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Témoignage – Maya, 38 ans.

30 mars 2018


Maya est une personne très complexe avec qui j’ai échangé l’été dernier, grâce au blog. Elle m’a contactée, et nous avons passé plusieurs heures sur Skype. Nos échanges ont été si riches et intenses que mes petits papiers sont restés longtemps sur mon bureau sans que je sache comment rédiger ce témoignage. Par quoi commencer, dans quelle direction aller, quel angle choisir, quels sujets traiter… Son enfance, son expérience professionnelle, la dimension internationale et la spiritualité sont 4 thèmes qui m’ont marquée dans son témoignage, et je ne savais pas autour duquel bâtir mon article. D’autant qu’elle a un débit de parole à la hauteur de son intensité, et que ma main avait du mal à suivre pour tout noter !

Douance.

Le fait d’être surdouée ou pas a accompagné Maya tout au long de sa vie. Depuis toute petite. Pourtant, sa famille savait, mais a décidé de ne pas lui en parler. Maya a seulement quelques vagues souvenirs d’une rencontre avec des gens d’un organisme spécialisé, qui la faisaient jouer avec des jouets conçus pour faire réfléchir. Suite à cette rencontre, elle a été prise dans cet organisme, mais sa mère a finalement refusé de l’y envoyer, car elle trouvait l’endroit “triste”. Ils n’avaient pas la même façon de voir la vie, et surtout pas la même façon de voir l’enfance. Elle a refusé également le saut de classe qu’on proposait à sa fille, ayant elle-même mal vécu ses sauts de classe.

 

Sa douance se manifeste par une explosion d’idées, des doutes, une excellente mémoire qui lui permet de ressortir des phrases exactes dites il y a 15 ans (à la stupéfaction de son entourage), une hyperémotivité (mais elle ajoute qu’aujourd’hui cela ne la désarme plus comme avant grâce à la pratique de la sophrologie), une hypersensibilité avec un odorat très fin (surtout pour les odeurs qui l’indisposent) et une ouïe très développée, un sens de l’esthétique très important… “Si ce n’est pas beau, ça me dérange, et je n’arrive pas à penser à autre chose”.


Quand on discute de sa douance aujourd’hui, elle répond qu’elle veut refaire le test, maintenant. “Pour que cette chose soit établie. Pas pour moi mais pour les autres. Pour qu’ils comprennent”. Elle veut apprivoiser définitivement cette douance.

 

Ecole

 

Petite, on disait de Maya “Elle est dans la lune”. Ou “Elle ne fera jamais d’études, car elle n’est pas capable de sociabiliser”. Pourtant, c’est dans le milieu universitaire qu’elle s’épanouit petite. Née d’une mère réfugiée politique chilienne et d’un père musicien, elle a grandi à la Cité Internationale à Paris, dans la Maison du Brésil, entourée de thésards, dans un milieu de gens jeunes, cultivés. Entourée aussi des papiers, articles de géologie et études de son beau-père, qui lui apprend tout, de la science à la spiritualité. Elle dit “La vie c’était ça, là j’avais des amis. C’était mon monde, j’étais bien”.


L’école était un milieu relativement hostile pour elle. Elle n’y allait pas avec le sourire. Elle se sentait différente, en décalage avec les gens de son âge. Elle les trouvait bizarres, et violents. Et eux soulignaient sa différence, en permanence. Chaque jour, elle voyait ses petites camarades se disputer à 12h dans la cour de récré, puis se réconcilier à 16h. Et ça recommençait le lendemain. Elle trouvait ça stupide, s’asseyait dans un coin, et les regardait. Elle ne voulait pas jouer, n’était pas à l’aise avec les autres. Et dès la fin de l’école, elle s’échappait pour rejoindre son monde, la Maison du Brésil, là où elle se sentait bien, chez elle.

