée et dont elle parle comme une véritable “leçon de vie”. Elle y a vu le monde, la misère, les ravages de la guerre. Elle explique que toutes ses ressources, y compris celles de surdouée, ont été mobilisées pour survivre. Avec les Angolais, elle a appris l’intelligence émotionnelle. Elle s’est forcée à sociabiliser en groupe et dit que “ce n’est pas si mal, après tout, mais j’ai dû faire beaucoup d’efforts”.

C’est en Angola aussi qu’elle a appris qu’il faut trouver un équilibre entre le sens (l’observation), le cerveau (l’intellect), et le coeur (comment tu te sens). “Si on aligne tout ça, on devient une personne puissante”. Elle se familiarise avec la sophrologie, qui l’aide beaucoup. “C’est très créatif et puis ça aide les gens”. Aujourd’hui, en parallèle de son travail, elle vient de terminer un diplôme de sophrologie, “comme ça, par curiosité, parce que cela a un côté un peu magique”.

C’est là-bas aussi qu’elle a développé sa spiritualité. Elle a toujours été spirituelle, jamais athée, toujours agnostique, en quête de sens. Mais c’est en Angola que sa spiritualité s’est le plus développée. Quand je lui demande si elle “croit”, elle me répond “non, je ne crois pas, je sais”. C’est là-bas que tout a pris sens.

 

Quand je lui demande d’ailleurs si elle a un conseil à donner aux autres zèbres, ou quelque chose à leur dire, elle répond “être votre meilleur ami”. Elle répond que la vie est un beau mystère, qu’on en sait toujours plus, mais jamais assez. Et que lorsque l’on est humain, il faut absolument développer sa spiritualité, quelle qu’elle soit.

 

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Grâce à vos témoignages, je souhaite montrer la diversité des profils de zèbres, bien loin des clichés. Si vous souhaitez témoigner (de manière anonyme ou non), n’hésitez pas à me contacter. Je suis un peu en retard dans les témoignages, mais je réponds toujours 🙂 Et si vous souhaitez lire d’autres témoignages de zèbres aux profils très différents, c’est ici

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Témoignage – Eric, 49 ans

18 mai 2017

 

Témoignage d’adulte surdoué

Quand j’ai demandé à Eric de me raconter son histoire, il m’a répondu qu’elle était probablement semblable à d’autres. Parce qu’il y a un avant, le Eric en proie à un mal être cyclique inexpliqué, un pendant, la découverte de son fonctionnement (et de sa douance) grâce à une psychologue, et un après, le nouvel Eric qui reprend confiance, assume et entreprend de nouveaux projets avec beaucoup d’espoir.

Avant.

Enfant, il s’adaptait aux autres. Il voyait bien qu’il était plus curieux que ses camarades, moins à l’aise en groupe, mais le décalage ne se faisait pas tant sentir. Scolairement, il était dans la moyenne. Sans effort mais avec beaucoup d’ennui, il a poursuivi une scolarité « normale » allant jusqu’à la licence de droit. Ni en difficulté, ni brillant.

C’est à l’âge adulte que le décalage s’est révélé, et s’est creusé. L’ennui, déjà, était toujours là. Lors de notre échange, Eric m’a écrit « L’ennui est aussi créateur de décalage, les autres ne comprennent pas qu’à certains moments je deviens silencieux et n’ai plus rien à leur dire. Je les aime mais ils m’ennuient ». Un zèbre cherche inconsciemment à être constamment stimulé, à apprendre, à se nourrir intellectuellement, sinon il s’ennuie. C’est ce qui lui a d’ailleurs posé problème lors de ses relations amoureuses. Il avait tendance à s’ennuyer très vite, et à abréger.

Ensuite, Eric, comme de très nombreux zèbres, a cette particularité si précieuse mais si difficile à assumer parfois qu’est l’hypersensibilité. Pour un homme, avoir une empathie sur-développée et une sensibilité exacerbée, traits de personnalité trop souvent perçus comme « féminins », n’est pas toujours compris ni accepté.

Enfin, il m’avouait lors de nos échanges avoir toujours été très « embêté » par sa pensée envahissante, qui ne s’arrête jamais et l’empêche de dormir.

Révélation.

Face à cet ennui, à ce mal-être et à ses déboires, Eric s’est décidé à consulter une psychologue il y a quelques mois. Il croyait consulter pour dépression, pourtant, après quelques semaines de discussion, le moment venu, elle lui a conseillé un livre, celui de Jeanne Siaud-Facchin sur l’adulte surdoué. Eric l’a lu, relu, surligné, et s’est retrouvé si bien décrit et analysé qu’il en a pleuré. Ce n’est pas le seul à m’avoir fait cette confidence. Pour beaucoup de novices en la matière, d’adultes incompris par eux-mêmes, ce livre a été le point de départ d’un long chemin vers la compréhension de soi.