 

Le collectif est quelque chose qu’elle a toujours vu comme une menace, elle préfère les relations “bilatérales”. A la maternelle déjà, elle s’échappait durant la sieste pour aller jouer toute seule avec tous les jouets. “Et là c’était l’éclate !”. “Sociabiliser” n’était pas naturel pour elle, et aujourd’hui encore elle se contracte en voyant une assemblée. Pourtant, ça ne l’a jamais empêché de faire des études, bien au contraire, puisque jeune adulte, elle rejoint les bancs de Science Po. Le sentiment d’être différente demeure, mais elle fait des efforts et se sociabilise. Et lorsque l’on discute de ses études, elle raconte que Sciences Po est le seul endroit où elle ne s’est jamais ennuyée.

 

Ennui, ouverture sur le monde et spiritualité.

Une fois diplômée, Maya occupe différents postes et passe beaucoup de temps à l’étranger. Elle s’intéresse à mille choses, et commence en tant que journaliste freelance, puis avocate, mais n’aime pas ces milieux. Elle est soit moyennement satisfaite intellectuellement, soit gênée par un cadre trop rigide. Elle s’ennuie, et l’ennui la terrorise. Alors elle devient diplomate, et s’éclate pendant 3 ans en travaillant sur le changement climatique. Elle a “une super boss”, un environnement constamment changeant et pas une minute pour s’ennuyer. Elle est stimulée. L’ennui est un thème qui revient constamment dans nos échanges. Elle me dit d’ailleurs aujourd’hui “Je me demande si je ne dois pas devenir entrepreneur pour fuir l’ennui à jamais”.

En tant que diplomate, elle a travaillé en Angola, en Norvège, et vit actuellement en Russie. Cette vie à l’étranger lui permet d’ailleurs de se rendre compte que les mentalités ne sont pas les mêmes partout, et que là où en France on considère encore trop souvent que l’on garde un métier toute sa vie, ce n’est pas le cas partout. Ailleurs, ça bouge, et en tant que zèbre, ça fait du bien de le réaliser.

Elle m’a raconté ses différentes expériences, mais surtout celle en Angola, qui l’a particulièrement marquée et dont elle parle comme une véritable “leçon de vie”. Elle y a vu le monde, la misère, les ravages de la guerre. Elle explique que toutes ses ressources, y compris celles de surdouée, ont été mobilisées pour survivre. Avec les Angolais, elle a appris l’intelligence émotionnelle. Elle s’est forcée à sociabiliser en groupe et dit que “ce n’est pas si mal, après tout, mais j’ai dû faire beaucoup d’efforts”.

C’est en Angola aussi qu’elle a appris qu’il faut trouver un équilibre entre le sens (l’observation), le cerveau (l’intellect), et le coeur (comment tu te sens). “Si on aligne tout ça, on devient une personne puissante”. Elle se familiarise avec la sophrologie, qui l’aide beaucoup. “C’est très créatif et puis ça aide les gens”. Aujourd’hui, en parallèle de son travail, elle vient de terminer un diplôme de sophrologie, “comme ça, par curiosité, parce que cela a un côté un peu magique”.

C’est là-bas aussi qu’elle a développé sa spiritualité. Elle a toujours été spirituelle, jamais athée, toujours agnostique, en quête de sens. Mais c’est en Angola que sa spiritualité s’est le plus développée. Quand je lui demande si elle “croit”, elle me répond “non, je ne crois pas, je sais”. C’est là-bas que tout a pris sens.

 

Quand je lui demande d’ailleurs si elle a un conseil à donner aux autres zèbres, ou quelque chose à leur dire, elle répond “être votre meilleur ami”. Elle répond que la vie est un beau mystère, qu’on en sait toujours plus, mais jamais assez. Et que lorsque l’on est humain, il faut absolument développer sa spiritualité, quelle qu’elle soit.

 

***

 

Grâce à vos témoignages, je souhaite montrer la diversité des profils de zèbres, bien loin des clichés. Si vous souhaitez témoigner (de manière anonyme ou non), n’hésitez pas à me contacter. Je suis un peu en retard dans les témoignages, mais je réponds toujours 🙂 Et si vous souhaitez lire d’autres témoignages de zèbres aux profils très différents, c’est ici

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Témoignage – Eric, 49 ans

18 mai 2017

 

Témoignage d’adulte surdoué

Quand j’ai demandé à Eric de me raconter son histoire, il m’a répondu qu’elle était probablement semblable à d’autres. Parce qu’il y a un avant, le Eric en proie à un mal être cyclique inexpliqué, un pendant, la découverte de son fonctionnement (et de sa douance) grâce à une psychologue, et un après, le nouvel Eric qui reprend confiance, assume et entreprend de nouveaux projets avec beaucoup d’espoir.

Avant.

Enfant, il s’adaptait aux autres. Il voyait bien qu’il était plus curieux que ses camarades, moins à l’aise en groupe, mais le décalage ne se faisait pas tant sentir. Scolairement, il était dans la moyenne. Sans effort mais avec beaucoup d’ennui, il a poursuivi une scolarité « normale » allant jusqu’à la licence de droit. Ni en difficulté, ni brillant.

C’est à l’âge adulte que le décalage s’est révélé, et s’est creusé. L’ennui, déjà, était toujours là. Lors de notre échange, Eric m’a écrit « L’ennui est aussi créateur de décalage, les autres ne comprennent pas qu’à certains moments je deviens silencieux et n’ai plus rien à leur dire. Je les aime mais ils m’ennuient ». Un zèbre cherche inconsciemment à être constamment stimulé, à apprendre, à se nourrir intellectuellement, sinon il s’ennuie. C’est ce qui lui a d’ailleurs posé problème lors de ses relations amoureuses. Il avait tendance à s’ennuyer très vite, et à abréger.

Ensuite, Eric, comme de très nombreux zèbres, a cette particularité si précieuse mais si difficile à assumer parfois qu’est l’hypersensibilité. Pour un homme, avoir une empathie sur-développée et une sensibilité exacerbée, traits de personnalité trop souvent perçus comme « féminins », n’est pas toujours compris ni accepté.

Enfin, il m’avouait lors de nos échanges avoir toujours été très « embêté » par sa pensée envahissante, qui ne s’arrête jamais et l’empêche de dormir.

Révélation.

Face à cet ennui, à ce mal-être et à ses déboires, Eric s’est décidé à consulter une psychologue il y a quelques mois. Il croyait consulter pour dépression, pourtant, après quelques semaines de discussion, le moment venu, elle lui a conseillé un livre, celui de Jeanne Siaud-Facchin sur l’adulte surdoué. Eric l’a lu, relu, surligné, et s’est retrouvé si bien décrit et analysé qu’il en a pleuré. Ce n’est pas le seul à m’avoir fait cette confidence. Pour beaucoup de novices en la matière, d’adultes incompris par eux-mêmes, ce livre a été le point de départ d’un long chemin vers la compréhension de soi.

Pourtant, comme beaucoup d’adultes surdoués se découvrant tardivement, sa première réaction a été « Moi, surdoué ? C’est de moi que l’on parle ? Serais-je intelligent ? Comment ça, les autres ne pensent pas comme moi ? ». Lorsque l’on fonctionne et que l’on réagit d’une certaine façon depuis toujours, on ne se pense pas singulier. Le déni n’a pas duré longtemps, Eric a fait confiance à sa psychologue, elle-même surdouée, et des lectures de témoignages et de livres sur le sujet, dans lesquels il se retrouvait entièrement, ont fini de le convaincre.

Les phases de révélation puis de déni et d’acceptation passées, Eric a rebalayé sa vie, et compris beaucoup de choses.

Après.