Pourtant, comme beaucoup d’adultes surdoués se découvrant tardivement, sa première réaction a été « Moi, surdoué ? C’est de moi que l’on parle ? Serais-je intelligent ? Comment ça, les autres ne pensent pas comme moi ? ». Lorsque l’on fonctionne et que l’on réagit d’une certaine façon depuis toujours, on ne se pense pas singulier. Le déni n’a pas duré longtemps, Eric a fait confiance à sa psychologue, elle-même surdouée, et des lectures de témoignages et de livres sur le sujet, dans lesquels il se retrouvait entièrement, ont fini de le convaincre.

Les phases de révélation puis de déni et d’acceptation passées, Eric a rebalayé sa vie, et compris beaucoup de choses.

Après.

Le nouvel Eric. En quelques mois, il a repris peu à peu confiance, en lui et en ses capacités. Il dit même qu’avec l’acceptation et la compréhension de soi, ses capacités se sont « aiguisées ». Il s’est remis à l’écriture, une passion abandonnée depuis longtemps, et a commencé à écrire un livre (enfin à l’heure où j’écris cet article, il l’a déjà terminé !). Il assume dorénavant son hypersensibilité à 100%, et cherche, à travers la méditation, à canaliser sa pensée galopante plutôt que de la freiner. Il a fait de sa pensée envahissante, qui autrefois lui posait problème, une force créatrice qu’il utilise dans l’écriture.

Aujourd’hui, il assume tout. Sa singularité, il en a fait une force.

Voici d’ailleurs ses propres mots pour clore le témoignage :

« J’entame la deuxième partie de ma vie, seul avec moi-même mais avec beaucoup d’espoir. Être précoce est une richesse, et l’ayant compris, j’espère en faire quelque chose ! »

Son conseil aux autres zèbres :

« Il faut se dire que notre différence est une force et que l’on peut se rapprocher des autres tout en ne se niant pas,  en apportant notre pierre à l’édifice ! »

Témoignages

Témoignage – Benjamin, 26 ans

15 avril 2017

 

 

Benjamin a toujours eu du mal à trouver sa place. Enfant, personne ne lui a parlé de précocité, mais il avait toujours l’impression d’être en décalage à l’école, avec une vision et une conception du monde très différentes de celles des autres. Une sensibilité particulière, aussi. Et un esprit très créatif.

Pourtant, jeune adulte, il a commencé par essayer de se conformer au standard général. 5 ans d’études en management, la signature d’un CDI, 3 ans en entreprise. Puis c’est le déclic. Choqué par la vacuité des tâches à réaliser, il ne trouve pas de sens à suivre le traditionnel « métro boulot dodo ». Il explique que ses collègues ressemblent à des machines programmées pour faire des tâches ridicules, comme s’ils avaient perdu toute capacité de questionnement et d’émerveillement.

Profondément déprimé, il n’a cessé de questionner son décalage. Pourquoi lui ne peut pas faire comme tout le monde ? Qu’est ce qui ne tourne pas rond chez lui ? Pourquoi ce qui semble convenir à une majorité ne le satisfait pas ?

Alors, il s’est dit qu’il fallait trouver autre chose, qui lui correspondrait plus, une nouvelle voie où il pourrait s’épanouir. Il avait désespérément besoin d’apercevoir autre chose. La possibilité d’autre chose. Il s’ensuivit de longues heures en tête à tête avec son ami Google, qui malheureusement n’a pas trouvé la solution miracle, le job miracle.

C’est par hasard, en cherchant des informations sur un jeu, que Benjamin a trouvé une rubrique sur les différents métiers du jeu vidéo et découvert le métier de Game Designer.

Révélation ! C’est un métier qui demande curiosité, ouverture d’esprit et créativité. Tout ce qu’il recherche. Il s’occuperait de la conceptualisation des règles et des niveaux de jeux, de la narration et du ressenti du joueurs, tandis que les graphistes s’occuperaient du dessin et de la 3D.

Après une série de péripéties, Benjamin réussit à intégrer une école de game design dans laquelle il est toujours aujourd’hui. Lors de nos échanges, il m’écrivait « Je me sens maître de mon destin et j’ai la conviction de trouver une place pouvant me convenir ».

Trouver sa place. Enfin. Car « le Game Design nécessite à la fois de la technique, du management, de la culture ». Il a trouvé ce qui lui permettait d’utiliser sa passion, sa créativité et sa curiosité. Il a trouvé un secteur qui l’intéressait, qui lui offrait de nombreuses possibilités différentes, et dans lequel il sent qu’il peut s’y faire une place. Il a essayé de trouver un juste milieu entre raison et passion, et d’après nos échanges, il semblerait qu’il ne change de secteur pour rien au monde !

Son conseil :

« Il ne faut pas désespérer de penser et voir le monde différemment, il faut oser faire des choix un peu fous, même si ils ne sont pas évidents dans notre société formatée. »