Le nouvel Eric. En quelques mois, il a repris peu à peu confiance, en lui et en ses capacités. Il dit même qu’avec l’acceptation et la compréhension de soi, ses capacités se sont « aiguisées ». Il s’est remis à l’écriture, une passion abandonnée depuis longtemps, et a commencé à écrire un livre (enfin à l’heure où j’écris cet article, il l’a déjà terminé !). Il assume dorénavant son hypersensibilité à 100%, et cherche, à travers la méditation, à canaliser sa pensée galopante plutôt que de la freiner. Il a fait de sa pensée envahissante, qui autrefois lui posait problème, une force créatrice qu’il utilise dans l’écriture.

Aujourd’hui, il assume tout. Sa singularité, il en a fait une force.

Voici d’ailleurs ses propres mots pour clore le témoignage :

« J’entame la deuxième partie de ma vie, seul avec moi-même mais avec beaucoup d’espoir. Être précoce est une richesse, et l’ayant compris, j’espère en faire quelque chose ! »

Son conseil aux autres zèbres :

« Il faut se dire que notre différence est une force et que l’on peut se rapprocher des autres tout en ne se niant pas,  en apportant notre pierre à l’édifice ! »

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Témoignage – Benjamin, 26 ans

15 avril 2017

 

 

Benjamin a toujours eu du mal à trouver sa place. Enfant, personne ne lui a parlé de précocité, mais il avait toujours l’impression d’être en décalage à l’école, avec une vision et une conception du monde très différentes de celles des autres. Une sensibilité particulière, aussi. Et un esprit très créatif.

Pourtant, jeune adulte, il a commencé par essayer de se conformer au standard général. 5 ans d’études en management, la signature d’un CDI, 3 ans en entreprise. Puis c’est le déclic. Choqué par la vacuité des tâches à réaliser, il ne trouve pas de sens à suivre le traditionnel « métro boulot dodo ». Il explique que ses collègues ressemblent à des machines programmées pour faire des tâches ridicules, comme s’ils avaient perdu toute capacité de questionnement et d’émerveillement.

Profondément déprimé, il n’a cessé de questionner son décalage. Pourquoi lui ne peut pas faire comme tout le monde ? Qu’est ce qui ne tourne pas rond chez lui ? Pourquoi ce qui semble convenir à une majorité ne le satisfait pas ?

Alors, il s’est dit qu’il fallait trouver autre chose, qui lui correspondrait plus, une nouvelle voie où il pourrait s’épanouir. Il avait désespérément besoin d’apercevoir autre chose. La possibilité d’autre chose. Il s’ensuivit de longues heures en tête à tête avec son ami Google, qui malheureusement n’a pas trouvé la solution miracle, le job miracle.

C’est par hasard, en cherchant des informations sur un jeu, que Benjamin a trouvé une rubrique sur les différents métiers du jeu vidéo et découvert le métier de Game Designer.

Révélation ! C’est un métier qui demande curiosité, ouverture d’esprit et créativité. Tout ce qu’il recherche. Il s’occuperait de la conceptualisation des règles et des niveaux de jeux, de la narration et du ressenti du joueurs, tandis que les graphistes s’occuperaient du dessin et de la 3D.

Après une série de péripéties, Benjamin réussit à intégrer une école de game design dans laquelle il est toujours aujourd’hui. Lors de nos échanges, il m’écrivait « Je me sens maître de mon destin et j’ai la conviction de trouver une place pouvant me convenir ».

Trouver sa place. Enfin. Car « le Game Design nécessite à la fois de la technique, du management, de la culture ». Il a trouvé ce qui lui permettait d’utiliser sa passion, sa créativité et sa curiosité. Il a trouvé un secteur qui l’intéressait, qui lui offrait de nombreuses possibilités différentes, et dans lequel il sent qu’il peut s’y faire une place. Il a essayé de trouver un juste milieu entre raison et passion, et d’après nos échanges, il semblerait qu’il ne change de secteur pour rien au monde !

Son conseil :

« Il ne faut pas désespérer de penser et voir le monde différemment, il faut oser faire des choix un peu fous, même si ils ne sont pas évidents dans notre société formatée. »